‹ Gouverneur MorrisChapitre 59 sur 150 · T. I, p. 39C. — a. T. I, p. 3yG · texte numérisé non relu

T. I, p. 39C. — a. T. I, p. 3yG

par plus de cent mille personnes, dans un silence solennel) a été un imposant spectacle. C'était un large tribut payé à des^ talents supérieurs, mais un médiocre encouragement aux actions vertueuses. Des vices, à la Fois dégradants et détestables, ont marqué cet être extraordinaire. Complètement prostitué, il a tout sacrifié au caprice du moment. Cupidus alieni, prodlgas sui: vénal, sans pudeur, et cependant, grandement vertueux, quand il était poussé par un mouvement dominaht, mais jamais véritablement vertueux, parce qu'il n'était jamais sous le contrôle inébranlable de la raison ou sous la ferme autorité des principes; j'ai vu cet homme, dans le court espace des deu;x ans, hué, honoré, haï, pleuré. L'enthousiasme vient de le présenter comme gigantesque ; le temps et la réflexion abaisseront cette taille. L'oisiveté affairée du moment devra trouver un autre objet à exécrer ou à exalter. Tels sont les hommes et en particulier les Français*. »

N'y a-t-il pas dans ces lignes une dureté inouïe ? Combien Mallet du Pan était mieux inspiré, lorsqu'au même moment il écrivait dans le Mercure de France : « Ne voulant ni troubler le délire des hommages, ni servir la joie de la haine ou de l'injustice, j'abandonne ces premiers moments aux rhéteurs. Ce n'est point un homme commun que celui dont la mémoire soulève ainsi, et en sens contraire, les tempêtes de l'opinion. M. de Mirabeau emporte les regrets, non seulement de ses adhérents, mais encore d'une partie de la minorité, qui fondait sur les vues secrètes de ce chef de parti des espérances et des projets ^. »

Morris, l'année suivante, dans une lettre à Washington du 4 février 1792, où il jette un coup d'œil rétrospectif sur les événements, insulte encore et calomnie Mirabeau. Il parle du parti des modérés. « La mort de Mirabeau, dit-il, qui, sans contestation possible, était un des coquins les plus dépourvus de principes, a laissé un grand vide dans ce dernier parti. Il était alors vendu à la Cour et son intention était de rétablir le pouvoir absolu ^. » Il est permis de protester énergiquement contre cette affirmation. Mirabeau était avant tout

1. T. I, p. 398. — j. Mémoires, t. I, p. 22G. — 3. T. 1, p. 5o2,

dévoué à la liberté et à la Révolution, dont il était Tâme. C'était pour les consolider, pour les sauver, qu'il croyait nécessaire de rendre à la monarchie constitutionnelle son juste équilibre. Morris lui-même a recueilli et rapporté le jugement tout différent d'un Anglais, Hugh Elliot, le frère de Gilbert Elliot, lord Minto. C'était à Dresde en 1797. Il faisait visita à Morris, lorsque survint Bergasse, qui naturellement parla des premiers jours de la Révolution. Après son départ : « M. Elliot parle aussi sur le même sujet. 11 me dit qu'il n'a connu parmi les Français qu'un seul homme véritablement capable, c'était Mirabeau. Il dit qu'ils ont été mis en rapports ensemble ; il l'a connu intimement. Il était incorruptible. Je réplique que le prix de son concours était parfaitement connu pour n'importe quelle mesure. Il dit que, dans ce cas, la mesure devait d'abord avoir reçu l'approbation de son propre jugement. C'est là une distinction bien subtile. 11 accorde cependant qu'il était assez corruptible du côté de ses passions qui étaient violentes et qui pouvaient toujours disposer de lui *. » C'est presque exactement ce que dit le comte de La Marck dans les notes déjà citées : « Il est de mon devoir de détruire, autant qu'il dépend de moi, ces odieuses imputations dont presque tous les écrits sur la Révolution française^ se sont faits les échos, et, je le dirai encore une fois : Non jamais Mirabeau ne sacrifia ses principes à ses intérêts pécuniaires. Il reçut, il est vrai, de l'argent du roi, mais pour sauver le roi lui-même, et non comme prix du sacrilice de ses opinions. C'était, au contraire, pour être en état de leur donner plus de développement et de force ^. » C'est également le jugement que porte Malouet ^.

Donner un successeur à Mirabeau, dans son rôle ingrat de conseiller de la Cour, c'est à quoi l'on songeait de divers-

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