PALAIS DE S AN-TEL MO
(SÉTILLB.) IKs M A NOTA!» .W BUCON.
Lrs Mauolas ont fuit pari i*- de la galerie espagnole du mi Louis-Philippe, et par conséquent sont connues en France. Cette toile, Je grandeur nature, figure aujourd'hui dans la collection du dur (le Muutpeusicr. On tonnait trois originaux du même sujet; deux complètement authentiques; quant au troisième, il a probablement été. exécuté pur Aleuisu.
Le due de tdontpensier et I infant don Sébastien |>ossèdeiit les deux premiers, M. de Salamnnca possède le troisième.
Les Mauolas au balcon sont de la belle période de Goya; c'est franchement peint, et d'une grande audace d'effet; le sujet est un de ceux qui ont rendu l'artiste populaire; il est presque symbolique; rien de plus espagnol que ces deux physionomies provocantes sous leur mantille. Toute l'Espagne est lu; un balcon, deux jolies filles la fleur au chignon, des mantilles noires et des galants cmhossés dans leur cape. Goya faisait j;iand cas de cette toile, dont il |«ule avec complaisance dans une de ses lettres.
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La l'rumciuilr J jiuv Al-.int.li.
L KS MANOLAS AU IHU.ON T tt rlr I* galerie <le S. A. II. l'Iulaut dite «le M.iui|»rii>irr.
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Par delà le |n»tit de Sépnvie, an bord du Man/.aiiarès , à une demi - heure do Madrid, n'élève If villajje de San- Isidro.
l/église fin sainl révéré tirs Madrilènes dresse son clocher an indien des arbres ; le paysage est riant t'I fait un contraste avec 1rs plaines arides i|iii s'étendent «le l'antre COlè de Madrid. C'est là que Goya avait tait eniislrnire sa maison de campagne 'sa (juitifa). De sa fenêtre on pouvait voir Madrid à l'horizon, axer les vastes terrasses du palais, les tînmes des monuments, la silhouette prise de la ville, et suivre tles \eux les groupes qui venaient à la fête do la Verveine, en longeant le un PMtàfn. cours dit Manzaiiarcs. Sous ses yeux , à
à Fondue des arbres, venaient s'asseoir les promeneurs qui, le jour de la
Jtomrtia, quittent Madrid de grand matin pour n'y rentrer que le soir, et déjeunent sur l'herbe avec force éclats de rire; puis venaient la danse et les copias, accompagnées des bourdonnements de la guitare. (Vêtait une résidence qui devait plaire à Goya. Il a prouvé qu'il aimait ce séjour en l'ornant de |>eintures extrêmement curieuses et qui portent au plus haut degré le caractère fougueux qui domine dans son oeuvre. Les voisins de Goya appelaient alors sa maison la Huerta del Sonto , « la maison du sourd ». On sait que Goya était affligé de surdité; vingt fois les gardes de la Casa de rampa curent à se plaindre de ses violences alors qu'il voulait jouir du privilège de chasser où et quand bon lui semblait,
La villa appartint plus lard à son fils, Mariano Goya, puis à son petit-fils. Elle porte encore au-dessus de la grille d'entrée le chiffre ME avec la couronne de marquis, car le titre de marquis del Espinar fut accordé au fils de Goya. On récompensait encore dans sa descendance le talent d'un homme dont l'Espagne doit être justement fière. Aujourd'hui, cette propriété est entre les mains de M. Rodolphe Goumont , qui apprécie le trésor qu'il possède et qui entretient les fresques de Goya avec tout le soin d'un amateur. M. Goumont a même fait photographier cette ceuvre entièrement inconnue et nous l'a communiquée. Depuis ces derniers temps, le hruil a couru de la destruction prochaine de la maison, sous prétexte d'une sp<Vnlalion. Nous croyons, en effet, qu'il ne sera pas possible de sauver ces curieuses ébauches. Goya a peint à même le mur, à l'huile, et non pas à la fresque, et ces murs sont construits en brique crue séchée au soleil; ils se fendent malgré les étais. Enlever la couche peinte et conserver les ébauches serait matériellement impossible, quelle «pie fut d'ailleurs la somme dépensée. G'est une question que nous avons étudiée avec des hommes spéciaux. M. de Salamanca a réussi, à foire «l'argent, à enlever l'une de ces peintures, qui serait, non pas de Goya, mais de son fils. Il a choisi la mieux conservée et non pas la plus importante.
La maison de Goya et les peintures avec elle sont donc condamnées à mort. On retrouvera au moins ici la trace de ces fantaisies inexplicables, et nous préparons une plaquette spéciale donnant non pas une idée et une description succincte de cette «euvre, mais chacune de ses parties. Les sujets sont au nombre de onze.
L'habitation est de dimension très-modeste, mais la huerta est assez importante. Elle contient vingt-six hectares, avec de magnifiques eaux, une très-belle vue et une exposition propice à la culture. La maison a été construite ou du moins disposée sur les indications de Goya, qui fit réserver au rez-de-chaussée et au premier étage deux grandes salles, dont les murs furent divisés eu panneaux. Plus taid, son fils a fait élever la partie à droite de la grille qui forme une maison plus confortable. Elle figure en tète de ce chapitre.
La salle du rez-de-chausssée contient six compositions, dont deux occupent toute la largeur des deux faces les plus étendues, celles qu'on a à sa droite et à sa gauche en entrant. De chaque ctMé de la porte et en face de celle-ci sont disposés deux panneaux, soit quatre sur les deux faces les plus petites. Le premier, celui de gauche, représente un portrait de femme dont la mantille est rabattue sur le visage. C'est un
portant tait évidemment sur nature; en raison do la pose, la figure est dans le coin de la toile, dont le fond représente un tertre et sur ee tertre une grille. (Voir la lettre ornée du chapitre des Tapisseries»» .)Ce premier panneau est connu à tort sous le nom : la Duchesse d'.llhe, préjugé que nous aurons encore plus d'une fois à combattre. Dans l'œuvre de Goya, on a beaucoup abusé de cette dénomination. Il faut dire, du reste, que la duchesse de Benavente et la duchesse d'Aine tiennent une grande place dans la vie du peintre. Son pinceau fut fidèle à leur souvenir. On connaît plus de dix portraits authentiques de la duchesse de la main de Gova, sans compter ses fameux albums de croquis du voyage à San-Lurar de Barrameda, où cette physionomie revient à charpie page. Des renseignements certains nous font désigner le portrait de la quintu connue étant celui de dona Leoeadia, que ses relations avec Goya ont rendue célèbre.
I«e pendant de ce portrait est un personnage à longue barbe blanche, bizarrement vêtu, qui écoute avec une terreur contenue les suggestions qu'un être affreux murmure à son oreille. Les deux panneaux en face, à l'autre extrémité de la salle, représentent Saturne dévorant ses enfants, et Judith tranchant la tète d'Holo-
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Le Saturne est terrible, (l oir le cul-delampe du chapitre.) Il mange à pleine bouche, il broie la chair, le sang roule; ses deux mains crispées tiennent l'enfant par le milieu du corps. C'est une scène de cannibalisme qui n'a rien à voir avec la mythologie. Le meurtrier n'est point un dieu, c'est un être terrible, à face de gueux , et le lambeau de chair qui représente la victime est épouvantable. On détourne la tète avec horreur, mais il faut admirer cette énergie de Goya qui transporte dans la vie réelle une dos plus ingénieuses créations de la fable, la dépouillant, de tout côté historique, ('elle figure aux paupières ardentes vous poui*suit comme un mauvais rêve. Puis vient on pendant Judith qui tend à la vieille la tête d'IIolopherne. Là encore, rien d'épique. Même réalisme, même parti pris. La fille de Béthulicest un modèle connu, Maniera Morena, et ressemble à une maritonie. C'est un des modèles habituels de Goya, dont la tradition a conservé le nom. Quant à la vieille, elle ressemble aux duègnes espagnoles qu'on voit dans les eaux-fortes accompagnant les jeunes filles au Prado et leur donnant d'impudiques leçons.
Les ileux grandes faces latérales sont réservées à de grandes compositions. Celle de gauche jmmiI s'appeler le Sahbat , car il n'existe pas de catalogue, et chaque amatcur est obligé de désigner ces œuvres sous le nom qui lui semble le plus propre. Le Sabbat se rattache au genre ultra-fantastique que Goya a particulièrement aimé. Un diable gigantesque (le grand cabron dos Espagnols) préside colle réunion d'êtres In brides qui vont recevoir une sorcière. La récipiendaire se lient au centre, dans un cloaque immonde. La coloration est aussi fantastique qui' le sujet. C'est horrible et c'est étrange. Il > a là de grands efforts pour arriver à donner à une face humaine la plus hideuse expression; on retrouve, du reste, dans la série des eaux-fortes connues, les Caprices et les Proverbes, les physionomies diaboliques qui c posent cette scène.
Le panneau de droite, de mémo dimension, représente la Hmneria de San /sidro.
C'est la fêle populaire dont nous avons parle, scène rpii posaif sous les veux du peintre, puisqu'en ouvrant ses fenêtres Goya pouvait assistera la fervente et étudier ses modèles. On vient de voir comment Goya, à l'Alameda du duc d'Ossuna, fl traité la même scène avec un pinceau minutieux qui fait se mouvoir dans un immense panorama des milliers de jolies petites ligures précieusement indiquées.
Au centre, se tiennent Goya et ses amis, tout à fait dans l'ombre, accompagnés de leurs maîtresses. Un groupe de mendiants déguenillés qui s'approchent du peintre est la pièce capitale de cette conqHisition importante, dont la fête n'est que le fond et qui a certainement été choisie pour motiver le désir «pie Goya avait «le peindre des mendiants espagnols étalant leur» plaies hideuses et raclant la guitare. I*e Goya n'est reconnaissahle que par le chapeau «pi'il a immortalisé eu tête des Caprices.
La disposition de la salle du premier étage est la même que celle du rez-dechaussée, avec cette différence «pie les deux faces latérales, au lieu de ne présenter qu'un seul grand panneau, sont divisées en deux et séparées par une fenêtre. Entrons par la porte du milieu. A droite de cette porte, deux compositions; celle de gauche n'existe plus. Klle a été vendue à M. de Salamanca, qui l'a tait transportera Vista- Alegre. Celle de droite n'est pas achevée. La surface est grise; on voit une tète de chien qui semble lutter contre un courant ; mais ri«*n ne s'explique, et l'ébauche est à peine préparée.
Le premier panneau du grand mur de gauche pourrait s'appeler Omis les nuages. Il faut se supposer dans IYiIht pour juger la composition. On domine les arbres, dont les dômes apparaissent et servent «le base à la composition. La terre fuit sous l«-s pieds «'t un nuage opaque plane au-dessus d'elle, nuage solide et «le premier plan, sur lequel sont accroupies «pialre sorcières, êtres vagues et baroques dont le sexe est incertain, semblables à ceux que le peintre a si souvent évoques sous sa pointe dans les Proverbes. La première sorcière semble jeter sur la terre un embryon, une existence de plus, et sa compagne suit avec intérêt le départ de ce petit être leur œuvre commune, en regardant à l'aide d'un lorgnon; une troisième se croise les bras d'un air scepti«|ue en faisant face au spectateur et attend; la dernière, une Atropos, tient s«'s ciseaux , toute prête à trancher le fil de ses jours. Tout ceci est étrange, et les silhouettes, malgré leur coté horrible, rap|>ellcnl par l'ampleur les fresques «le Michel- Ange.
La composition qui sert de pendant représente deux hommes mal vêtus, deux bouviers qui s«' frappent avec fureur, armés de terribles bâtons. La scène se passe dans un paysage très -coloré ; les animaux, taches justes de ton et qui s'expliquent bien, paissent au loin dans la plaine. La lutte <"sl sauvage, et les coups sont portes «le part et d'autre avec une rage sans merci. Ce duel sans témoins, dans un lieu sinistre, est bien émouvant et d'un grand effet. La tradition dit «pie «rs lutteurs son» «les (jaUeqos.
Les deux panneaux du fond sont des figures sans action bien écrite. L'n groupe d'hommes lisant un fragment de journal, c'est la partit' la plus faite. Les têtes sinistres sont pleines de physionomie <*l exécutées nvec soin. On appelle cette réunion
de têtes diaboliques les Politigues. (Fuir la lettre ornée du chapitre.) Un groupe «le femmes qui éclatent de rire sert de pendant à ces leeteurs.
Le côté de droite est divisé, comme celui qui lui lait face, en deux parties. L'une, un beau paysage, avec un chemin qui côtoie un rocher. Sur ce rocher, des sapins sombres, et un défilé de vieilles femmes et de moines. Le premier plan est fort curieux. Tout à fait à l'angle du tableau, un moine encapuchonné cause avec un des grands inquisiteurs, portant le pourpoint noir et la chaîne d'or. Les phvsioiioinies sont très-arrètées, et quoique tout cela soit conçu dans une gamme sombre, toutes les intentions sont bien saisissables. {Voir la gravure hors texte.)
La dernière composition contient évidemment une allusion. Dans l'éther planent deux figures; l'une, drapée jusqu'au Iront ; l'autre, aux yeux hagards, à l'aspect livide, cpii se presse avec terreur contre la première. Celle-ci montre du doigt une \ille fortifiée bâtie sur un rocher de forme bizarre. Dans la plaine, au pied du rocher, des cavaliers vont s'eutre-choquer. Tout à fait eu premier plan, des figures coupées à mi-corps, à peine indiquées, semblent braquer des fusils contre les cavaliers. Cette peinture est d'un bel effet ; c'est la plus colorée. Les figures qui flottent dans l'air sont vêtues d'une étoffe rose dont les plis sont conçus avec grandeur. Elles se détachent sur un fond jaune clair très-lin et très-brillant. On peut intituler cette composition Âsmodie.
Telle est la description des peintures qui décorent la villa de Cova. Kl les sont conçues dans de moyennes proportions, à peu près de grandeur demi-nature.
Ce ne sont pas des œuvres, ce sont des ébauches furibondes, dont les esquisses les plus heurtées d'Eugène Delacroix ne donnent pas une idée. Ke terrible et l'extravagant sont les notes dominantes de ce travail. Goya, lorsqu'il peignit sur commande, lit des concessions et parfois acheva soigneusement ses toiles, mais on conçoit «pie lorsqu'il peignit sa maison, il se laissa aller à son goût pour le décousu et le vague, il donna donc toute carrière à sa libre facture. Kc spectateur prévenu cependant accepte ce parti pris brutal et ne tient compte que de la fougue du pinceau, de la délicatesse du ton et de l'énergie des expressions. Kes amateurs passionnés du lini, habitués au soigneux rendu des maîtres de quelques écoles , reculent d'horreur à la vue de ces débauches de couleur, .l'admets que Goya n'a pas dû prendre un seul instant le pinceau pour exécuter ces fresques, et qu'il a certainement employé le couteau à palette et les doigts pour animer ces monstres évoques par une imagination malsaine, qui doit être une grande exception picturale à jamais eu dehors de ce qu'on appelle l'école, et dangereuse pour ceux qu'elle |M>urrait influencer. Ce qu'il importe de faire ressortir et ce qui sert de note pour l'étude physiologique, c'est que Goya ait pu vivre dans cet enfer, au milieu de ces monstres créés par un esprit inquiet. Ceux qui ne font que visiter cette quinta reculent avec horreur ou sont troublés par les dévergondages d'une invention éprise du fantastique. Lui, Goya, vécut là dans sou élément et peignit par goût ces horribles fantaisies.
Disons que si nous ne regardons ces peintures que comme des ébauches brutales, les peintres ne songent pas à exiger davantage de l'artiste qui fait si bien flotter ses
figures dans l'air, les accuse si bien dans les attitudes qui leur cotivieuueut et si juste au plan qu'elles doivent occuper, que le tableau y est, et que l'cril est satisfait. Est-il nécessaire d'ajouter que ce vague dans l'exécution , qu'il huit blâmer et proscrire, a l'avantage de ne point Fixer la pensée qui se prend à errer, et suit dans les espaces imaginaires le génie fantastique du maitre fiévreux et exaspéré?
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