‹ Gouverneur MorrisChapitre 92 sur 150 · I. T. II, p. 54. — 2. T. II, p · texte numérisé non relu

I. T. II, p. 54. — 2. T. II, p

un dangereux compétiteur. Mainlena'til il semblerait que la grande route va passer par le Comité de salut public- Robespierre a él^ le plus consistant, sinon le seul consistant. C'est un de ceux dont le César de Shakespeare parle à son gai compagnon : u 11 n'aime pas les jeux comme tu fais, Antoine. » Il n'y a contre lui aucune imputation de corruption. Il est loin d'être riche et encore plus de le paraître'. » A la fin de sa leltie il revient sur la chute de Danton : « Il y a eu d'abondantes exécutions et la guillotine joue vivement. Avant tpie le coup fût porté c'était une question très douteuse que de savoir quel parti était le plus fort. Peut-être la victoire dépendait-elle du premier coup. Danton, lorsqu'il fut condamné, un peu avant, dit à ses juges qu'il avait observé en lisant l'histoire que les hommes périssent généralement par les instruments de destruction qu'ils ont créés eux-mêmes. « J'ai, a dit-il, créé le tribunal révolutionnaire qui va bientôt causer « ma perte. » Shakespeare, il y a longtemps, avait fait prononcer à Macbeth la même terrible sentence contre les ambitieux pervera. a

C'est la dernière grande catastrophe que Morris ait not4e. li constate seulement en passant et après coup la mort de Bobespierre. Mais à l'étranger il note encore, en 1795, les dernières péripéties de la lutte des partis sous la Convention. Le 19 avril 1795. h Altona, où il a retrouvé Mme de Flahaut : B Elle me dit qu'elle est avertie que Paris sera bientôt le théâtre de grandes commotions. D'après des nouvelles qui remontent au 37 du mois dernier, ils sont réduits à quatre onces de pain par jour^. ■> Et le i" juin : « J'apprends par Mme de Flahaut qu'il y a eu une émeute à Paris, dans laquelle les Jacobins ont eu l'avantage le aa mai et le aS l'Assemblée était complètement victorieuse. Il semble que les Jacobins ont eu quelque temps le dessus, mais que finalement ils ont été écrasés et que la Convention était pleinement en train de les détruire. Barère et Compagnie éprouveront le même sort. Ainsi la divine justice désighe une à une ses victimes et tous périront V«n par l'autre. La famme fait toujours

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rage et doit, je le crois, détruire la Convention tôt ou tard, car je ne sais comment on peut contenir des gens qui manquent de principes et qui meurent de faim *. » Le 5 juin, il ajoute : « Par les gazettes de Leyde, on voit que la question a été longtemps douteuse entre la Convention et les Jacobins avant que la complète supériorité de la première se soit affirmée. Mais une lutte ultérieure peut encore avoir lieu, quoique peut-être sous une bannière différente. Je ne connais aucun moyen de réprimer un peuple qui meurt de faim^. » C'étaient les journées de vendémiaire après les journées de prairial que Morris annonçait ainsi. Mais dans le Journal, au mois d'octobre 1790, on n'en trouve aucune mention. La victoire n'avait pas répondu à ses vœux. Cependant le 36 novembre il note : « M. Mountflorence arrive de Paris. Il dit que les Français sont tout à lait abattus depuis leur dernier conflit avec la Convention ; que le présent gouvernement est purement militaire ; que Paris et Orléans sont désarmés ; que Lyon est le théâtre constant de scènes sanglantes ; que Fréron est à la tète d'un fort parti Jacobin dans le Midi de la France ; que les Jacobins comptent renverser le présent gouvernement dans un mois ou six semaines et que le manque de pain est le levier dont ils comptent se servir^. »

Lorsqu'on est mis en face de ces luttes implacables des partis, on est naturellement amené à se demander quelles étaient les causes et les forces qui poussaient ainsi les Français à se jeter les uns sur les autres comme des bètes furieuses, aux jours où la patrie était en danger. Tous ces hommes professaient à peu près les mômes principes de liberté et les mêmes sentiments de patriotisme.

A la rigueur on comprend encore la guerre entre les Girondins et les Jacobins, quoique dans la Convention ils ne diffèrent guère par leurs opinions et . par leurs votes. J'en prends à témoin M. Aulard qui ne les trouve vraiment divergents que sur l'influence respective que devaient exercer Paris et les départements*, Morris montre bien que dès le

I. T. II, p. 8/i. -. 3. T. II, p. 88. — 3. T. II, p. i3G. Il' Histoire politique de la Révolution française, p. SQÔ-^aO.

lo août les adversaires des Girondins les regardaient comme" des royalistes déguisés, qu'ils n'avaient accédé qu'à eootro cœur au procin de Louis X.V1, qu'on les accusait de condamner les massacres de Septembre et qu'ils se considéraient comme les seula hommes de gouvernement, traitant leurs adversaires d'anarchistes '. Il va même plus loin ol les considJîre comme dos royalistes fourvoyés. C'est ce qu'il dit nettc- [nentdans sa lettre à Washington du 35 juin 1793. Après avoir mentionné leur arrestation il ajoute: a Je n'ai jamais pensé qu'il pût convenablement exisler trois partis dans aucun pays, et, par suite, il me semble que l'un de ceux entre lesquels sont divisés ceux qui s'appellent démocrates devrait se joindre aux royalistes. Je nu recherche pas quelles négociations se poursuivent à cet effet, car je n'ai aucun désir de me mêler de telles afTaircs, directement ou indirectement et je serais désolé d'avoir l'air de me mettre du côté d'un parti ou d'une (action quelconque, étant persuadé que le mieux pourfaire les affaires des États-Unis est de me tenir absolument à l'écart ' j Mais sans doute cela est un parti pris. En 1798 les Girondins étaient sûrement aussi républicains et aussi patriotes que leurs adversaires. Tandis que ces derniers représentaient la tendance estréme dans la République, ils y représentaient simplement la tendance modérée. C'est pour cela que Morris les condamnait à devenir monarchistes, n'ad- , mettant pas que la France pi'it connaître la modération politique on dehors de la monarchie. Mais d'autres pouvaient paiement s'y tromper de bonne ou de mauvaise loi.

La proscription des Hébertistes se comprend également et mieux encore. Hébert n'était pas seulement l'inspirateur grossier du Pire Diichesne. Les Jacobins, Robespierre en tète, se flattaient de professer le déisme et le spiritualisme de Uousscan ; Hébert et ses amis représentaient an contraire les écoles matérialistes uu xvui' siècle et poussaient violemment à l'abolition du cbristinnisme et de toute religion en France- Enlin Hébert et Chaumetle, c'était on même temps la Commune de l'aris, dont la Convention était enfin trlomplianta

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Mais les Dantonistes ! Quelle différence trouver entre leurs principes et leurs actes et ceux de Robespierre et de ses suivants? L'humanité se réveillant chez Danton et les appels à la pitié si éloquemment exprimés par Camille Desmoulins pouvaient-ils être considéré^ comme des crimes dignes de mort?

Cependant réfléchissons ; et demandons-nous si, en France, sous le régime de la liberté, les passions politiques n'ont pas toujours engendré des antagonismes prêts à dégénérer en luttes implacables. Songeons à ce qui, depuis trente ans, s'est passé dans nos Chambres, même entre républicains. Une idée commune à un groupe de députés et différant, même sur des points qui ne sont pas vitaux, de celle qui anime un autre groupe, constitue deux partis. Combien facilement la lutte s'ouvre entre eux, quoique le milieu soit devenu pacifique et que les armes, qui servaient jadis dans ces luttes soient, pour la plupart, brisées, émoussées ou rouillées. On ne peut plus faire condamner à mort ses adversaires. Il faut de grandes crises, pour qu'on puisse songer à les faire emprisonner ou bannir. Mais on s'efforce de les déshonorer ; les imputations les plus graves, les calomnies les plus atroces sont encore d'un usage courant dans cette guerre des partis.

Mais en 1793 et 1794, alors que la nature humaine était la même et aussi le même notre caractère national, la vieille et terrible pénalité des* crimes politiques était encore intacte dans les esprits comme dans les lois : la Révolution J'avait reçue de l'ancien régime. La peine de mort était traditionnellement la peine normale en cette matière : la forme seule de l'exécution avait changé. Et quel milieu tragique pour exaspérer ces antagonismes de partis et de sous-partis, qui se forment et s'irritent si facilement chez nous. Dès le mois d'août 1790 Mallet du Pan notait ces mœurs farouches: « Nous l'avons dit, et après en avoir été vingt ans les témoins, il n'est pas de sentiment honnête, pas de principe de morale, pas d'affection naturelle que le fanatisme politique n'empoisonne et ne dénature. Il change en tigres ceux qui sont nés grossiers et inhumains ; il pervertit les nations généreuses et les accoutume aux inclinations féroces, les moins

compatibles avec leur caractère. Tel est aujourd'hui l'esprît de justice qu'on inculque à la multitude : quiconque ne pense pus comme ses odulaleiirs est digne de mort '. n Dans l'enceinte el les eotours de la Convention c'était bien pis encore ; au bruit du canon et du tocsin, les nerfs se tendaient et les passions s'exaspéraient. Dans un pareil milieu les divergences d'opinion n'étaient ni6me pas nécessaires pour faire nailre les haines implacables; l'opposition des caractère et des tempéraments suflisait. Dcu\ natures aussi différentes que celles des Danton et de Robespierre, par l'antipathie mutuelle ■'1 instinctive, devaient t^tre fatalement rivales. Mallet du l';iu. dans un écrit du 8 mars 1794, montre Robespierre a dès 11' mois de novembre (1793), pour tenir tète aux Héberlîsies - unissant à Danton, sonennemi mortel, mais menacé comme

Puis sur tous ces hommes nuit et jour planait la crainte. ^NH pas qu'ils manquassent de courage, car ils ont vu venir > mort sans frémir, la mort sur l'échafaud el d'ailleurs, h ■Ile époque, presque tous, hommes el femmes, savaient ii^iuir. Mais ils craignaient la défaite, l'écroulcnienl de leur inre, le triomphe de lu royauté restaurée. Celte monarchie Miiçaise, vieille de tant de siècles, rlcbe de tant de gloires, el ii'ils avaient jeté il bas en quelques années, leur paraissait Il tel colosse, qu'ils ne pouvaient croire â sa chute durable. '11 in^me temps leur tâche était si prodigieuse qu'ils déses- ■ raient de la cuener a bien. De là les méfiances mutuelles. - accusations promptes el terribles : tout homme, au moin- 1 1: accident, devenait pour eux un ennemi et un traître. .'l'tiiit leur tète qui répandait de tout. Et ils étaient rïvés à I III' poste, a L'ahdicalîon même est interdite, écrivait Mal- 1 1 du fan, Hérault et Barère eu ont fait l'épreuve^ u el '(■•■l en vain que " Danton travaille a s'éclipser et ne parait [iii.'de loin en loin ' ■•.

Mallet n dépeint cette crainte d'une manière saisissante

dans le rapport qu

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1734 à lord Elglntorfc

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Comité de salut public, la Convention et les Jacobins « Robespierre, dit-il, aspire à rester maître moins par ambition que par crainte. La crainte voilà le fond et le ressort de son caractère.., environné de rivaux, d'observateurs, d'hommes effrénés et n'ayant dans le fait ni un ami dont il soit sûr, ni un partisan sur la fidélité duquel il compte, son projet fut de se défaire successivement des uns et des autres et de régner seul pour ôterà tous le pouvoir et le droit de régner malgré lui ^ » . ^ — « Robespierre, Danton et leurs amis, aussi peu touchés que GoUot d'Herbois de ces scènes de carnage, complotaient de les faire servir à la perte de leur ordonnateur. Us arrangèrent de le rappeler, de l'accuser et de le faire périr comme ayant excédé ses pouvoirs ; on eût ensuite exalté l'humanité de la Convention. GoUot éventa ce projet ^. » — « Que redoutent-ils maintenant ? Ce n'est pas la guerre étrangère. . . C'est encore moins les aristocrates, les feuillants, les fédéralistes, qui traînent dans d'obscures retraites leur misérable existence. Les révolutionnaire* même, voilà leurs ennemis, l'objet de leur terreur et le but caché de leur tyrannie... Les titulaires actuels se voyant menacés du châtiment qu'ils avaient infligé aux Brissotins et que les Brissotins avaient infligé aux Constitutionnels, n'ont que deux ressources de salut : l'une d'égaler en barbarie et en affectation de cynisme exterminateur les démagogues, toujours prêts à les accuser de modération et de trahison ; l'autre, de les réprimer et de travailler à s'en défaire. » — « Le mois dernier, une femme, liée avec Danton et Robespierre, et les voyant menacés, les consulta l'un et l'autre sur le projet qu'elle formait de quitter la France : Fuyez vite lui répondirent-ils, fuyez, nous voudrions pouvoir vous svivre ; nous ne tarderons pas à nous entr'égorger et la France sera un champ de carnage. Le portrait que je vous ai tracé de Robespierre atteste que la crainte domine tous ses sentiments. Danton travaille à s'éclipser... Leurs collègues chassent l'ivresse de l'effroi par l'ivresse des plaisirs... Lisez les discours de

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