‹ Gouverneur MorrisChapitre 58 sur 150 · I. T. I, p. 196. — 3. T. 1. p. îo8.— 3. T. I, p. lia · texte numérisé non relu

I. T. I, p. 196. — 3. T. 1. p. îo8.— 3. T. I, p. lia

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sortant de TAssemblée, une discussion assez vive avec M. Cocherel, député de Saint-Dominique, sur Timpatience et Thumeur qu'une partie de l'Assemblée avait témoignées pendant les opinions de quelques honorables membres. Après avoir «changé quelques sarcasmes assez durs avec son adversaire, le farouche américain, se livrant à l'impétuosité de son caractère, «'emporte jusqu'à la menace et propose à son illustre confrère •de sortir. Plusieurs prélats, entre autres M. l'évêque de Ghâlons-sur-Marne, conjuroient M. de Mirabeau de rester. « Eh, <c Messieurs ! s'écria M. Cocherel, épargnez-vous tant de soins « et de pein€, je vous réponds qu'il ne songe pas à sortir. » •Croirait-on que nous avons trouvé beaucoup de gens dans le monde qui ont osé taxer de lâcheté la prudence et la modération de M. de Mirabeau. » Et plus loin (p. 7, note) : « Croirait-on qu'il y a encore des aristocrates qui sont fâchés qu'un vieux paladin, M. le comte de Lautrec, rencontrant son confrère Mirabeau le lendemain, dans le vestibule de l'Assemblée nationale, lui fit son compliment, croyant sans doute que le •créole était tué ; mais, sur l'observation qu'on lui fit, que, le tribunal du point d'honneur étant supprimé, le point d'honneur ne pouvait plus exister, le vieux chevalier convint\ie son tort, mais provisoirement il retira son compliment*. »

Quoi qu'il en soit La Fayette avait paru désirer de voir Tal- Icyrand. Morris en profite et le surlendemain il le lui amène. La visite est courte et peu concluante. Cependant à la fin •« l'évêque dit qu'il n'admet un nouveau ministère qu'avec un changement complet. La Fayette en tombe d'accord et dit qu'en ce moment les amis de la liberté doivent s'unir et se ■comprendre. En nous en allant l'évêque fait cette remarque que La Fayette n'a aucun plan arrêté, ce qui est vrai^ ». Au cours de la conversation La Fayette a demandé « comme par hasard si l'influence de Mirabeau dans l'Assemblée était ^ande ; à quoi l'évêque répond qu'elle n'est pas énorme » .

Un coup inattendu allait tout faire crouler. Mirabeau,

I. Les Acles des apôtres, commencés le jour des morts et finis le jour de la Purification. Version première, à Paris, l'an de la liberté (n® I, 178g, «h. I. p. 5 et 7).

iSj gouverneur MORRIS

(Mussant hardiment son entreprise, voulut faire résoudre I» quealinn lu grand jour et faire établir constitutionnellement un minislère parlementaire. Le 6 novembre 1789 il demanda à l'Assemblée de décider que les ministres du roi seraient admis à ses séances, qu'ils seraient invités à y assister et collaboreraienL à ses travaux. Comme rien n'empêchait alors de les prendre parmi les membres de l'Assemblée, c'était le gouvernement parlementaire établi. Mais la proposition rencontra une opfKiution formidable, dont Lanjuinais se Rt le principal interprète. Ce qu'il invoqua ce furent les principes, ia séparation dei pouvoirs, le danger qu'il y avait à permettre à la Cour, par l'appàl d'un portefeuille, de séduire les défenseurs du peuple dans l'Assemblée, Mais en réalité, les pourparlers engagés avaient été découverts ; c'est Mirabeau qu'on visait. Malouet, dans ses Mémoires, rappelant cet épisode de la vie du grand orateur, s'exprime ainsi : « Il offrit de nouveau ses ices au roi par un député de la noblesse (La Marck) attaché a In reine. Il voulait être ministre. Necker rejeta encore Bcs propoutions ; mais, pour qu'il fût plus certain qu'elles u'auraient aucune suite, un député breton (Lanjuinais) surprit le secret de la négociation, fit décréter par l'Assemblée qu'aucun député ne pourrait accepter une place de la Cour ;

;sure déplorable qui ne laissait à l'ambition d'autre issue k-que celle de la démagogie'. »

Mirabeau ne s'y trompa point et, dans la séance même du î novembre, où Tallejrand prit également la parole, il termin.'i sa réplique par cette fière et ironique proposition : E Voici donc, Messieurs, l'amendement que je vous propose, c'est de borner l'exclusion demandée k M. de Mirabeau, député des communes de la sénéchaussée d'Aix. Je me croirai fort heureux si, au prix de mon exclusion, je puis conserver à celle Assemblée l'espérance de voir plusieurs membres, dignes de toute ma confiance el de tout mon respect, devenir les conseillers intimes de la nation <■! ilii roi. que je ni' fi'-:serai de regarder comme indivjsibli'a -. 0

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La cause était perdue. L'Assemblée adopta la motion dç Lanjuinais ainsi conçue, et qui passa aggravée dans la Constitution : « Les membres de l'Assemblée nationale actuelle et des législatures suivantes... ne pourront être promus au ministère, ni recevoir aucune place, don, pension, traitement ou commission du pouvoir exécutif ou de ses agents, pendant la durée de leurs fonctions et pendant deux ans après en avoir cessé l'exercice. » C'était la traditionnelle méfiance à l'égard du pouvoir exécutif et la crainte de la corruption qui l'emportaient. Le 7 octobre Morris notait : « Le résultat de la proposition de Mirabeau visant le ministère, a été une résolution d'après laquelle aucun membre des présents États généraux ne sera admis à avoir part au ministère^. »

Il semble que tout soit fini par là. Cependant certains n'abandonnaient pas la partie ne croyant pas que la résolution du 7 novembre pût être maintenue. Le 18 novembre c'est La Fayette qui vient trouver Morris : « Je lui dis que personne 'ne peut raisonnablement produire un plan, si ce n'est le ministère, car lui seul connaît suffisamment toutes les circonstances qu'il est nécessaire de connaître ; que le présent gouvernement doit être maintenu en place, parce que la récente résolution de l'Assemblée défend de prendre les ministres dans son sein. Il dit qu'il pense qu'il peut pour une fois prendre un ministère dans l'Assemblée pourvu qu'il ne nomme pas Mirabeau et un ou deux autres. Là-dessus je déclare que je ne sais pas si Tévéque d'Autun et ses amis seraient assez faibles pour accepter le pouvoir dans des circonstances si critiques^. » D'ailleurs on voit que La Fayette n'y tient pas : ce qu'il rêve c'est, pour lui, la dictature : « Il dit que Mirabeau a bien caractérisé l'Assemblée en l'appelant Varie sauvage ÇWitd Ass^ ; que dans une quinzaine on sera obligé de lui donner une autorité qu'il a déclinée jusqu'ici. Il montre clairement par son attitude que c'est le vœu de son cœur. Je lui demande quelle autorité. Il dit une sorte de dictature, comme généralissime, il ne sait pas au juste quel sera le titre. »

CepeiidanL le 17 janvier 1790 La Fayello songe encore à «ne combinaison ministérielle: a II dit qu'un premier ministre est nécessaire. Je lui demande qui sera aux finances, si ce sera l'év^ue d'Autun. Il dit qu'il ne ferait pas l'affaire ; qn'il est inférieur à ta tâche. Que M. Tourel pour le ministère de l'Intérieur et M. de Sainl-Prlest pour les Affaires étrangèi'es iront bien ; mais qu'il n'y a pas d'autres hommes

' Buflisamment éminenta. Je prie Mme de La Fayette, qui entre, de dire un nom. Elle ne le peut. Je signale que j'aî entendu dire que le vicomte de Ségur recherchait te ministère des Affiiires étranijcres. Gouvernay (sic) et elle déclarent que ce n'est pas ce qu'il lui faut '. a Morris dès lors et très clairement se désinléi'csîe de cette question. On le voit bien lorsqu'au mois de septembre 1791 il apprécie de la manière suivante les man<Euvresde son ami Tallcyrand alors tout dévoué

' k Mme de Staël ; « Je soupe (7 septembre) chez le comte de La Mark, qui me dit que le but de Mme de Stacl et de son ivèque était d'obtenir la révocation du décret qui l'exclut du ministère lui et les autres et qui le réduit au rang d'un très petit intriganl^. »

Mirabeau, lui, n'abandonnait point ses idées. Dans se» Noies pour ta Cour, lorsqu'il fut directement en relations avec elle, il ne cesse de répéter qu'il Faut des ministres qui soient présentsà l'Assemblée, qui travaillent avec elle et qui la dirigent.

C Dès la fin de 178;). dans une lettre de la marquise de Saîl-

( lant, sœur de Miiabcau, sont rapportées ces paroles émanées de lui : (1 Un nouveau ministère sera toujours mal composé tant que le? ministres ne seront pas membres de la législature- Il faut donc qu'on revienne sur le décret des minisires. On y reviendra, ou la Révolution ne sera jamais consolidée^. » Mais celui-là non plus ne devait pas réussir. Au second printemps après le mois où cette lettre était écrite, il était frapjié par la mort.

Morris s'est inoutré envers lui implacable jnstju'au bout.

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Le i*"' avril 1791, lorsque Mirabeau est à l'agonie, il écrit: « Je dîne chez la duchesse d'Orléans. Après dîner je vais à rOpéra. J'en sors de bonne heure pour prendre Mme de Flahaut et la mener chez Mme de Laborde. Sur notre chemin nous voulons aller prendre des nouvelles de Mirabeau. Des gardes nous arrêtent, de peur cpie le bruit de la voiture ne trouble son repos. Je suis choqué de tels honneurs rendus à un pareil misérable. Je me querelle à ce sujet avec Mme de Flahaut *. » Celle-ci montrait là le cœur d'une femme et d'une française : le lendemain Mirabeau était mort. Morris enregistre son décès, et immédiatement, par instinct politique, il songe à lui donner un successeur de son choix, soit comme leader de l'Assemblée nationale, soit comme conseiller possible et secret de la Cour. Il dîne chez M. de Montmorin puis va au Louvre chez Mme de Flahaut* où il trouve Talleyrand : « Mirabeau est mort aujourd'hui. Je dis a l'évéque d'Autun qu'il devrait prendre la place qu'il a laissée vacante ; qu'à cet effet, il devrait prononcer son oraison funèbre, dans laquelle il présenterait un résumé de sa vie, et insisterait sur les dernières semaines, pendant lesquelles il a travaillé au rétablissement de l'ordre ; puis insister sur la nécessité de l'ordre et présenter le roi comme il doit l'être. Il me dit qu'il a songé à cela toute la journée. Je lui dis qu'il n'a pas un moment à perdre et que de pareilles occasions se présentent rarement. — J'ai parlé aujourd'hui au comte de Montmorin d'un successeur pour Mirabeau, mais il m'a dit qu'il ne voit pas bien qui l'on pourrait mettre à sa place. Il avoue que Mirabeau était déterminé à perdre La Fayette, et dit qu'il l'a retenu pour un certain temps. Il dit que La Fayette est un roseau, qui n'est bon à rien. Il croit qu'il ne reste plus qu'une chance, c'est de convoquer aussitôt que possible la nouvelle Assemblée, en excluant les membres de la présente Assemblée, et qu'elle siège hors de Paris. Les théâtres sont fermés aujourd'hui. Le temps est beau^. »

Le 4 ce sont les funérailles de Mirabeau et Morris ne désarme pas : « Le convoi de Mirabeau (suivi, à ce que l'on dit,

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