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CHAPITRE DEUXIEME

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*> Le 'M mars mil sept cent quarante-six, n cille, lils légitime de .losc Goya cl <lc Gracia

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Francisco José de Goya y Luctenles est ne le IH) mars 174b" à Fuendctodos, petite ville située dans la province d'Aragon, à quelques lieues de Saragossc

Voici l'extrait de baptême du peintre, levé par les soins «le M. Zarco dcl Valle, qui a bien voulu nous le transmet tic :

c Gamille Lacnsta, curé paroissial du village de Fncndetodos, diocèse de Saragossc, certifie que , dans la page 59 du livre des Actes de baptême, se lit ce qui suit :

oi, vicaire, ai baptisé un curant ne la Lucidités, légitimement mariés, babi-

» tant cette paroisse et résidents de Saragossc; on lui a donné pour nom « Françoisj> José Goya; » sa marraine était Françoise de Grasa; je lui ai fait observer que la » parenté spirituelle lui imposait le devoir et l'obligation d'enseigner à l'enfant la >» doctrine chrétienne, si ses parents s'y refusent, et, pour donner acte, j'ai dressé u l'écrit et l'ai signé le même jour du même mois de la même année.

» L. JOSIÏ XIHEKO (vieario). »

Les parents de Goya étaient cultivateurs, et leur fils, destiné comme eux à faire valoir les terres qui entouraient leur maisonnette, fut détourné de ce paisible et obscur avenir par une vocation qui se formula de bonne heure et qui ne fut pas combattue par ses parents, qui l'adoraient.

Je viens de revoir la maison où Goya est né ; c'est une humble métairie, un cortijé de peu d'apparence, situé au milieu d'un paysage qui ne manque pas de grandeur. Elle n'atteste pas la misère des parents de l'artiste, mais à coup sur il n'y a rien là qui révèle même le bien-être.

On aime à trouver au début de la vie des grands artistes quelque anecdote caractéristique qui révèle leurs aspirations et tait deviner leur génie naissant. Un biographe consciencieux de Goya, auquel il faut rendre ici une justice méritée, M. Matheron, assure qu'un moine de Saragossc, voyant le fils du cultivateur dessiner un pore sur un mur, engagea ses parents à lui confier le petit artiste. Sans savoir à quoi m'en tenir sur ce fait spécial, j'ai retrouvé dans la correspondance de Goya le nom d'un moine qui a eu la plus grande influence sur sa destinée, et qui lui servit de conseiller et de guide dans les plus grandes circonstances de sa vie; peut-être faut-il voir dans ce Père celui qui lui fraya la voie de l'étude.

Ce moine, amateur des beaux-arts, résidait au monastère de Santa-Fé, près de Saragossc; il s'appelait don Félix Salvador; il suivit son protégé jusqu'en 1800. A partir de cette époque, Goya, parvenu aux plus grands honneurs de sa profession, ne parle plus du l'ère Salvador. Je ne veux pas croire qu'il l'oublia; le bon moine, déjà bien vieux, était mort sans doute, et, du fond de sa solitude, avait pu assister aux triomphes de sou protégé.

Je ne retrouve rien dans la vie de Goya qui indique d'une façon décisive qu'il ait reçu une solide instruction. Comment, du reste, aurait-il pu se livrer à l'étude? Enfant, il courait les champs et se livrait sans relâche aux jeux de son Age. A douze ans (1758), il étudiait déjà avec ardeur dans l'atelier de Lusan, le vieux peintre aragonais; puis vinrent les folies de ses vingt ans, les voyages et la vie d'aventures. Mais de tels hommes réparent vite le temps perdu, et d'ailleurs, avec une obstination tout aragonaise, l'artiste épuisait bientôt le sujet d'études qu'il embrassait. En avançant dans l'histoire de sa vie, nous le verrous apprendre tout seul le français, en vue d'un voyage à Paris, à un âge OÙ d'ordinaire l'esprit est devenu rebelle, et rebelle aussi la mémoire.

Don José Lusan Martine/., le |>cuitre chez lequel don Salvador conduisit le jeune

biogbapiiie de go y a.

Goya, était de Sarogosse. Il avait étudie à Naplcs chez Mastreolo, qui jouissait alors d'une certaine célébrité. Lusan était surtout un praticien habile, d'une assez grande prestesse de main; il avait pris cette facilité aux Italiens, et Tiepolo avait fait sur lui une grande impression. Goya pouvait plus mal tomber; il apprit au moins à cette école la pratique de son art à côté de quelques condisciples dont le nom est resté célèbre dans l'histoire de l'école aragonaisc, Bcraton, don Tomas Vallespin, et l'orfévre don Antonio Marlinez, qui devait faire école à Madrid. S'il compta François Baycu de Suhias parmi ses camarades de l'Académie de San-Luis, il ne dut le connaître que la première année de ses études, car le peintre de la cour était déjà à Borne lorsque Goya vint à Madrid eu 1 7G5.

Saragossc tient une large place dans l'histoire de notre artiste. Toute son enfance s'y écoule; il y obtient ses premiers succès, et la ville a maintes fois retenti du bruit de ses incartades. Déjà violent dans ses désirs, passionné, bruyant, rapide, il se distingue autant par son ardeur au travail et ses dispositions extraordinaires que par son amour du plaisir. Il fut le héros de toutes les fêtes et de toutes les batailles.

En Espagne, et surtout à cette époque, à chaque fête, presque chaque jour, les processions des différentes confréries parcouraient les rues portant les bannières des saints et leurs reliques. C'était le temps des rosarios, qui furent abolis depuis, et il n'était pas rare de voir deux confréries, jalouses de la préséance, changer ces pieuses démonstrations en un combat sanglant. Les paroissiens de San-Luis s'armèrent un jour contre ceux de Notre-Dame del Pilar; on se défia, sans autre motif que celui de faire preuve de bravoure. L'histoire a conservé la trace de ce combat, qui eut lieu dans le bas faubourg de Saragosse, de l'autre côté de la cathédrale, à l'endroit même que j'ai dessiné en tête de cette biographie; les combattants étaient armés de frondes; beaucoup d'entre eux furent blessés et trois paroissiens restèrent sur le carreau. Goya tenait pour Notre-Dame del Pilar, dont il devait un jour décorer le sanctuaire; il avait été l'un des chefs de cette rotulalla, qui ne fut pas la dernière ni la plus sanglante, car en août 1792 la lutte recommença plus ardente, et celte fois le nombre des morts s'éleva à sept.

Le tribunal de l'Inquisition fonctionnait alors dans toute sa rigueur. Le grand inquisiteur commença par marquer d'une croix le nom de chacun des combattants, cl Goya, le plus compromis d'entre eux, mal noté déjà, fut averti à temps par son ami le moine Salvador; il quitta la ville et se rendit à Madrid, muni du peu d'argent que ses parents pouvaient lui donner. Tout me porte à croire que c'est de cette époque que date sa première liaison avec Zapatcr, qui devait plus tard lui rendre les plus signalés services.

Don Martin Zapater était un des hommes influents de Saragosse, autant par son esprit d'initiative que par la situation honorable de sa famille. Il devait plus tard acquérir une grande fortune comme fournisseur général des armées, et donner au parti qu'il avait embrasse des preuves d'une rare fidélité. Goya lui dut tout d'abord ses conseils et plus tard des services plus effectifs. D'un autre côte, ses parents, malgré leur modeste position, firent tous les sacrifices possibles pour le maintenir à

Madrid, dans un centre plus favorable au développement des heureuses dispositions qu'il annonçait. Il dut arriver dans la capitale vers l'année 1705; il avait idors dixneuf ans, un caractère indomptable, une inaltérable santé, de rares dispositions pour la peinture et quelques ducats dans sa bourse.

Le premier séjour de Goya à Madrid dura de 1765 à 17(iî>. Il employa ces quelques années à des études nouvelles pour lui. A Saragosse, l'horizon artistique était restreint; à Madrid, il se trouvait au milieu des chefs-d'o-uvre de toutes les écoles. Malheureusement le Musée royal n'existait, pas encore; ces admirables toiles enlevées aux palais, aux cathédrales et aux couvents, réunies aujourd'hui dans ce merveilleux Musée, incontestablement le premier du monde, étaient éparses de tous cotés, cachées par l'égoïsme des prêtres, enfouies dans les chapelles sombres ou les monastères infranchissables, ou servant enfin de splendides décorations à des palais dont les jeunes artistes ne pouvaient franchir le seuil. I/Fscurial, Aranjucz, San lldcfonso, étaient tapissés de chefs-d'œuvre ignorés de tout autre «pie des courtisans. L'Kscurial avait la ferle de Itaphaèl, les beaux Titien, les Velasque'/., la f'ierije au foisson. La Casa de Campo dérobait aux voyageurs et à ceux qui les voulaient étudier douze Titien qui sont l'honneur du Musée royal, la Forge de l'airain et les hmees de don Diego. Le fiuen-Retiro avait les Nigaud et les portraits des Hourbons. Les Cannes déchaussés avaient cinq Titien, sept Zurbaran, deux Cereso, le Tobie de Rembrandt, et de nombreux Van Dyck. Les Chartreux du fattlar avaient les Carducho du ministère de Fomenta.

Ferdinand VI avait déjà créé l'Académie de San-Fernando, mais la galerie de l'Académie n'existait pas encore. Ajoutez à cela que si Charles III encouragea les arts, il fut fidèle à une tendance qui devait trouver peu de sympathie dans le jeune Goya. C'était le triomphe de Mengs cpii, après avoir excité l'enthousiasme de Charles III, excita encore celui de Charles IV; Mengs, que le prince de la Paix appelle ingénument le» Itaphaèl de l' Allemagne » , et dont Hourgoing et Ceballos citent le nom à

coté de celui des i loitcls. Il y avait peut-être un mouvement artistique, niais il

commençait à peine à se faire sentir, et les étudiants n'avaient pas encore les facilités que leur donna le prince de la Paix (auquel on ne peut contester d'avoir développé le mouvement préparé par Charles III), et les encouragements que leur ont donnés Charles IV et Ferdinand VII, qui, après tout, avait un certain goût pour les choses de l'art.

Nous n'avons pas trouvé dans toute l'œuvre peinte ou gravée de Goya une seule toile ni une seule planche qu'on put rattacher à l'époque du séjour à Madrid par une date précise; mais nous connaissons des esquisses peintes d'après le Ménippe et le Sorrnfe de Velasque/., que nous serions tenté «le dater de ce temps-là. Plus tard, Goya ne copia plus et ne sut même pas se répéter lui-même: à celte époque, il copiait mal, et ses études sont lourdes et pâteuses.

Si au moment où il y met le pied pour la première fois, il ne reste pas trace du passage de Goya à Madrid par les œuvres qu'il y exécute et les éludes auxquelles il se livre, les cénacles d'artistes de ce temps-là ont déjà du moins la notion d'un jeune

It 1 OG R A P II I E GOYA.

peintre très-ardent, d'une grande liabilelé de main, grand bretlcur, adroit à tous les exercices du corps, d'un caractère indomptable, galant cavalier épris de toutes les femmes, obstiné dans ses désirs et ne reculant jamais devant un coup d'épée. Doué d'une grande facilité pour la musique, d'un rare instinct d'instrumentiste et d'une voix agréable, il parcourt la nuit les rues de Madrid avec les élèves de Baycu, embossé dans la cape; la guitare à la main, il s'en va de balcon en balcon chanter ses plus jolies copias. Il ressuscite les traditions des grands ateliers de la Renaissance, el devenu le chef de la jeune colonie aragonaisc, qui plus tard va former un cortège et un parti sérieux au comte d'Aranda, il se cire déjà une sorte de popularité par sa vivacité, son caractère et ses audaces.

Mais Goya, au début de sa carrière, faillit payer de la vie ces incartades déjeune homme: un jour, dans une rixe, le peintre resta sur la place avec un coup de poignard dans le dos ; les Aragnnais lui vinrent en aide et le tirèrent d'affaire. Pour la seconde fois, l'Inquisition s'inquiéta el lança un ordre d'arrestation; on lui conseilla de fuir. Ses parents alarmés, ses amis auraient voulu le voir loin de Madrid. Goya, du reste, aspirait à voir Rome, et quoique Charles III encourageât les arts et qu'on pût attendre quelque protection du parti aragonais, l'artiste avait par ses scandales et son effervescence découragé ceux que ses heureuses disiHisitions avaient intéressés en sa faveur, et il ne fallait plus compter sur le comte de Flnrida-Blanca, le ministre chargé des encouragements , pour pensionner un homme qui eût certainement compromis la colonie espagnole par sa turbulence et sa violente nature.

SIJOl R \ ItOMF.

Antoiiio de Ribera et Velasquez, qui furent les condisciples de Goya à Rome, ont raconté que, dépourvu de la somme suffisante pour entreprendre le voyage, Goya s'engagea dans une quadrilla , et gagna le midi de l'Kspagne eu luttant de ville en ville dans les places de taureaux. Le moyeu est bizarre, mais il est absolument dans le caractère de l'homme qui gravera un jour la Tauromachie et déploiera dans cette œuvre les connaissances spéciales les plus profondes. La place des Taureaux fut son théâtre; il eut la passion des combats, et don Francisco de Zapater, de Saragosse, possède une lettre de Goya signée « Francisco de los Toros. » Peut-être y a-t-il là une allusion à cette singulière équipée!

Goya arriva à Rome épuisé par les privations, malade, hâve, ne pouvant plus se soutenir et n'ayant pour tout bagage qu'un sac bien mince. Le sort l'avait conduit chez une vieille femme, que sa jeunesse intéressait; il y fut accueilli d'une façon touchante. Ribera, Velasquez, furent ses sauveurs; l'un lui donna uue place dans son atelier, l'autre le conduisit chez Hayon, qui avait été son condisciple chez. Lusan, mais qu'on regardait déjà comme un protecteur, et, bientôt sûr «l'une minime pen-

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