Souvenirs, t. II, p
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que rapporte Morris (j oclobre 1789) ; a Le roi a empêché toute résialance, comme Mme de Plahaut l'apprend de Versailles, Eit la reine, en se retirant dans sa chambre dit à ses gens que, comme le roi était décidé h venir à Paris, elle devait raccompagner, mais qu'elle ne le quitterait jamais. Pauvre femme ! c'tst un triste présage de ce qui n'est que trop pro-
LouJs \\\ ramené ù Paris, cela rendait pour lui la fuite plus diflicik'. mais aussi plus tentante. On y songeait toujours; mais rimagiuation publique semble alors la voir volontiers comme imposée au monarque indécis, comme un véritable enlèvement. Au 35 décembre 1789 on lit dans le Journal: ■ M, de Mouatier me dit que quelques personnes ont été arrêtées la nuit dernière par suite d'un complot formé pour assassiner M. de La Fayette, M. Bailly et M. Nccker et enlever le Roi en Picardie. Je ne crois pas un mot de ce complot". ))
Marmoiitel prétend aussi qu'il avait donné à Montmorin le conseil d'enlever le roi de Paris, et, d'après le contexte cela se passa avant la retraite de Necker (septembre 1790) ; o M. de Montmorin, à qui je parlai d'engager le roi à se l'étirer dans l'une de ses places fortes et à la tële de ses armées, m'objecta le manque d'argent, la banqueroute, la guerre civile : o Vous croyez donc, ajouta-t-il, le péril bien pressant pour aller si vile aux extrêmes ? — Je le crois si pressant lui dis-je, que, dans un mois d'ici, je ne répondrais plus de la liberté du roi, ni de sa tête, ni de la vôtre ', a
Enlin Montmorin lui-même au printemps de 1791, s'associa à une entreprise semblable. C'est sans doute elle qui coûta tant d'argent, comme on l'a vu ci-dessus '. Malouel dans ses Mémoires a raconte les choses explicitement. C'était lui qui en avait eu Tidée : a J'osai alors, de concert avec l'abbé Raynal, peu de Jours avant sa maladie, proposer un appel, au nom du rot. a tous les propriétaires, un rassemblement de Iroupcs dïlite à vingt lieues de Paris et une déclaration dans
'. 1. p. 353. — 3, Mimoirei, t. III, p. i
le sens des cahiers : ce dernier point seulement à concerter avec MM. de La Fayette et Barnave et, dans le cas où ils y acquiesceraient, la retraite du roi hors de la capitale leur serait proposée, pour être protégée par la portion la plus sûre de la garde nationale, les clubs et les rassemblements devant être interdits le même jour par une proclamation. Je prenais sur mon compte toutes ces communications, qui auraient pu compromettre M. de Montmorin. Cependant il me dit qu'il s'en chargerait volontiers et que, même la réponse de MM. de La Fayette et Barnave étant négative, il se fierait à leur loyauté, mais qu'il ne serait pas aussi facile de les réunir pour une action commune ; en lin que, d'après l'éloignement qu'il connaissait au roi pour les deux, il doutait encore plus que S. M. approuvât mon projet. En effet le roi dit non assez sèchement. Ce non fit pâlir l'abbé Raynal et lui imprima plus de terreur que la colère de l'Assemblée *. »
Cependant la fuite se préparait avec Bouille et Malouet affirme que ni lui ni Montmorin n'en ont rien su. Morris n'en savait rien non plus et ses dernières communications avec Montmorin avant son départ, attestent leur commune ignorance.
Lorsqu'il apprend à Londres les premières nouvelles le a 5 juin, son jugement est prompt : « Nous apprenons que le Roi et la Reine de France se sont échappés des Tuileries et ont pris six ou sept heures d'avance sur leurs gardiens. Cela produira des conséquences considérables. S'ils sont en sûreté, la guerre est inévitable, et, s'ils sont repris, cela suspendra probablement pour quelque temps tout gouvernement monarchique en France '^, » Il ne cherche donc point, comme le fait Malouet, à essayer de prouver que, si l'entreprise avait réussi, les choses auraient pu se terminer autrement que par une guerre civile ^. Le même jour il écrit à un ami : « Le Roi et la Reine de France se sont échappés, mais je ne sais pas encore s'ils sont hors du royaume. Ces événements me rendent très anxieux de retourner en France; car je pense
I. Mémoires, t. Il, p. ifn. — a. T. I, p. li^i-j. 3. Mémoires, t. II, p. 445 et suiv.
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•que la confusion sera favorable à la vente des terres américaines. — Onze heures du soir. On reçoit la nouvelle que les fugitifs ont été arrêtés près de Metz * . »
Il part aussitôt, traverse la Manche * et le a juillet il est à Paris occupé c< à lire les divers détails qui se rapportent à la fuite et à l'arrestation du roi. Je vais voir M. de La Fayette; (il n*est pas chez lui, mais je parle à sa femme qui a Tair à moitié égaré... Je m'aperçois que l'intention de l'Assemblée est de couvrir la fuite du roi et de faire l'oubli sur cela. Gela prouve à mes yeux une grande faiblesse et détruira peut-être la monarchie * » .
C'était un événement qui déroutait tous ses calculs et le 17 juillet il écrira à Robert Morris : « Vous avez appris de divers côtés l'évasion du roi des Tuileries. Soit dit en passant, on prétendait qu'il y était en parfaite liberté, mais néanmoins notre ami La Fayette a failli être pendu à raison de ce départ, et sa justification tend à établir que S. M., outre la parole qu'elle avait donnée, était si étroitement surveillée qu'elle avait peu de chance de passer inaperçue. Cet acte a été une très grande folie. Les affaires publiques étaient en tel état que, s'il était resté tranquille, il aurait été bientôt <le maître, parce que l'anarchie qui prévaut aurait montré la nécessité de lui rendre l'autorité * et parce qu'il n'est pas ^possible de maintenir en équilibre un Prince et une Assemblée unique ; le Prince sera trop lourd par rapport à l'Asseniblée, à moins qu'il ne soit trop léger pour l'affaire. L'Assemblée de plus était fortement soupçonnée de corruption et •déclinait rapidement dans l'estime "publique. Son départ a^ tout changé, et maintenant le vœu général parait être pour
I. Morris qui ne manque jamais l'occasion de faire des affaires espère
•dans les émigrés trouver des acquéreurs pour rAmériquc, t. I, p. 4aa :
<( Chez Mme de Ségur, la conversation tombe sur les moyens de sauver son
avoir au milieu des troubles qu'on appréhende. J'indique l'achat de terres
en Amérique. »
a. T. I, p. 4a8. — 3. T. I, p. /iaS.
^. T. I, p. ^36. Le texte porte : « would bave shown tbe necessity of conferring wilh authority ; » mais il y a sans doute une faute et il faut lire « of •conferring him authority ».
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une République, ce qui est tout à fait dans l'ordre naturel des choses. »
Il lui semble impossible au premier moment que Louis XVI puisse rester sur le trône et clairement il voudrait que ce fût l'occasion d'un changement de règne, le Dauphin succédant à son père. Le 2 juillet, le jour môme de son retour à Paris, il combine avec Montmorin : « Je cause avec lui de la situation, lui déclarant qu'il me pataît presque impossible de conserver à. la fois la monarchie et le monarque. Il dit qu*il n'y a pas d'autre mesure à tenter. Cela nous amène à discuter les différents personnages qui pourraient être nommés ou régent ou membre d'un conseil de régence ; mais la je trouve des difficultés insurmontables. Naturellement il leur faudra garder le pauvre être que Dieu leur a donné. Sa sagesse produira sans doute le bien par des voies insondables ; sur cela nous pouvons compter*. » Le i5 juillet il répète la même chose dans une lettre à un ami : « Il sera, je le crois, à peu près impossible de rétablir l'autorité ou, en d'autres termes, d'obtenir l'obéissance pour un homme qui a déçu l'opinion publique et s'ils le mettent de côté, je ne vois pas comment ils pourront organiser une régence. Ses frères sont à l'étranger, ainsi que le Prince de Condé. Le duc d'Orléans est accablé du mépris universel, et, pour composer un conseil de régence, ils seraient obligés de prendre des personnes faibles ou suspectes. Ajoutez la convulsion qui se produit dans un État lorsqu'un roi est 4éposé et cela pour des causes triviales *. » C'est la Régence qui apparaissait à tous comme la solution naturelle. Le Journal porte encore le ,17 juillet: « Vicq d'Azyr me dit que M. Pétion, l'un des trois commissaires dépêchés par TAssemblée pour accompagner Iç roi, s'est conduit de la façon la plus bestiale aussi bien que la plus cruelle. Assis dans la voiture avec la famille royale, il s'est comporté de la manière la plus indécente et s'est amusé à expliquer à Mme Elisabeth le moyen de composer un conseil de régence '. »
La solution que Morris avait prévue au pis aller s'était des-
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sinéepourUnt di^sle premier jour. La majorité de l' Assemblée n'était pas prête j>our la République. Sans doute, a la mort de Mirabeau. Malouet constate que ■ le parti républicain commence à poindre dans l'Assemblée ' ». Mais ce n'étaient que quelques individus. Barnave et ses amis, comme La Fayette et les siens, voulaient conserver la forme monarchique : nous venons d'en voir les preuves précises dans les négociations d'avril et de mai. Malouet signale l'attitude conciliante des principaux députés du côté gauche dès que le départ du roi fut connu : « Avant qu'on lût instruit de ce qui s'était passé à Varenncs, plusieurs d'entre eux s'ouvrirent à nous pour Un projet de négociation ^. » Aussi les défenseurs du roi n'eurent pas de grands ellorts à faire pour avoir cause gagnée : a Dans l'Assemblée, le parti républicain a traité le roi très durement, mais le décret qui insiste sur son inviolabilité passera n, écrit Morris le i4 juillet.
Mais au dehors de l'Assemblée le parti républicain qui voulait la République existait déjà ; il était largement entré au club des Jacobins et avait conquis une partie au moins de la population parisienne. Ceui-là n'admettaient pas que l'aiïairc se terminât ainsi. Le i5 juillet, le Journal porte : a Paris est en émoi ce soir à raison du décret qui a passé presque à l'unanimité dans l'Assemblée déclarant l'inviolabilité du roi «; et plus loin : « Comme je loge à VHôlel du Boi, près des Tuileries, il n'est pas du tout impossible que j'aie une bataille sous mes fenêtres. L'avant-garde de la populace est formée de deux ou trois mille femmes. »
Le i3 et jours suivants a éclaté le schismequi couvait aux Jacobins; presque tous les députés qui faisaient partie du club vont siéger aux Feuillants'. Le 17, c'est l'affaire du Champ de Mars que Morris considère sur le moment comme le premier signe de rétablissement de l'ordre. Cependant il n'a pu voir la scène de ses vfii.<. : n Je suh au Louvre et rencontre en chemin la munitipiilik' uwc io 'Inipeaii nutfjc
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déployé. Au Louvre, nous montons dans la voilure de Mme de Flahaut et, m'arrêtant pour prendre mon télescope, nous allons à Chaillot ; mais le temps perdu pour prendre Mme de Gourcelles fait que nous arrivons sur les hauteurs de Passy trop tard pour voir ce qui s'est passé au Champ de Mars. A notre retour cependant nous apprenons que la milice a enfin tiré sur la populace et tué quelques-uns d'entre eux... Cette a (Taire, je le crois, posera les fondements de la tranquillité bien que peut être une affaire plus sérieuse soit nécessaire pour réprimer cette abominable populace*. »,
Morris, à ce moment, croyant peu, on l'a vu, à la durée de la royauté : le monarque était sauvé, mais la monarchie était perdue. Cependant il n'est pas homme à abandonner la partie La Constitution s'achève et une occasion favorable va se présenter de reprendre position. L'Assemblée a décidé que la Constitution ne serait point soumise à la sanction du roi, mais serait présentée à son acceptation. Cela était parfaitement conforme aux principes du nouveau droit public. L'Assemblée, on l'a vu, se considère comme souveraine. Elle fait seule la Constitution au nom de la Nation, et elle n'a pas besoin de la sanction royale. Dès le 17 juin 178g, elle a déclaré : « II ne peut exister entre le trône et cette assemblée aucun veto, aucun pouvoir négatif. » La Constitution, au contraire, est le seul titre d'où le roi peut tirer son autorité. Comme l'a dit un membre, « elle est antérieure à la monarchie ». Mais l'Assemblée présentera la Constitution à l'acception du roi, pour une raison bien simple : c'est que celle loi fondamentale maintient la royauté dans la lignée de Hugues Capet, mais dans des conditions nouvelles. Il faut donc savoir si Louis XVI les accepte. S'il n'acceptait pas, d'ailleurs, la conséquence serait aussi simple : il cesserait d'être roi. C'est la solution que contient la Constitution en ce qui concerne ses successeurs ; si le
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nouveau roi ne prêtait pas serment à la nation et ne jurait pas le respect de la loi constitutionnelle dans le délai d'un mois après la réquisition du Corps législatif, il était censé avoir abdiqué la royauté. Pour Louis XVI, c'était la mère de la Constitution. l'Assemblée souveraine elle-même, qui venait réclamer son acceptation : sur un refus elle prononcerait la déchéance.
Dans ces conditions, il ne pouvait être question de refuser. C'était principalenicnt pour éviter cette acceptation définitive qu'avait eu lieu la fuite de Varennes. Mais il était impossible de recommencer, surtout à si brève échéance, quoique le 25 août Morris paraisse craindre quelque chose de semblable : a Je vais chez Montmorin et je lui disque j'ai quelque raison d'appréhender que le roi ne fasse un autre coup de théâtre. Il dit qu'il ne le pense pas*. » Il fallait donc accepter; mais le roi pouvait le faire avec des remontrances à son tour ; il pouvait préparer l'avenir ; poser la première pierre d'une future revision constitutionnelle, peut-être gagner quelque chose dès maintenant. Aussi les politiques s'agitent. Pendant le mois qui s'écoule entre le 6 août et le 8 septembre 1791, La Marck voit souvent Morris. On fait venir à la Cour Pellin, l'ancien secrétaire de Mirabeau, le /ais^wr de Mirabeau, comme dit plus loin Morris ^. Le 18 août Montmorin « dit qu'il a désiré que Pellin recueillît sous les traits populaires de la conduite du roi depuis son avènement au trône et les mît dans le discours. Cela est tout à fait maladroit et je le lui insinue, mais sans doute une folle vanité prévaudra sur ce point ^ ». Mme de Staël se remue avec Talleyrand qui paraît alors être tout à elle et dont Morris s'est détaché ^. Mais Morris surtout est sur la brèche. Dès le 7 août il a préparé un travail ; ce jour-là : « M. Jaubert vient chez moi avec la petite partie de mon travail qu'il a traduite ; il lui faut beaucoup de temps pour la corriger et lui donner la force et l'original ^. » Le 20 août c'est Bergasse qui intervient : a Bergasse corrige ce que j'ai écrit ce matin. Il dit qu'il écrira au roi '^— »-•« -'»' l'état des affaires