CHAPITRE V
Les jours qui suivirent le lO août furent fiévreux pour Morris, comme pour tous ceux qui habitaient Paris ; il trouve pourtant le moyen de mener en voiture Mme de Flahaut à Versailles et au Bois de Boulogne^. Alors que partent tous les ambassadeurs des puissances étrangères, il se décide à rester, malgré les instances privées de Talleyrand. 11 s'y croit obligé, comme il l'écrit à Jeflerson le 32 : « Partir d'ici aurait l'air d'une protestation contre la Révolution, et, non seulement je ne suis pas autorisé à cet égard, mais je suis obligé de supposer que si la grande majorité de la nation adhère à Ja nouvelle forme, les États-Unis Ta reconnaîtront, premièrement parce qu'ils n'ont aucun droit de prescrire à ce pays le gouvernement qu'il doit adopter, et secondement parce que la base de notre Constitution est pour le peuple le droit inéluctable de l'établir '^. » Il restait aussi certainement pour assister aux scènes qui allaient se passer sur ce théâtre tragique. Ce n'est pas que le milieu fût sans danger pour lui, comme Talleyrand le lui avait déclaré : il était bien ambassadeur, et le nouveau gouvernement le considérait comme tel, bien qu'il eût été accrédité auprès du roi ; les nouveaux gouvernants avaient tout intérêt k ménager, pour le conserver, cet
ambassadeur unique. Mais il avait été conspirateur, il faut le I. T. I, p. 572. — a. T. I, p. 572, 574.
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reconnaître, et ses complices se cachaient et passaient à l'étrangor. comme Malouet et Bréniond. ou étaient emprisonnés, comme Montmorin. Dans la note aux princesses, de 1796. il dit : " IViiigrémonl fut pris et sacrifié, mais il eut le courajif lii: '■r taire. A force d'argent on trouva le moyen de faire éï.niiT li-s un» et de cacher les autres '. o
Il r^iillll être atleinl: il fut l'objet d'une de ces visites domîrjltajri's i|iiî remplirent les prisons dans les derniers jours du iiKiis il'.triùl. réunissant, dit Malouet, les victimes pour les prcirliiiin^i massacres. Morris note le 3o : « Il v a eu dans la ïillc uno perquisition générale pour saisir les armes el, je présume, les personnes ^. » La veille il avait du monde à dincr : a Dans la soirée une troupe entre chei! moi avec un ordre pour visiter ma maison et chercher des armes qu'on dit y être cachées. Je leur dis qu'ils ne visiteront pas : qu'il n'y a pas d'amies rt que, s'il v en avait, ils ne les toucheraient pas. J'insislc [jour qu'ils saisissent le dénonciateur afin que je puissE' le fiiire punir. Je suis obligé d'être très péremptoire l'I. .1 hi iiii. je me débarrasse d'eux. La scène finit par des e\i Ksi-i du leur part. » Elle n'est pas finie cependant, car il ripiiliiiiK; : «Après qu'ils sont partis arrive M. S'-Croix (sic). ( l'rst un heureux homme. Il était caché, mais l'ordre de visiter touh'H Ivs [naisons l'amène ici. Nous aurons, semble-t-il une iiiilri' visite cette nuit^. » M. de Sainte-Croi.\ était l'un des ilri'iiii'rs ministres de Louis XVI « un ministre de huit jours a,
I' Il' (lit Morris. D'ailleurs, le lendemain tout va bien, car
il iiiiiiili' : n Le commissaire qui est venu me voir aujourliliui (ii;! fait force excuses, et il a pris note do ma réponse, i\r '<ni II' ijui: nous nous sommes quittés bons amis '. a
l^lis[■^'^l l'horrible tachede sang des massacresde Septembre. hi ii'i'liiii'nt point imprévus; la possibilité en avait mêmeété i-nlieviic de loin. Qu'on se rappelle ceux qui en novembre 17K1) déclaraient à Morris que. si les troupes autrichiennes Lintritii'iif en France pour rétablir l'ordre, les Parisiens assasaiinTiiii'iil. le roi et la reine''. D'une manière plus précise et à
une date plus rapprochée, Mallet du Pan, dans le Mémoire, remis en juillet 1792 aux souverains étrangers, signale le danger, qu'il croit à tort diminué par la déclaration de guerre émanée de la France. Il craint surtout l'action des émigrés : « Le roi désire que, par un concours offensif et trop distinct, leur participation à la guerre actuelle ne lui fasse point perdre le caractère de guerre étrangère, faite de puissance à puissance. » Il ne veut pas Talliance de la guerre étrangère et de la guerre civile ; ces deux fléaux « s'étendraient de la manière la plus affreuse sur trois cent mille familles dispersées au milieu d'un peuple frénétique ; ils mettraient en danger les jours du roi, ceux de la reine et de la famille royale ; ils feraient renverser le trône, livrer la propriété au pillage ; ils feraient égorger les royalistes, les prêtres restés dans le royaume et menacés ; ils rallieraient aux Jacobins les révolutionnaires moins forcenés... La première nouvelle d'une action entre les royalistes exclusivement et les troupes de l'Assemblée nationale serait le prétexte de nouveaux forfaits, le signal d'une boucherie dans tous les lieux où les clubs dominent les autorités administratives. En attirant eux-mêmes les armées étrangères sur le royaume, les Jacobins ont affaibli l'opinion que cette invasion résultait des efforts des émigrés... Le peuple des départements a cessé de dire qu'il massacrerait et pillerait les adhérents de ceux que les siens allaient combattre .à la frontière. L'approche prématurée des royalistes du dehors... redonnerait à ces dispositions populaires toute leur énergie * . »
Morris, lui, relève les causes prochaines, les précédents immédiats. Le 20 août : « Un autre homme est décapité ce soir pour crime de lèse-nation^ », et il ajoute : « Si Verdun se rend, comme a fait Longwy, les troupes étrangères seront bientôt ici. » Le 3o, il écrit à Jefferson : « Je ne me suis pas offensé de ce qui est fait par le peuple, parce qu'on ne peut supposer qu'il comprenne le droit des gens, et parce qu'ils sont dans un état de furie qui est inconcevable, qui les rend sensibles à toutes les impressions et capables de tous les