I. T. I, p. Mif\. — a. T. II, i a
h. Ci-3essus, p. i8/|. — 5. T.
et lui dira qu'ayant obtenu communication de mon plan, à Teffet d'en corriger la langue, il le communique à S. M., mais avec l'injonction du secret le plus absolu*. » Enfin le 25 août c'est M. de Laborde qui le sollicite : « Il est mélancolique au point de vue de la situation du roi. Je lui dis qu'il n'y a pas de danger et j'indique d'une façon générale la conduite que devrait suivre S. M. Il me prie de lui donner cela par écrit. Je décline pour le moment. Il dit que le roi comprend bien l'anglais et que lui gardera absolument le secret, ce dont je puis être certain, vu qu'il a été pendant tant d'années le valet de cbambre de Louis XV ^. »
Le Journal à* août et septembre 1791 n'a que des renseignements fragmentaire,s et, par suite, peu clairs, sur ce que fut alors l'intervention de Morris. Mais lui-même l'a expliquée plus tard, d'abord dans une lettre du 37 décembre 1792 h Washington, puis dans une longue note écrite en français et trouvée sans date dans ses papiers, mais que l'éditeur démontre avoir été rédigée en décembre 1796 à Vienne, pour les princesses de la Maison de France réfugiés dans celte ville^.
Il eût voulu que Louis XVI en acceptant la Constitution en signalât les défauts et en demandât dès maintenant la modification pour l'avenir : « Ce fut, écrit-il à Washington, celte coalition (celle des Quatre-vingt-neuf et des Jacobins) qui empêcha le roi d'accepter la Constitution d'une manière virile, en en signalant les défauts capitaux, en marquant les conséquences probables, en les appelant à l'examiner de nouveau et en déclarant que sa soumission à leurs décisions résultait seulement de sa conviction que c'était le seul moyen d'éviter les horreurs d'une guerre civile. Ils virent que cette conduite les rendrait responsables, et, bien que ce fût le moyen le plus probable d'obtenir dans l'avenir une bonne Constitution et que cela eût enchaîné le roi aux principes qu'il aurait avancés, ils s'y opposèrent, parce qu'une bonne Constitution pareilleaurait été faite, non seulement sans eux, mais contre eux»
"t. T. I, p. ^^Z. — 2. T. I, p. 445. — 3. T. I, p. 555 et suiv.
et les aurait naturellement privés des objets qu'ils poursuivaient*. »
La note de 1 796 nous apprend que Morris rédigea dans ce but pour le roi un projet de discours et un mémoire : « M. M. . . , qui s'était permis quelquefois de faire passer ses idées survies aiîaires publiques à leurs Majestés, confia à M. le comte de Montmorin, lorsqu'il s'agissait d'accepter l'acte fatal qii'on nommait la Constitution française, un mémoire en anglais, accompagné d'un projet de discours en français. Le premier, qui était le plus essentiel en ce qu'il devait servir de base à Tautre, ne fut présenté au roi qu'après son acceptation. Sa Majesté désirait en avoir une traduction. M. de Montmorin pria l'auteur de s'en charger. Il le fit, en effet, mais il l'envoya directement au roi, en s'excusant des expressions qui devraient paraître trop fortes^. »
C'est le projet de discours que Morris» comme on Ta vu plus haut^, se laissa entraîner à lire chez Mme de Staël. Quant au Mémoire, le Journal constate qu'il fut remis à Montmorin le 39 août*, et le 2 septembre « la Constitution a été présentée ce matin au roi qui a' promis de rendre promptement réponse ^ ». Le 16 septembre Montmorin avoua à Morris qu'il ne l'avait remis au roi qu'après l'acceptation, et Morris ajoute : « Je suis maintenant bien persuadé que le pauvre roi a été empêché d'agir comme il le devait par une intrigue dans laquelle a trempé Montmorin. » Cependant celui-ci n'avait point caché son impression à la lecture du discours (26 août) : a J'arrive tard chez Montmorin ; nous nous retirons dans son cabinet et je lui lis le plan d'un discours que j'ai préparé pour le roi. Cela le fait bondir ; il dit que le tempérament du peuple ne supportera pas cela. Nous en causons longuement. Je lui donne la permission (qu'il prendrait sans cela) de le montrer à sa fille. Elle l'encouragera à cet acte ; je lui ai préalablement monté la tête à cet effet ^. »
Le 7 septembre Morris a encore quelque espoir : « Ce matin Brémond vient et me dit que le roi a fait des objections
I. T. I, p. bo^. — 2. T. I, p. 557. — 3. Ci-dessus, p. i6a. h. T. I, p. m. — 5. T. l, p. 447. — 6. T. I,'p. 445.
au discours préparé pour lui par Pellin, en conséquence d'un Mémoire en anglais qu'il a reçu. M. Short me dit que vendredi dernier au Conseil, M. de Montmorin a produit des observations écrites par Pellin, mais que le roi a préféré les miennes et il m'en a félicité *. » Mais le 8 septembre tout est consommé, le roi a accepté par une lettre, qui, sans énergie, fait des réserves : « J'apprends au Louvre le contenu de la lettre du roi, qui est maigre ; il semblerait que l'intrigue a enfin réussi et fait adopter au pauvre monarque un parti moyen, qui ne vaut rien. Je vais à l'Opéra qui est exécrable ; mais le ballet de « Télémaque » compense cet ennui ^. »
Cependant Morris a continué à soutenir que Louis XVI avait des idées semblables aux siennes. On lit dans Isi note : « S. M. avait conçu des idées semblables à celles énoncées dans le projet de discours, détaillées et appuyées par le Mémoire, et elle ne les abandonna qu'à regret. » Dans la lettre à Washington il écrit : « Le roi lutta éncrgiquement pour l'espèce d'acceptation dont je viens de parler ; mais il finit par céder, étant menacé de commotions populaires fatales à lui-même et à sa famille, et, comme résultat nécessaire de ces comnfotions, cette guerre civile qu'il désirait surtout éviter. » En décembre 1791, Morris enregistre ce témoignage de Bougainville : « Il (le roi) a assuré Bougainville qu'il a accepté la Constitution uniquement pour éviter la guerre civile. Je lui dis que le roi est trahi par la faiblesse et non par la perversité de ses conseillers^. »
1. T. I, p. 449. — 2. T. I, p. liDo. — 3. T. I, p. 491. Comparez : Conseils donnés à S. M. Louis XVI en 1791, par l'intermédiaire de M. de La Porte, intendant de la liste civile, ouvrage inédit de M. le Comte de Bivarol, Paris, Moreau, 1820. Ce sont des lettres de Rivarol, publiées par sa veuve et souvent mal datées, comme le montre le contexte. On y trouve, p. iG et suiv., quant à l'acceptation de la Constitution un projet de discours pour le roi et un mémoire à l'appui analogues à ceux de Morris.