I. Mémoires, t. I, p. k^g, 44o, 443. — a. T. I, p
-'/■V V/- >"v »«,.-^-»- .ipijti
If
excès * . » Là-dessus les mauvaises nouvelles des armées pieuvent, vraies ou fausses. Le 2 septembre même, Morris est sorti avec Mme de Flahaut : « A notre retour nous entendons, ou, plutôt, nous voyons une proclamation. Elle s*en enquiert et apprend que l'ennemi est aux portes de Paris, ce qui ne peut être vrai. Elle se trouve mal, étant affectée du sort de ses amis. Je remarque que cette proclamation répand la terreur et le désespoir parmi le peuple. Cette après-midi on annonce le meurtre des prêtres qui sont enfermés aux Carmes. Puis ils vont à l'Abbaye et y massacrent les prisonniers. C'est horrible ^. »
De jour en jour se suivent les lugubres notes : « 3 septembre. Le massacre continue toute la journée. On me dit que huit cents personnes environ y sont comprises. » — « 4 septembre. Les meurtres continuent encore. A Bicêtre les prisonniers se défendent et les assaillants cherchent à les étouffer et à les noyer... On dit qu'aussitôt que les prisonniers seront démolis, la bande actuellement occupée à leur exécution a l'intention d'attaquer les boutiques. » — « 6 septembre. Aujourd'hui rien de nouveau. Les meurtres continuent et les magistrats jurent de protéger les personnes et les propriétés^. » Le lo il raconte les événements à Jefferson : « Nous avons eu une semaine de meurtres non réprimés, où quelques milliers de personnes ont péri dans cette ville. Cela a commencé par des membres du clergé qui avaient refusé de prêter le serment prescrit par la loi. De là ces exécuteurs d^une justice expéditive furent à l'Abbaye, où étaient enfermés ceux qui étaient à la Cour le lo (août)... Hier les prisonniers amenés d'Orléans furent mis à mort à Versailles. Le massacre commença vers cinq heures de l'après-midi le dimanche 2 de ce mois. » Il mentionne parmi les victimes la princesse de Lamballe, M. de Montmorin, le duc de La Rochefoucauld, arrêtés et tués en cheniin. Il ajoute que le projet était de massacrer tous ceux qui avaient signé la pétition demandant la destitution du maire de Paris après le 20 juin : « Cette mesure cependant paraît abandonnée (au moins pour le pré-
sent) ; mais comme il n*y a pas ici en réalité de pouvoir exécutif, le plan pourrait facilement être repris, si cela cadrait avec les vues de ceux qui ont la confiance de cette partie du peuple qui agit maintenant^. »
Mais comment expliquer que pendant ces journées fatales la municipalité, le département, le Conseil exécutif provisoire ne soient pas intervenus ? C'est une inaction que rien ne peut justifier. Morris semblait prévoir ces faits lorsqu'il écrivait à Washington en décembre 1791 : « Vous n'avez pas idée, cher Monsieur, d'une organisation sociale aussi relâchée. L'Amérique, à ses plus tristes jours, était beaucoup meilleure parce que la loi pénale était appliquée sans parler de la douceur de nos moeurs^. » 11 aurait pu se rappeler cependant qu'aux États;-Unis la loi de lynch n'était pas inconnue ; elle sévit encore en particulier contre les nègres dans les États du Sud.
D'ailleurs, selon Morris, les hommes qui gouvernaient dans ce mois terrible, paraissaient avoir perdu la tête : « Le 5 septembre. P... me dit que le ministère et les comités secrets sont abasourdis... L'évêque d'Autun me dit qu'il a vu un des membres de la Commission extraordinaire , c'est-à-dire du comité secret, qui lui déclare qu'on est dans le plus imminent danger. On m'a dit qu'un des principaux Jacobins a exprimé ses craintes, ou plutôt son désespoir, non pas tant en considération de l'ennemi mais à cause de leurs divisions intestines^. » Le lendemain, nouvelle confidence de Talleyrand : « Il me dit qu'il est persuadé que ceux qui gouvernent maintenant, ont l'intention de quitter Paris et d'emmener le roi avec eux ; que leur intention est de détruire la ville avant de la quitter. J'apprends que la Commune a fermé les barrières, parce qu'elle soupçonne que l'Assemblée a l'intention de se retirer*. » N'y a-t-il pas là comme la lueur anticipée des incendies que devait allumer la Commune en 187 1 ?
' ,f ; ■ .■''■'- '■.'»' iy*- "'V'-i ( ...*r-,n
^''^H»-f?çr^
T il.
Morris n'était pas seulement suspect au Conseil exécutif provisoire à raison de ses intrigues passées ; il devait nécessairement le mécontenter dans les premiers jours. En effet la nouvelle République française, isolée au milieu des monarchies européennes, qui la repoussaient avec horreur, avait tout intérêt à obtenir une reconnaissance immédiate de la grande République des États-Unis. Aussi la demandait-on à Morris sous la forme où il pouvait la donner, c'est-à-dire en l'amenant à faire un acte qui l'impliquât. Celui-ci, comme il l'explique dans ses lettres à Jefferson, tout en étant convaincu que la reconnaissance aurait lieu (elle eut lieu en effet), voulait laisser toute liberté à son gouvernement et maintenir les choses intactes tant qu'il n'aurait pas reçu d'instructions. Sa position était fort délicate comme il Técrit à son ami Short (alors à La Haye) le i4 novembre 1792 : « Ils me demandaient des choses qui n'étaient pas en mon pouvoir. J'essayais de les détromper, mais en vain. Chaque avance que je faisais dans ce but, quelque indifférente qu'elle fût, était considéré comme une preuve de leur hypothèse, et ils regardaient tout refus de ma part comme un désaveu de la Révolution. Je les assurais que je ne pouvais ni accepter ni refuser, étant simplement un agent, etc. Mais cela ne servait à rien et maintenant le Conseil entier est mon ennemi personnel*. » Ainsi dès le 29 août il avait eu au ministère des Affaires étrangères une discussion avec Lebrun, Clavière etMonge, qui voulaient conclure avec lui un arrangement concernant Saint-Domingue-. Le 3i il reçoit une « lettre insultante » du ministre des Affaires étrangères Lebrun, et Talleyrand lui dit qu'elle a été écrite par Brissot et que leur intention est de le forcer à reconnaître le nouveau gouvernement^.
Lorsque la Convention, règne et que le ministre des Affaires étrangères n'est déjà plus que l'instrument du Comité diplo-
LA RÉPUBLIQUE ; LA CONVENTION a6i
matique, cela ne va pas beaucoup mieux. Le i3 février 1798, il rend compte à Jefferson d'une entrevue importante qu'il a eue avec le ministre et dans laquelle, comme toujours, il a cherché à bien servir son pays : « J*ai exprimé, dit-il, le désir qu'une exception fût faite dans le décret contr^ les émigrés en faveur de ceux qui étaient aux États-Unis. » Puis il cherche à négocier un nouveau traité entre la France et les États-Unis, pour remplacer l'ancien, conclu avec Louis XVI. Il avait été chargé de cette négociation déjà sous le précédent gouvernement et si les choses avaient tourné autrement, il aurait pu obtenir cela comme une marque de faveur ou de confiance. Maintenant il lise sciemment d'un argument mauvais, au moins dans le droit moderne, à savoir que la forme du gouvernement ayant, changé, les traités antérieurs sont par là même caducs : « On ne saurait douter que M. Hammond s'efforcerait d'inculquer cette opinion que notre traité, ayant été fait avec le roi, était caduc par suite de la Révolution. Il dit qu'une telle opinion était absurde. Je répliquai que mon sentiment personnel était semblable au sien, mais qu'il me semblait bon de montrer un certain degré de bonne volonté envers les États-Unis et, par suite, j'ai pris la liberté de suggérer l'exception en faveur de ceux qui émigrent en Amérique. Mais je sais bien que quelques-uns des membres qui font partie du Comité diplomatique me délestent cordialement, quoiqu'ils seraient bien embarrassés de dire pourquoi. Cela a contribué indirectement à l'affront qu'on m'a fait en envoyant M. Genêt (comme ministre aux État-Unis) sans me dire une syllabe ni de sa mission, ni de son voyage, bien que j'aie été tôt et suffisamment informé de l'une et de l'autre * . »
Malgré son caractère diplomatique il n'était point en pleine sûreté à Paris. Le i5 mars 1798 il écrivait à Robert Morris pour démentir les nouvelles annonçant qu'il avait été guillotiné : « On me dit que les journalistes de Londres m'ont tué, sans compter l'incendie de ma maison et autres petites plaisanteries de ce genre... Vous me dites que je devrais donner