I. Mémoires, t. II, p
que moins nette?, datis les lettres de Morollet à lord Shclburne. Il lui i-cril le i8 avril ijff-i : e Je vois dans Icgouverncnicnt qu'on nous a doniii: la dealructinn entière dr toul gouvernement, une anarchie complète, une anarcliie établie, organisi^e : la violation légale de toutes les prïipriélfe ; la domination absolue des pauvres armés contre les riches opprimés et désarmés ; et tous ces désordres ne l'aisant encore que de naître, ayutil déjà causé des maux infinis et menaçant d'en causer mille fois dav-antage'. » Précédemment il disait (a 4 septembre I78<)); « Personne n'est mieux en état que vous de juger s'il est possil>le de maintenir la paix publique dans une nation de a^ millions d'hommes, de deux cents Iteuesde diamètre, où le gros du peuple est ignorant jusqu'à la gros- >ii'reté. pauvre jusqu'à la profonde misère, sans idée véritable il'ordrepublic, àe propriété, de morale, s'il est possible, disjt', de tenir en paii un tel peuple, lorsque toute force réprimante est décomposée et détruite'. »
Mais cela s'explique par les idées propres de Morellet, qui ■ijul celles des phy si ocra tes. Ce n'est point le communisme qu'il craint : mais il pense que la propriété, la propriété foncière, source de loulea les richesses, est la pierre angulaire de l'Etal. C'est elle qui devrait seule conférer le droit de suffrage, c'est elle qui seule devrait être représentée dans les assemblées. I,e ua juin 1789 il parle de " nos Brutua cl de T109 Cassius modernes h. — n Je les assimile, dit-il, à voa li-relUrs et en cela je ne les approu>c plus. Ces messieurs croient que toute question est décidée et tout droit détei^ miné quand on a compté les tètes et il me semble que c'est là . la théorie d'une société de peuples nomades ou chasseurs che* lesquels la propriété n'est pas encore établie ; mais qu'elle ne saurait convenir à une société ancienne où la propriété est une loi Ibndamcntste, et où c'est une autre loi fondamentale de respecter la propriété et ses droits. Or, parmi ces droits, ne pensez-vous pas, mylord. ainsi que moi, que c'en cjt un qui appartient au.v propriétaires, à ceux qui ont seuls uo intérêt direct et invariableàlaprospéritéMj|gB^8,àl&i>
LA RÉPUBLIQUE ; LA CONVENTION Soy
ration et à Tégale répartition de l'impôt, que c'est, dis-je, à eux qu'il appartient, sinon exclusivement, au moins concurremment, avec les citoyens non propriétaires et en proportion de leur propriété, d'étaWîr les principes de la Constitution et ceux de l'impôt*. » Et le 6 février 1791 : « Je crois qu'en partant de ce principe seul de la propriété on peut arriver à toutes les maximes d'une bonne et libre Constitution, comme à autant de conséquences qui en découlent naturellement et nécessairement et, d'un autre côté, que ce principe une fois perdu de vue, on ne peut que s'égarer ^. »
Quant à l'opinion émise par Mallet du Pan, lorsqu'il montre la Convention s'acheminant vers le socialisme, elle ne nous paraît pas fondée. Ce n'est pas que le communisme ne figure dans le mouvement d'idées qui a produit la Révolution. Mably en est l'admirateur, tout en le reconnaissant impraticable. Mais on peut dire qu'il resta à l'état de rêve, sans action ni sur les hommes politiques ni sur les masses du peuple. Le complot postérieur de Babœuf lui-même avait essentiellement un but politique plutôt que social : « Son but, franchement et audacieusement énoncé dans les pièces saisies, était : rétablissement pur et simple de la Constitution de 1798 ; une Convention nationale soutenue d'un nouveau Comité de salut public, le bouleversement et la déportation des Conseils, du Directoire, de l'état-major de la garnison de Paris ^. » Barras, dans ses Mémoires, attribue la haine de Babeuf contre la société à une injustice dont il avait été victime, une condamnation pour faux qui n'aurait été annulée que pour vice de formes, et il paraît considérer ses projets communistes comme une aberration entièrement nouvelle : « Babeuf put être entraîné à s'élever contre la société elle-même, à franchir et à renverser toutes ses limites pour en appeler à la nature. Les invocations perpétuelles de Jean- Jacques Rousseau à la nature n'ont peut-être pas eu d'autre point de départ... Non seulement ils voulaient se rendre maîtres de tous les postes civils et militaires, mais encore de toutes les propriétés, attendu.
I. Op. cit., p. 376. — 2, Op. cil.f p. agi. 3. Mémoires de Barras, t. II, p. lao.
ji''- r.iirvcHNLnt muiiri-
disaioiil-ila, b qu'il n'y a point de proprii^té » et qu'ils devaient mi'ltre le peuple en possession et en jouissance » du bonheur commun "... Ces uctes d'un délire, qui surpassait tous les dcliies pnk'édenls de la Révolmion; étaient constatés par de nombreuses pièces saisies'. »
L'idéal do la Révolution en matière de propriété a été tout autre. C'était la réduction des fortunes individuelles à un tam moyen et médiocrement élevé, non l'abolition de la propriété privée. C'était la médiocrité, la modération, la frugalité que les philosophes du xviu'' siècle, et môme Montesquieu', avaient prônées et décrites comme la loi naturelle d<'j républiques. Mallot du Pan nous parait plus rapproché de la vérité lorsqu'il dit : » C'est ainsi que commençait à éclore, à cette époque, le dogme de VégalUé des propriéth, dont la B,i-volutiori avait déjà éehaufl'é les germes, s 11 cherche, il est trai, il montrer par les actes nnémes du la Couvention. sa doctrine socialiste ; m Ces dogmes ont reparu avec éclat depuis ilins les décrets de l'Assemblée qui ont eu pour objet la -.iibsistance des patriotes; ils ont reparu surtout dans la l'umeuse loi de taxation, aussi bien que dans la dllfamation préparatoire des propriétaires désignés d'avance à la haine du peuple, sont le nom d'accapareurs ou de muscadins, comme les nobles et les prêtres l'avaient été sous le nom d'aristocrates et de calotin ". » Mais ces mesures ou ces pratiques, si i'\écrab1es qu'elles soient, peuvent s'expliquer aisément, sans ipi'il y ait besoin de 'recourir aux principes socialistes.
Kn réalité, dans cet ordre d'idées, la Révolution a voulu et tenté deux choses Elle a voulu démembrer, morceler la grande propriété foncière, et la vente des biens nationaux, comprenant l'ancien patrimoine ecclésiastique et les biens conCaqués des émigrés et des condamnés, lui a fourni amplement les moyens de réaliser cette pensée Elle a, d'autre part, condamné le rentier, l'homme qui ne vit que de l'intérêt de l'argent placé, et surtout le banquier et l'agioteur, celui qui
fait en grand le trafic du numéraire et des valeurs mobilièi'es, et, sur ce point, elle a échoué et devait fatalement échouer.
Sous le règne de la Convention Gouverneur Morris a soigneusement suivi et noté les succès militaires des armées françaises. Il y a là nombre d'observations intéressantes ; mais elles nous feraient sortir de notre sujet, déjà bien étendu.