MUSEE ROYAL DE MADRID
PORTRAITS HISTORIQUES. — l-A FAMILLE Dt CH A H LES IV. LA HEINE MARIA - L II ISA EN COSTUME DE COLONEL DES GARDES.
Lu toile dans laquelle Goya a rassemblé toute la famille de Charles IV prouve toute la souplesse de sou talent; c'est assurément là un sujet peu capable d'inspirer uu peintre, gêné d'abord par les attitudes familières à chacun de ses modèles, attitudes cpi'il doit respecter sous peine de compromettre la ressemblance. On sait enfin (pie le pittoresque et la fantaisie s'accordent mal avec l'étiquette. Goya, cependant, a produit là une de ses meilleures œuvres et une des plus personnelles. Le travail du crayou et celui du burin sont insuffisants à rendre ces chatoiements d'étoffe, ces pénombres transparentes dans lesquelles les points brillants jouent discrètement leur rôle; c'est d'une couleur charmante, d'un éclat pour ainsi dire voilé; les robes blanches, les grands cordons, les paillettes d'or, mariés dans une heureuse harmonie, font de cette toile un bouquet de tons d une exquise finesse.
Les fonds, sans être noirs, sout très-montés, au poiut qu'ils baignent dans leur sombre atmosphère les hommes et les accessoires; c'est à peine si ou distingue, à la gauche de la toile, le peintre de la cour, qui savait qu'il passerait à la postérité avec ses modèles, et qui s'est représenté devant son chevalet.
A coté du mérite et du charme exceptionnels de la couleur, il faut admirer ici la finesse des physionomies qui s'allie à la transparence nacrée des chairs. Du reste, les études préparatoires juiur cette toile, qui sout exposées au Musée de Madrid, sont digues de figurer à coté des portraits des plus grands maîtres. Le peintre a rendu avec un bonheur inouï la transparence particulière aux carnations limpides des enfants; c'est surtout dans celle série de portraits qu'on peut le comparer aux grands peintres anglais du dernier siècle.
11 faut remarquer aussi que cette suite de personnages groupés à côté les uns des autres, de manière que la physionomie de chacun d'eux n'échappe point au spectateur, forme cependant une toile pittoresque qui, tout en gardant la majesté qu'on demande à une œuvre officielle, emprunte une certaine grâce inattendue à des qualités particulières de disposition et d'arrangement.
On pourra reconnaître, à l'aide de la description suivante, les personnages qui figurent dans cette toile; chacun d'eux a joué un certain rôle dans l'histoire.
Au centre, Charles IV et Maria- Luisa tiennent par la main le petit infant don François de Paule; il est entièrement vêtu de rouge. La reine appuie le bras droit sur l'épaule de l'infante doua Maria- Isabella, qui épousa plus tard l'héritier du trône de Naples.
Le groupe à gauche du spectateur est formé par don Fernando, prince des Asluries (Ferdinand VU); à sa gauche, sa première femme, doua Maria-Antonia, fille de
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Ferdinand IV, roi de Naplcs , derrière lui son frère l'infant don Carlos, el sa tante dona Maria-Josefa, dont on n'aperçoit que la tète; elle était fille ai née de Charles III.
Le groupe à droite se compose des personnages suivants : derrière Charles IV, le prince de Panne, plus tard roi d'Ltrurie; sa femme, dona Maria-Luisa, jeune et belle personne qui tient dans ses bras un enfant au maillot ; et à leur droite l'infante dona Carlotta-Joaquina et son mari l'infant de Portugal don Juan-José.
Tous les princes portent sur la poitrine le grand cordon de l'ordre de Charles III, et les princesses celui de l'ordre créé par la reine Maria-Luisa.
Costumes: — Charles IV, casaque et culotte marron; — Ferdinand, prince des Asturies, casaque et culotte bleues; — don Carlos, casaque et culotte rouges; — le prince de Parme, casaque et culotte cannelle. — La reine et les infantes portent toutes des robes de soie blanche à larges franges et à doubles pans inégaux en tissu d'or on d'argent, el des garnitures de peluche de soie et d'or.
Afin de donner une idée du Goya portraitiste, nous avons choisi dans son œuvre pour la reproduire une autre toile historique célèbre.
La reine Maria-Luisa, en costume de colonel des gardes, appartient au Musée de Madrid et figure dans la salle affectée aux portraits de la famille des Bourbons, dite salle de Deseanso (salle de repos). File forme le cul-de-lampe qui termine ce chapitre.
Cette œuvre, conçue dans des proportions monumentales et qui dut décorer, à l'époque de Charles IV, l'une des salles du palais royal de Madrid, frappe par un croté étrange, qui est dû au costume que porte la reine. La physionomie de Maria- Luisa, femme de Charles IV, est singulièrement modifiée par cette coiffure à cocarde rouge, qui la fait ressembler à un suppôt du Comité de salut public. Ce bolivar masculin est peu fait pour donner une tournure héroïque. La taille serrée dans un habit à courtes basques, à grands revers galonnés, ornés d'une rangée de boutons dores et d'un collet haut, le col militaire qui cache les attaches, la chevelure contenue dans une bourse qui descend sur l'épaule, la jupe plate, la pose extraordinaire (au lieu d'avoir la selle habituelle aux femmes, Maria-Luisa, costumée en homme, monte comme un cavalier, à califourchon), tout concourt à imprimer à cette figure de la reine un caractère peu noble. Le cheval est massif; il est de la race des chevaux de Velasquez, au râble solide, au cou rond et court, au museau recourbe; la crinière du cheval est nattée, comme c'était l'usage du temps.
Ce portrait est |>eiut magistralement ; la tête est très-émaillée de ton; les fonds sont superbes, et, quoiqu'il y ait là peu d'efforts et peu de ressources comme composition, l'œuvre s'impose à l'esprit. Un beau portrait de Charles IV en général des gardes du corps, conçu dans les mêmes dimensions, fait pendant à celui de la reine Maria-Luisa.
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