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Malouet, Mémoires, ch. xv en entier

,S8 GOUVERNEUR MOItRIS

côl*s. Mnlûuet le dit pour son compte en termes Formels ' , et celui qu'il avait choisi pour remplir ce rôle était le vieil abbé HajTial, qui avait dû quitter la France poursuivi pour ses écrits et condamné par défaut par le Parlement en 1781, Malouet obtint pour lui une sorte d'amnistie, mais l'adresse que l'abbé envoya à l'Assemblée le rendit impossible.

Morria, on l'a vu, avait aussi songé a cette succession, dès qu'elle fut ouverte et semble en avoir voulu faire profiter Tallejrand. Mais bientôt il est clair que c'est lui-même qui prend ce rôle,. C'est par le ministre Montmorin qu'il agit- On a vu (]^u'il avait l'intention de le maintenir dans sa combinaison ministérielle. Maintenant que celle-ci a échoué, il en fait son ami ; il est constamment avec lui ; il le conseille et cbercbe à le diriger. Il négocie en même temps avec lui une affaire que Brémond a préparée. 11 s'agit de régler amiablement les réclamations de certains princes allemands à raison de fournitures (aitions) déjà anciennes faites à la France *. On a vu ^ que c'est d'abord par Vicq d'Azyr que Morris est entré en relations avec la Cour: cela continue encore le 17 mars 1791, d'après le tourna/: a Vicq d'Azjr entre et nous avons un bout de conversation sur la conduite que doit tenir la Cour ^ a Mais au mois d'avril les communications se font par Montmorin ; « A dix heures (18 avril 1791) je rends visite à M. de Montmorin. J'entre pleinement avec lui dans sa situation et dans celle du royaume... 11 dit qu'il peut compter sur moi et il croit que S. M. a la même confiance °. n

C'était si bien la place de Mirabeau qui -était prise par Morris, que Montmorin soumet ses propositions au comte de La Marck, le confident et, pour ainsi dire, l'associé de Mirabeau da^s les relations avec la Cour. C'est la môme partie qui continue ; il n'y a qu'un des partners de cbangé. C'est à partir de ce moment que Morris va entrer lui-même en rapport avec La Marck, qu'il connaissait à peine'. Le i5 avril on lit dans le Journal : a Je vais dîner cliez M. de Montmorin.

. Ménuirfl, t. Il, p. i . T. I, p. 393.- 5.

Après dîner je lui donne la note. Il me dit qu'il doit communiquer TafTaire au comte de La Marck. Leurs relations politiques sont telles qu'il ne peut se dispenser de cette communication ^ » Puis le ao avril « je vais dîner chea M. de Montmorin. Après dîner j'ai une longue conversation, en partie sur les affaires politiques. Il promet de parler de Vaf- ' faire au roi dans le cours de la semaine. Il l'a fait connaître au comte de La Marck, qui approuve. Entre autres choses je lui suggère un acte d'amnistie voté par l'Assemblée et làdessus une autre lettre révolutionnaire. Il approuve beaucoup cela, me disant qu'il prépare en ce moment une lettre du roi au Prince de Gondé. Je rentre chez moi afin de voir Brémond et de faire travailler par lui les Jacobins pour obtenir d'eux qu'ils fassent la motion du décret d'amnistie ^. »

La politique conseillée par Morris est d'ailleurs des plus simples. Il est convaincu qu'il y a un retour de l'opinion publique, qui abandonne l'Assemblée pour revenir au roi. Le 3o août 1790 il écrit à Washington : « Leur Assemblée perd tous les jours du terrain dans l'opinion publique. » Il n'y a donc qu'à attendre, la réaction inévitable se produira. Le roi n'a qu'à rester passif, sans essayer de résister à l'Assemblée. Le 18 novembre 1790, il donnait déjà ce conseil au garde des sceaux, chez qui il dînait : « Je lui dis que je considère la Révolution comme un projet manqué ; que les maux rendront l'autorité au Souverain ; qu'il doit continuer à être un simple instrument entre les mains de l'Assemblée^. » Cependant il ne s'exagère pas les choses. Le 18 avril 1791 : « Dîné chez M. de Montmorin. Après dîner je le prends à part et je lui exprime mon opinion qu'une prompte dissolution de la présente Assemblée serait dangereuse. Leurs successeurs seront choisis par les Jacobins, au lieu que, si on laisse s'écouler quelques mois, les Jacobins et les municipalités seront en guerre, parce que les dernières ne voudront pas supporter l'influence des premiers. Il dit qu'il craint que les municipalités ne soient entièrement sous l'influence des Jacobins. C'est, je crois, une crainte vaine*. »

1. T. I, p. ^»o2. — a. T. I, p. tii2. — 3. T. I, p. 338. — /|. T. I, p. 3()9.

igo GOUVERNEUR MORRIS

Montmorin, comme on le voit, pensait alors à la dissolution finale de l'Assemblée et il se posait la question si importante de savoir si ses membres devraient être rééligibles : « Il (Montmorin) dit qu'aucun des membres présents ne devrait être rééligible*. Je diCFère d*opinion, parce qu'il connaît le caractère et les talents du personnel actuel et qu'il pourra, après réélection, acheter ceux qui peuvent servir à ses desseins. Il <lit qu'ils ne valent pas le prix et que la plupart prendraient l'argent pour agir ensuite comme il leur plairait ; que si Mirabeau avait vécu, il Taurait gratifié au comble de ses ■désirs. Il dit qu'il faut maintenant travailler dans les provinces pour assurer les élections. Je lui demande comment il connaîtra les tendances et la capacité des membres élus. Il me dit que c'est difficile ^. »

Chacun sait que le i6 mai 1791 la Constituante décréta : « Les membres de l'Assemblée nationale actuelle ne pourront être élus à la prochain© législature. » On sait aussi que ce fut là une des causes qui précipitèrent le cours de la Révolution. Nous voyons maintenant que le gouvernement du roi, représenté par Montmorin, poussait dans ce sens par une aberration singulière. En l'en. dissuadant Morris faisait entendre la voix de la raison, et sa clairvoyance politique s'attestait encore une fois. D'autres questions également graves se posaient en même temps.

La grande Assemblée qui s'acheminait Vers sa fin, après son <Buvre colossale, semblait inquiète et hésitante. En laissant de côté les aristocrates, plus impuissants que jamais, et les quelques démocrates qui formaient l'extrême gauche, elle était divisée entre deux partis : les modérés et les enragés^ comme on les appela d'abord, — le parti La Fayette et le parti Barnabe, comme dit Malouet, — les Qu2^tre-vingt-neuf ^ et les Jacobins,

1 . Il y a dans le texte : « He thinks that more of the présents members shouldbe reeligible. » Mais c'est sûrement une faute. Le manuscrit doit porter none au lieu de more.

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