‹ Gouverneur MorrisChapitre 94 sur 150 · Ci-dessus, p. ko. — 3. T. II, p. 5i. — k. T. II, p · texte numérisé non relu

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diklara qu'ils iraient fosqu'au bout. Ils obéirenl parce qtiw s'élaietil trop confiés à lui. Dans celte importante journée sa conduite personnelle, dans une large mesure, décida lîu -iiccèa. Il méritait récompense et un grade militaire lui fut Il cardé avec l'opportunilé de s'enrichir. Vous savez quelque . Iioie de Dufflourieî. La Convention se méfiait de lui. Westerniann reçut commission de le détruire (desirov) s'il bronchait. '>(te commission fut montrée au général. Elle devint le lien qui l'unit à Westermann. Dumouricz entra en négociation avec le roi de Prusse. Les principaux émigrés, confiants dans leur force el respirant la vengeance, fermèrent les oreilles dn roi. Thionville fut défendu, parce qu'un membre de l'Assemblée constituante vit eon propre sort dans celui de La Fayette, Melz ne l'ut pas livré parce que personne no demanda les ilel's et qu'on eut les mêmes apfiré liens ions qui avaient eiiercé leur influence à Tbioiiville. Le roi de Prusse attendit ces preuves de lovauté jusqu à ce que' ses provisions fussent iiniisoes. Alors il trouva nécessaire d'entrer en marché pour une retraite. Cela valut à Weslermann environ diï mille i>\ves(i>ouiuh). Le Conseil, persuadé qu'il avait tralii leur ■■^ui;,'lant projet, a suscité contre lui une poursuite sangtiiiMiro pour de vieilles affaires qui ne sont pas d'un rang plus , livé que le vol simple et léger '. Il a désiré être jugé par un conseil de guerre-. » Aussi, après la chute de Danton, Moitîs l'Lril-il au même : « Dans la lettre qne j'ai eu l'honneur de \(ius écrire le lO janvier 1793 je vous donnais quelques trait» de M. Westermann at comme rai avaient déjà communiqué les plan de leur arriver ne vous surprendi D'autre part, voici ce que Mi

es dépêches publiques *oaa 9 de M. Danton, ce qui vieat

temps I

pprït h Francfort, il est il 1708, lorsqu'il allait partir pour l'Ami- Iraul'ord (c'est un écrivain anglais qui vécut long- France avant et iiprîs la Révolution) m'a au»n

. p,(.r LomiV- «^ "t 1- vol iViin <.bj,.l m .Uf^

communiqué sur M. de Lehrbach, une anecdote qui est importante à tous égards. M. de Hardenberg, après qu'il eut conclu le traité de Basle, eut à Huningue une entrevue avec Barthélémy, Pichegru, Merlin de Thionville et croit-il (mais en cela il doit se tromper) Tallien. 11 fut convenu de mettre le Dauphin sur le trône et de constituer un conseil de Régence, qui serait composé d'eux et de leurs amis ; de maintenir toutes . les lois contre l'émigration, etc. Hardenberg fit les promesses les plus solennelles de ne communiquer cela à personne, si ce n'est au roi son maître. » Suit une longue histoire d'après laquelle Hardenberg communiqua néanmoins le secret à Albiné, « le favori et probable successeur de l'Électeur de Mayence ». Celui-ci l'aurait communiqué à M. de Lehrbach, ministre d'Autriche, gui l'aurait confié à Grauford, pour que celui-ci « transmît immédiatement l'information à la Cour d'Angleterre ». Lehrbach aurait fini par le communiquer au ministre de Russie, et à Schwarzkopf, le résident hanovrien. « Les Français, se voyant découverts, furent naturellement obligés de renoncer à leur projet ; mais les mesures qu'ils avaient prises ne pouvaient pas être rapportées, de sorte que la mort soudaine de l'enfant devint nécessaire, et Hardemberg peut attribuer à sa propre faiblesse, à la duplicité d' Albiné et à la folie de Lehrbach tout le mal qui résulta de ce second meurtre, qu'on ne peut en bonne justice mettre au compte de ceux par qui il fut commandé. Celte conversation eut lieu au mois de juin 1795 ^ »

Lors d'un précédent séjour en Angleterre, le 28 août 1796, Morris note encore : « Je vais voir le comte Woronzow à Richmond, où je rencontre un aide de camp de Charrette. Il y a quelque chose de curieux et de hardi dans son voyage en Vendée en passant par Paris, il y a trois mois. Il était présent et confident lors du traité entre Charrette et les agents de la Convention, par lequel ils convenaient de détruire la république et de rétablir la monarchie ^. Il était également pré-

1. T. II, p. 35a-35/i. Hardenberg était ministre du roi de Prusse.

2. Le texte porte : by which they agreed to destroy monarchy. Mais cela ne peut être cela ; Charrette ne pouvait pas convenir de détruire la monar-

sent aiii représailles exercées par Charrede sur trois cente républiuiins poui' autant dVmi'yre.'i récemment guillottti^s'. a Si CCS choses étaient vraies, et même simplement si on les croyait, comment les liomnics politiques qui agissaient dans iiitle lompéle n'aura ient-ila pas été affolés? Au moindre Mjiipçon. iU se jetaient les uns sur les autres, ne s'épargnant pas plus entre eux qu'ils n'épargnaient les mallioursux aristoiratcs cl suspects. Les plus naifs, les moins habiles, les moins l'nerpîquci tombtrpnt les premiers; puis ce fut lo lourdes autres. Gelui-Ià resta debout le dernier, qui constamment joua le nSIe qu'il s'élail assigné, renfermé en lui-même, ne donnaut sur lui aucune prise et réalisant cette médiocrité élroite et jalouse qui fut l'idéal de la démocratie d'alors: celui, comme dit Morris, qui fut le seul consistant. Celui-lk c'est Robespierre, l'homme qui ne se détend jamais et qui, au lieu de scntinicnls humains paraft n'avoir que des principes abstraits. Lofmiu'lI resla seul des grands révolutionnaires, ayant succes- ■■iseirient abattu tous Ip-, autres et fut sa perte. Son autorité ii|i|iaiiit alors i-t necfssiiL renient i,omme le pouvoir d'un seul il. 011 l'accusa d aspirer â h dictature et même au trône ^. La liiroiir des conventionnels cl du peuple =e tourna contre lui. cl. la nation, reprenant conscience d elle même, rendit respon- ■•ablc de tout le sang répandu celui qui 1 avait versé le plus liiriîemcnt et surtout le plus lioidement \près thermidor, le milieu restant a peu pris le même et on vertu de la vitesse .Li'ijuise, les luttes continuèrent mais réduites et moins

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i.'stablit,i

1, T. It, |>. II^.

j. MiiUul Ju Pun. MJmnifirj; t. îl. p, Gi (mars 179S) , u On n'oaiil cooirtiti™ l'u chef ni i» 1» OinïmlMn, ni auï Jacobiini. ParoÎMiiit-il aui «peeiBclei, il i'l»il ttHiltiidi, riiiiiine jaiiis le roi. b — P. OQ . u RolwjpicrM, au (niliou ili' fù<ri<r, «yanl, iiar une liinitii>i« itilnlii, fnit rliuser drs Jacolniu, ihun aijjfi'fiiit, nniiiiii*" BricliPl pI Sainl«. qui se ricrininnl ronlrc U moll,9n (IniBDinr» acIueUvt, lu IvndiMKiiin Pnrii (utU|nH^i(B plovards inflonin*tnîni!> roaVtn lttibFi.pirrn. au on In ilAirantùl loiu le ROioctàn Âjm

Le 22 septembre 1 792 Morris annonçait à Washington le procès futur de Louis XVI et en faisait entrevoir Tissue fatale : « Vous aurez vu que le roi Qst accusé de hauts crimes et délits* : mais je crois vraiment qu'il désirait sincèrement pour la nation la jouissance du plus haut degré de liberté que les circonstances permettront. Quel peut être son sort, Dieu seul le sait; mais Thistoire nous apprend que les rois détrônés passent rapidement de la prison au tombeau*. » Le procès est pour lui Toccasion de remarques pénétrantes; il croit constater que pour la condamnation, comme pour la déclaration de guerre en 1792, tous les partis sont d'accord. Voici ce qu'il écrit à Jefferson le 2 1 décembre 1 792 , après avoir attesté l'innocence et la douceur du roi, qui n'a pas voulu adopter les rades mesures de ses prédécesseurs : « Je crois grandement probable qu'il pâtira et cela pour les raisons suivantes : la majorité de l'Assemblée a trouvé nécessaire de soulever contre ce malheureux prince la haine nationale (ce qui, après ce qu'il avait souffert, paraissait nécessaire pour leur sûreté même) pour préparer et introduire l'adoption d'une forme de gouvernement républicaine. Étant en possession de ses papiers et de ceux de ses serviteurs, il était aisé, en se permettant de faire des extraits, des commentaires, des suppressions, des mutilations — il était très aisé de créer les opinions qui leur paraissaient opportunes. La rage qu'ils excitèrent fut terrible, et, bien qu'elle commence à se calmer, la Convention est toujours dans une grande anxiété, craignant d'acquitter, craignant de condamner et pourtant poussée à détruire le monarque captif. Le parti violent pousse des clameurs contre

I . High crimes and misdemeanors : Ce sont les termes mêmes qu'emploie la Constitution des États-Unis pour déterminer la responsabilité du président D'après l'art. I, sect. 3, clause 6, il est responsable « for treason, bribery and other higth crimes and misdemeanors » .

GOUVERSEOR MORRIS

lui, pour des raisons que j'établirai '. Les partis monarchique et arialocratîque désirent sa mort dans la croyance qu'une pareille catastrophe révolterait les sentiments de la nation. lévcilterait son attachement héréditaire et détournerait dans les canaux du loyalisme le Ilot impétueux de Topiniou. Ainsi il est devenu un commun objet de haine pour tous les parlis, pitrce qu'il n'a jamais été Je patron décidé d'aucun. S'il est suuvé. cela sera par la justice de sa cause, qui aura quelque peu d'circt, et par la pitié qui est généralement ressentie (bien que personne n'ose s'exprimer ouvertement) pour le triiiteincnl très dur qu'il a soulTert*. n

Le 6 janvier 1 798 il écrit h Wasington : a Le sort du roi sera décidé le lundi l4- Ce malheureux homme, causant avec un de ses conseils de son propre destin, a résume avec calme les molilk de toute sorte et a conclu qu'il y aurait dans la Convention une majorité pour renvoyer la décision de son alVaire au peuple et qu'on conséquence il serait massacré. Jb pi'nse qu'il doit mourir ou régner^, a Le aâ il raconte i -(elTerson l'cïécutioTi du roi, en donnant les détails connus: 0 Sur l'écliafflud II essaya de parler, mais l'officier qui com- Hiiindnit, Santerre, ordonna aux tambours de battre. Le roi lit deux efforts inutiles, avec le même succès. Les exécuteurs le L'ourbérent et telle était leur bAlc qu'ils Grcnl tomber le coutteu avant que le cou fût bien placé ci qu'il lut décliiquoté*'- « Morris croyait d'ailleurs, dans une certaine mesure, à l'cITot que produirait l'excicutlon sur le peuple : « On avait eu le plus grand soin de prévenir un concours de population. Cela prouve la conviction que la majorité n'était pas lavorable à celte sévère mesure. En fait, la grande masse du peuple pleurait le sort de leur malheureux prince. J'ai vu du chanta. comme pour la mort prématurée d'un paient aimé. Tout (torte un air de solennité qui est saisissant. Sur le lieu mâme un geiililhommu rn'a dit que l'exécution du roi serait un signal auquol l'armée des Flandres se débanderait. Je ne crois

pas cela : mais j'incline à penser qu'elle peut avoir quelque effet sur cette armée qui se meurt déjà de besoin et qui va s'émietter. »

Il a flétri naturellement la Terreur, et elle lui a inspiré un remarquable dicium de science politique : « C'est une phrase emphatique à la mode parmi les patriotes que la Terreur est à l'ordre du jour : quelques années se sont écoulées depuis que Montesquieu écrivait que le principe du gouvernement arbitraire est la crainte *. » L'application était juste et frappante. 11 n'est pas douteux que le gouvernement de la Convention fut despotique et arbitraire : c'était le despotisme d'une Assemblée. Le i3 août précédent Morris avait écrità Pinckney : «Vous désirez connaître l'état de ce pays. Il existe ici une tyrannie à la fois cruelle et capricieuse et qui n'est restreinte ni par la pudeur ni parles principes 2. »

L'histoire ne doit pas oublier cependant que cet odieux procédé de gouvernement se présentait naturellement à l'esprit des hommes politiques de cette époque. Ce qui le prouve c'est qu'il fut nettement proposé au parti adverse en juillet 1792 par Mallet du Pan. Dans le Mémoire qu'il rédigea alors pour les souverains alliés contre la France, en vue d'opérer la contre-révolution et de rétablir l'autorité royale, le mot s'y trouve et la chose aussi : « Envers cette majorité, disait-il, la sagesse conseille l'emploi simultané de la terreur et de la confiance. De la terreur^ car elle seule peut détruire les* illusions dont beaucoup d'entre eux persistent à s'étourdir, inspirer quelque courage aux âmes faibles que la peur des Jacobins ou l'habitude redonneraient à la faction dominante, s'ils ne se voyaient pas à la veille de périr ; faire une impression profonde sur des esprits flottants ou séduits par des erreurs, en leur montrant le dernier jour des chimères ; balancer chez d'autres le faux point d'honneur, qui les entraîne encore à la défense de la Constitution, et surtout enlever aux Feuillants l'espoir, sur lequel ils ont porté toutes leurs vues depuis six mois, de se mettre en état de faire un accommodement les

i. T. II, p. 53. Lettre à Washington, du 18 octobre 1793. a. T. II, p. 5i.

armes a la main, et de finir par une capitulai ion. La coniiance soutiendra la terreur'. » Un peu auparavant, parUal de II ia léte et d'une partis des Jacobina ». il avait dit : « La force se montrera donc à leur i^gard dans l'appareil le plus menaçant.. Le manilesle considérera ces eorporalions. qui font le scandale et l'iiorreiir des trois quarts de la nation, comme des sociétés d'ejtcomnt unies auxquelles on ne laisse aucune espérance d'échapper, ni de grilce pour leur doctrine. La vie sauve est le seul prix qu'on puisse promettre à ceux d'entre eux dont le fanatisme ou l'égarement n'ont pas commandé des Tarl'aits et qui quitteront les drapeaux de leurs indignes

Et lorsque la Terreur rouge se fut réalisée. Mallet ne changea point d'opinion et c'est en quelque sorte une apolojîïe de la Terreur qu'on trouve dans le Mémoire sur la Révolution qu'il adresse à lord Elgin le so novembre i7{)3 : a On n'a jamais assez compris que la terreur est un agent nécessaire de toute révolution: c'est la terreur que reçoivent les laclieuï qui cimente leur union ; c'est la terreur qu'ils renloient qui cimente leur puissance. C'est ainsi que se fait une r<''volution : c'est ainsi que les chefs de la Révolution française nnt réussi à la consolider, en employant constamment h« moyens de terreur qui ont été en leur puissance '. n Et plus loin : « On ne peut s'imaginer communément qu'un gouveiv nement dure au milieu de tant de violences et de tant de crimes : niais c'est faute de n'avoir pas assez consulté l'iii»-toire des nations. Qu'on ne s'y méprenne pas. Les fcrocîlés sont la marche passagère, mais inévitable d'un pays c[ui a déplace tous les anciens pouvoirs, toutes les anciennes institutions, et qui a besoin de la violence pour vaincre toutes les résistances qu'il éprouve, et de In terreur pour prévenir toiit«i les résistances qu'il cruint'. »

Morris n'a point trop sév&remcnt jugé le Tribunal révolulionuaire. H («rit à Jefft-rson le 7 mars 1798 : « Pour éviter. s'il est possible, les massacres du 3 au S septembre deruïer.

un tribunal, appelé Tribunal révolutionnaire, a été organisé avec des pouvoirs très larges et très étendus. C'est un de ces instruments dont les opérations sont incalculables et de la direction desquels dépend le sort du pays*. » Le 18 octobre 1793, après la condamnation de la reine, il est plus sévère : « Le Tribunal révolutionnaire établi ici pour juger les gens d'après leurs principes généraux (on gênerai principles) donne un champ sans limite à l'arbitraire'^. » Plus tard, sorti de France, il revient sur ce sujet à propos d'un fait précis qu'il constate : a M. Grauford (18 avril 1798) me dit que le duc de Biron vint ici déguisé pour requérir que le Roi de Prusse rétablît le Roi de France. Peut-être fut-ce cette visite qui le conduisit à la guillotine. Il n'est pas improbable en effet que» parmi tant d'exécutions qui eurent lieu sous ce qu'on a appelé le règne de Robespierre, quelques-unes étaient justes. Dans le cas dont il s'agit, le Comité (de salut public), convaincu de la trahison du duc, a peut-être trouvé impossible, ou, tout au moins, grandement impolitique, d'en fournir la preuve ^. » Chez un Français ces appréciations n'étonneraient pas. Comme M. Sorel l'a montré, étant donnée la tradition française d'après laquelle depuis le xvi** siècle presque tous les procès politiques étaient jugés par des commissaires choisis à cet effet pour chaque affaire, la création du Tribunal révolutionnaire n'avait rien d'étonnant. 11 présentait en définitive plus de garanties que les Commissions anciennes. Cela étonne davantage chez un Anglo-Saxon. Somme toute, celui qui a le mieux apprécié cette institution, c'est Michelet : « Le Tribunal révolutionnaire avait toujours existé en France : c'està-dire la raison d'État avait toujours dominé le droit. On peut dire même que les tribunaux révolutionnaires de l'ancien régime étaient plus choquants par la légèreté aristocratique des juges et l'atrocité des peines. Tout cela était vraiment horrible... 11 manquait là cependant une laideur qui vint plus tard : un jury populaire. Ce grand peuple, qui a été le docteur et le pape du droit au xvi° siècle, qui a retrouvé, promulgué au xvni® la Loi pour toute la terre, n'en a pas moins

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