‹ Gouverneur MorrisChapitre 53 sur 150 · T. I, p. jgS · texte numérisé non relu

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cerne le maintien de Tordre devraient être nommés par la Couronne, mais qu'il est trop tôt pour rien proposer de pareil. Il faut que l'expérience en démontre la nécessité^. »

Voici encore le conseil qu'il donne par rapport à la garde nationale, le 1 7 janvier 1 790 : « A dîner, La Fayette me demande ce qu'ils pourraient faire en ce qui concerne leur milice. Je réponds, rien : car ils ne peuvent faire ce qu'il faudrait ; il vaut donc mieux la maintenir dans un état tel qu'elle puisse être corrigée, ce qui ne serait pas le cas si elle était fixée par la Constitution ^. »

Cette anarchie profonde, morale autant que politique, a inspiré à Morris nombre d'observations, qu'il serait inutile et fastidieux de relever dans leur ensemble. Voici seulement deux passages dans des tons différents. Le 3o* août 1790» il écrit à Washington : « Tous les liens de la société sont dénoués et il n'y a plus d'autorité. A moins qu'ils soient bientôt engagés dans une guerre étrangère, il semble impossible de conjecturer quels événements se produiront. Il y a quelque temps les ministres ont été menacés de la Lanterne et ils quitteraient leurs fonctions avec joie. ^ » — Le Journal porte à la date du 19 novembre 1790: « Ce malheureux pays, égaré à la poursuite de chimères métaphysiques, présente au point de vue moral une grande ruine. Comme dans les vestiges d'une ancienne magnificence, nous admirons l'architecture du temple, mais nous détestons le faux dieu auquel il est dédié. Les choucas et les corbeaux et les oiseaux de nuit bâtissent maintenant leurs nids dans ses niches ; le souverain, abaissé au point de faire pitié au mendiant, sans ressources, sans autorité, sans un ami ; l'Assemblée à la fois maîtresse et esclave, à peine arrivée au pouvoir, égarée en théorie, inexpérimentée en pratique, accapare toutes les fonctions, bien qu'incapable d'en exercer aucune, et a fait perdre à ce peuple lier, féroce, toute retenue venant de la religion ou du respect*. »

Sans doute ce déplorable état de choses avait pour cause permanente l'afTaiblissement systématique et constitutionnel du pouvoir exécutif. L'abbé Morellet accuse même un certain

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pûrti de l'enlrclenir volontairement : h On désapprouve surtiul, dît-il, le tableau des désordres des provinces et la demande que fait ce roi du rétablissement du pouvoir exécutif. Sur ce dernier point ces messieurs (les enragés) penaent qu'il n'est pas encore l«mps de contenir le peuple dont l'insurrection a été le grand instrument de la liberté et que la terreurinspirée aux nobles et aux prêtres par les pillages et les incendies est encore nécessaire pendant quelque temps à rétablissement de la Constitution '. » Mais l'anarchie avait aussi une autre cause, antérieure et peut-être plus profonde, dont la monarchie absolue et non pas l'Assemblée nationale était responsable. C'était cette crise incroyable qui dura pendant les mois de mai, juin et juillet 1788, pendant laquelle on avait vu tous les parlements en lutte contre le pouvoir royal i^t refusant de rendre la justice, tous les autres corps du royaume, la noblesse des provinces, les États provinciaux, le cleryé, s'associant à leur résistance, des villes chassant leur gouverneur ou lui dictant leurs conditions, sans que le pouvoir royal intervînt efficacement^. C'était lui qui s 'était montré d'abord incapable et sans force. Les désordres n'avaient point cessé bien entendu, par la seule nomination de Necker'. Voilà devant quel état de choses l'Assemblée nalionale s'était trouvée; voilà les maux qu'elle devait chercher à réparer. Malgré ses erreurs, son inexpérience, elle ne sembla pastl'aliord trop au-dessous de cette gigantesque tâche. Ecoutons ce que disait à la tribune le i3 juillet 17S9, un homme dont le l'''iiioignage n'est pas suspect, Lally-Tollendal : a Je vous |:ri.''-iiilem un simple tableau et vous demanderai devons rf|j(>i |i[- au mois d'août de l'année ■dernière. Le roi était lioiLipi'. Les loisétaient sans ministres et aSmillionsd'hommessans juges. Le trésor public sans fonds, sans crédit, sans movcns pour prévenir une banqueroute générale dont on n'était plus séparé que par quelques jours. L'autorité, sans, respect pour la libertédes particuliers et sans force pour maintenir ror<]re public. Le peuple sans ressource que les Ëtats-

LES ÉTATS GÉNÉRAUX. L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE iG(>

généraux, mais sans espérance de les obtenir et sans confiance même dans la promesse du roi, parce qu*il s'obslinait à croire que les ministres d*alors en éluderaient toujours Texécution. A ces fléaux politiques la nature, dans sa colère, était venue joindre les siens ; le ravage et la désolation étaient dans les , campagnes ; la famine se montrait déjà de loin, menaçant une partie du royaume * . » Et l'orateur montrait que déjà la situation s'était considérablement améliorée.

Morris lui-même n'a-t-il pas dit ceci au comte de Luxembourg au mois de novembre 1789 : « Il me demande dans le cours de la soirée ce qui pourrait être fait pour améliorer la déplorable situation de la France. Je lui dis, rien ; que le temps seul peut indiquer les mesures et le moment opportuns ; que ceux qui voudraient accélérer les événements peuvent se faire pendre, mais ne peuvent changer le cours des choses ; que si l'Assemblée devient généralement méprisable, un nouvel ordre de choses peut naturellement résulter de cette circonstance ; mais que s'ils conservent la confiance publique, eux seuls peuvent rendre à ce pays la santé et la tranquillité, et qu'en conséquence les personnalités particulières ne peuvent faire aucun bien en ce moment. Il dit qu'il a peur que certaines personnes ne veuillent précipiter les choses et ne fassent une opposition armée. Je lui dis que s'il en est d'assez fous pour cela, ils subiront les conséquences de leur témérité qui sera fatale à eux-mêmes et à leur cause ; car l'opposition malheureuse- consolide toujours l'autorité^. » Il est vrai qu'à ce moment Mocris venait d'avoir, comme on le verra, une déception quant au pouvoir exécutif.

Mais l'année suivante, en novembre 1790, il désespère et annonce, comme de nos jours on l'a fait à nouveau, la faillite de la Révolution : ce Une seule chose est à peu près certaine, c'est que cette glorieuse occasion est perdue et que (pour cette fois au moins) la Révolution est manquée*. » Cependant,

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