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CHAPITRE CINQUIÈME

Vend encore un nouvel Hsperi sous lequel Goya va se présenter à nous. Le port mit tient une (jrandf place dans son «ruvre. l'cintre de quatre rois, axant laissé de Kdèlcs images des personnes royale» auxquelles il a été attaché, les Musées et les galeries de l'Espagne possèdent toutes les «ruvres importantes qu'il a exécutées dans ce genre; les maisons nobles d'Espagne conservent pieusement les traits de leurs devanciers, reproduits par la main du Peintre des Rois* On est donc à l'aise pour étudier Goya dans ces œuvres, qui ont plus fait pour sa réputation dans les cercles élevés de la société espagnole que ses grands travaux historiques et religieux.

Goya a laissé des portraits d'apparat et des portraits intimes. Les portraits d'apparat les plus célèbres sont ceux de l'infant don Luis et de sa famille, appartenant aujourd'hui aux comtes de Chinchon; Charles IV au milieu de sa famille, portraits équestres de Charles IV et de la reine doiïa Maria -Luisa en costume de colonel des gardes; portrait équestre de Ferdinand VU, portraits du roi Joseph, du comte de Klorida- Ulauca, le ministre de Charles III; de Guillcinardet, l'ambassadeur de la République

française à Madrid ; de lu duchesse d" A Ibe, du général l'initia, des comtes de Mena vente, de la marquise de Villafranca, du duc de Fernan-Xunez, de Charles III, etc., etc. On pourrait ajouter à cette nomenclature plus de quatre-in'nyts portraits en pied ou en buste. Les plus célèbres sont ceux de la duchesse d'Albe, qui figurait au musée Slandisch ; celui du palais Liria, rarchiteete Villa-Nueva, le poëte Moratiu, M. Munariz, le propre portrait de Goya chez M. F. de Madrazo, le portrait de Bayeu, peintre de Charles III; le ]>ortrait de Kotncro, celui de Julia, son élève, le portrait d'Asensi, appartenant au duc de Montpensier, et tant d'autres dont on trouvera le catalogue à la lin de ce volume, avec quelques remarques destinées à caractériser ceux qui nous ont plus vivement frappé.

Dans le portrait monumental, Goya se montre très -préoccupé de Velasquez, et encore qu'il conserve là comme partout ailleurs son originalité et son sceau personnels, il a suhi l'influence du grand maître. Les qualités qui distinguent ses portraits d'apparat sont les mêmes que celles qu'on admire tant chez le peintre des /Mitres: l'air, la lumière, la vie, le relief, la puissance, la finesse des tons cl la superbe limpidité des fonds. Je ne veux point comparer les deux artistes, mais il faut absolument parler de Velasquez à propos de Goya : ce dernier lui doit trop pour ne pas accuser la source à laquelle il a puisé. Ce qui déroute dans don Diego, c'est sou assurance, sa fermeté, sa volonté, la fierté d'allure, l'aplomb avec lequel il campe un personnage; il surprend les secrets de la vie; il a des audaces de colorations que nul autre que lui ne se permet, témoin le portrait du pape Innocent XII du palais Doria, dont la si marre grenat s'enlève sur un fond d'un rouge violent, et quand le peintre vous a forcé à l'admiration par la hellc qualité de ses tons, les sévères sacrifices qu'il s'impose pour mettre en lumière une tète ou une main, il faut encore reconnaître ce qu'on peut appeler la philosophie de son œuvre. Kn effet, il est noble de coeur et noble de louche, cabaUero dans la pose et dans l'exécution, lovai et sincère, honnête sans supercherie, sans faux sacrifice. Les pourpoints, les dentelles ne jouent que le rôle qu'ils doivent jouer; les noirs ne sont jamais crus ; il les tempère par des gris d'une étonnante qualité; les corps tournent, les cheveux flottent, les narines respirent, les mains vont saisir les objets, et les fonds de paysage, quand il s'en trouve, sont si loin qu'ils mettent merveilleusement l'homme à son plan et donnent au modèle la réalité de la vie.

Eh bien, Goya a beaucoup de ces qualités -là, mais il est rarement noble; sa noblesse, à lui, pourrait s'appeler rodomontade; il n'a point les instincts élevés du maître, et s'il a un côté épique, c'est qu'à force de copier patiemment tous les portraits d'apparat de Velasquez, comme il l'a fait dans sa série des eaux-fortes (Cavallos) t il est reste sous l'impression de celte gentilhommerie dont tout l'œuvre de Velasquez est imprégné. Il a encore contre lui le costume de son temps, qui n'a rien d'épique, et auquel il a su donner pourtant une assez fière allure. Ce ne sont plus les belles armures damasquinées à reflets dorés, les noirs pourpoints aux crevés de satin, les amples jupes de velours brodées de fleurs d'or. Plus de haqueuées andalouses au cou rond, au rable solide, aux longues crinières tressées et ornées de rubans. Les rois

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