Composée d'environ cent soixante-dix députés
gistrats installés par l'insurrection, eût présidé, au moins provisoirement, à l'exécution des dispositions de l'acte qui devait mettre les citoyens c:; mouvement; à sa voix, l'énorme masse des pauvres de Paris eût été subitement tirée de ses taudis et transportée dans des logements sains et commodes; des habillements eussent été fournis aux malheureux, et les effets déposés au Mont-de-Piété leur eussent été gratuitement rendus.
En même temps, on eût veillé soigneusement à assurer la subsistance du peuple ; les principes de la nouvelle révolution auraient été expliqués aux citoyens, dans les assemblées qu'on devait rouvrir ; une nombreuse garde populaire aurait contenu les malveillants et facilité toutes les opérations qu'on aurait jugées nécessaires pour l'affermissement du nouveau système.
Il est impossible de déterminer avec exactitude combien il eût fallu déployer de force; les conjurés voulaient l'emporter à tout prix et étaient bien décidés à vaincre ou à s'ensevelir sous les ruines de la patrie. Hors le cas de résistance, la sévérité à employer n'eût pas excédé la punition des usurpateurs en chef, et l'arrestation des hommes dangereux, dont le comité insurrecteur avait fait faire la nomenclature.
Aux préparatifs, jugés nécessaires pour renverser l'échafaudage construit par la nouvelle aristocratie, il avait fallu joindre ceux qui paraissaient les plus propres à rendre la révolution de Paris commune à toute la République, et à y établir les institutions de l'égalité et la souveraineté du peuple.
Dès le commencement de son existence, le comité insurrecteur s'était occupé des départements et des armées ; partout il avait fait circuler ses écrits; partout les démocrates connaissaient ses projets et étaient prêts à y coopérer. Il y avait auprès d'un membre du comité, une correspondance volumineuse qui in liquait les lieux oîi les démocrates étaient en force, et les hommes en qui on pouvait placer le plus de confiance; de toute part on apprenait que les révolutionnaires, abandonnant les nuances d'opinion qui les avaient divisés, se ralliaient unanimement au parti de la pure égalité.
A l'égard des armées, le comité savait combien les commissaires de la Convention avaient eu de peine à étouffer, après le 9 thermidor, ce qu'ils appelaient l'esprit d'anarchie et d'insubordination; il n'ignorait pas que la constitution de l'an m avait fait murmurer des armées entières; il était instruit que les soldats supportaient impatiemment le commandement des officiers réintégrés à la suite du 9 thermidor, et que, parmi les chefs, dont quelques-uns correspondaient avec lui, il y en avait plusieurs qui étaient encore fortement attachés aux principes de la démocratie * ; il était d'ailleurs autorisé à compter sur le concours de quelques conventionnels, que le Directoire exécutif avait envoyés auprès des armées de la République.
Les premiers soins des insurgés, après la victoire, eussent été de se concilier l'opinion du peuple, de placer partout l'autorité en des mains dévouées aux principes de la nouvelle révolution, de ne pas laisser aux ennemis hien connus de l'égalité , le temps d'ourdir les complots auxquels ils n'auraient pas manqué d'avoir recours.
A cet effet, le comité avait arrêté le plan d'une proclamation aux Français, dont un de ses membres écrivait les premières lignes, lorsqu'il fut saisi par les satellites de la tyrannie*. Par celte proclamation, on devait mettre sous les yeux du peuple le long tissu de crimes, au moyen desquels l'égalité et les droits des citoyens avaient été indignement outragés; montrer que les causes des maux publics, que la révolution qu'ils avaient amenée n'avait pas encore déracinés,
1. Ils n'étaient pas encore, dit Buonarroti dans une note, couverts des dépouilles de la Suisse, de l'Italie , de l'Egypte, de l'Allemagne et de l'Espagne. On peut ajouter qu'ils n'étaient pas encore démoralisés par l'esprit nouveau qu'introduisit dans l'armée Bonaparte. L'odieuse proclamation du général Bonaparte à l'armée d'Italie, marque la date précise où les légions révolutionnaires de la France se transformèrent en armées de proie et de conquête , où les patriotes firent place aux prétoriens. — A. R.
2. Voici ces lignes : « Le comité insurrecteur du salut public. Le peuple a vaincu, la tyrannie n'est plus, vous êtes libres.,.. »Ici l'écrivain fut arrêté et saisi. (Buonarroti.)
étaient toutes dans l'inégalité et dans les vices qu'elle enfante; proposer à la nation la conduite du peuple de Paris comme le modèle qu'elle devait suivre ; appeler hautement les Français à l'égalité, et prendre solennelle:uent l'engagement de la leur assurer, moyennant quelques mois de calme, de courage, de patience et de docilité.
La même proclamation eût érigé en principe de législation le décret du peuple parisien en insurrection, et eût consacré la constitution de 1793 comme le dernier terme du nouveau régime politique; sauf quelque supplément et l'établissement préalable des institutions, sans lesquelles la constitution la plus populaire sera toujours un corps sans âme, en butte à la fureur des factions.
Voici quelques-unes des dispositions dont cette proclamation devait être suivie :
Dissolution immédiate de toutes les autorités civiles et judiciaires et mise hors la loi de tout individu qui eût osé en exercer les fonctions;
Rétablissement subit des commissions executives des administrations de département et de district, des municipalités, des comités révolutionnaires, des justices de paix et des tribunaux criminels, tels qu'ils étaient avant le 9 thermidor de l'an II ;
Ordre à tout citoyen, exerçant à cette époque des fonctions quelconques dans les autorités ci-dessus, de les reprendre à l'instant, sauf le cas d'empêchement légitime ;
Exclusion de tout emploi public, sous peine de mort, de tout individu connu pour avoir augmenté sa fortune dans l'exercice d'une fonction publique quelconque ;
Publication de l'acte insurecteur dans toute la République ;
Application à toute la République des art. 1, 2, 18 et 19 dudit acte ;
Apposition des scellés sur toutes les caisses nationales ;
Abolition de tout impôt direct et des patentes, à compter du 1" vendémiaire an iv, en faveur des citoyens qui, exerçant eux-mêmes les travaux de l'agriculture et des arts de.
première nécessité, n'avaient que le simple nécessaire pour eux et pour leur famille ;
Répartition progressive sur les riches de la totalité des contributions directes précédemment frappées;
Recouvrement de ces contributions en nature ;
Payement en nature des baux des biens nationaux;
Établissement de magasins publics dans chaque commune et de grands magasins militaires à 20 lieues des frontières couvertes parles armées;
Invitation à tous les citoyens de donner à la patrie des effets d'habillement pour ses défenseurs ;
Ordre aux municipalités de veiller à ce qu'aucune partie du territoire ne restât inculte;
Déchéance au profit du peuple des propriétaires qui négligeraient de cultiver leurs terres selon l'usage du pays;
Suspension de la vente des biens nationaux*;
Abolition immédiate de tout traitement en argent dans l'intérieur de la République.
Fourniture du nécessaire en nature aux agents publics dont Jes besoins seraient prouvés;
Semblable fourniture aux familles indigentes des défenseurs de la patrie et à tous les vieillards ou infirmes pauvres;
Exhortation aux riches de céder de bonne grêce à la voix impérieuse de la justice, d'épargner à la patrie des déchirements et à eux-mêmes une longue suite de maux, et de se réduire au simple nécessaire par un généreux abandon de leur superflu au peuple;
Oubli de tout fait ou opinion contraire à l'égalité, à l'égard de ceux qui, dans un délai déterminé, eussent prouvé, d'une manière non équivoque, un retour sincère à la vérité et à la patrie ;
Réintégration dans les maisons d'arrêt, sous peine d'être mis hors la loi, de tous ceux qui étaient détenus le 8 thermidor de l'an ii, à moins qu'ils n'eussent cédé à l'exhortation de se réduire au nécessaire en faveur du peuple ;
1 . Cette vente était en ce moment tout entière aux mains de spéculateurs et d'agioteurs de la pire espèce. — A. R. -
Révocation de tous les décrets rendus depuis le 9 thermidor en faveur des émigrés ou accusés d'émigration, des conspirateurs ou leurs héritiers ;
Arrestation de tout individu connu pour avoir exécuté ou provoqué, depuis le 9 thermidor, l'assassinat des républicains.
Ce n'était là que le commencement des grandes réformes que méditait le comité insurrecleur; ce n'était que le passage forcé de l'autorité publique en des mains populaires.
Ce comité comptant conserver après l'insurrection ime utile influence dans les délibérations, s'était occupé d'un plan d'opérations immédiates et préparatoires de la législation définitive à laquelle il désirait arriver ; je vais en donner une légère idée.
On eût envoyé, sans délai, dans les départements et aux armées, des commissaires généraux, pris hors de la nouvelle Convention, revêtus d'amples pouvoirs, chargés de vaincre toutes les résistances par la force des répubhcains; autorisés à employer à propos la sévérité et l'indulgence; armés du pouvoir de destituer, d'envoyer en jugement, de récompenser; astreints à déclarer, avant d'entrer en fonctions, l'état de leur fortune, et responsables de leur conduite à un tribunal spécial, érigé tout exprès pour recevoir le compte de leur gestion, et punir ceux qui auraient méconnu le hut de leur mission.
On regardait comme un objet de la plus haute importance la prompte réunion auprès de l'autorité insurrectionelle d'un séminaire normal où les citoyens des départements seraient venus, dans un ordre déterminé, puiser les principes de la nouvelle révolution, se pénétrer de l'esprit des réformateurs et apprendre à diriger par la conviction publique, l'exécution des lois qui devaient changer la face de la nation.
Aux commissaires généraux allait être confié le soin important d'éclairer et réunir les républicains et surtout de leur faire partager les vues et l'esprit des directeurs de l'insurrection; ils devaient se les attacher par la sagesse de leurs mesures, par la chaleur de leur zèle, par leur désintéressement et par des mœurs irréprochables. En véritables apôtres,
ils eussent porté la lumière de l'égalité dans toutes les communes, et particulièrement dans les sociétés populaires qu'ils (levaient ouvrir, et dont on désirait que l'opinion devançât les actes réformateurs du législateur.
Cinq projets de décrets révolutionnaires étaient soumis à la discussion du comité insurrecleur, au moment de sa dissolution, savoir :
Projet d'un décret de police,
— — militaire,
— — sur l'éducation,
— — économique,
— — sur les fêtes nationales.
Par la vigueur du décret de police, on voulait effrayer et déconcerter ceux qui eussent été tentés de renouveler les scènes qui ensanglantèrent la République après le 31 mai 1793. Tel était le but des camps intérieurs, de l'armement général des citoyens et de la nouvelle formation de la garde nationale. Tous ceux qui n'étaient pas intéressés au succès complet dé la réforme allaient être réduits à la plus profonde impuissance. Aussi, tout homme qui ne servait pas la cité par un travail utile, en eût été exclu. On songeait enfin à faciliter l'exécution du plan général par le concours même des mécontents qui eussent été forcés d'y chercher, à leur corps défendant, la seule voie de salut.
Du décret militaire devait résulter une sorte d'éducation républicaine pour la jeunesse qui ne pouvait plus en recevoir les bienfaits dans les maisons d'éducation; ce décret renfermait, entre beaucoup d'autres articles, les suivants :
Tout Français sert activement dans l'armée, depuis l'âge de vingt ans jusqu'à vingt-cinq ;
Nul ne peut exercer un commandement dans l'armée, s'il n'a pas porté les armes, comme simple soldat, pendant... ans;
Les subordonnés concourent, dans chaque corps, à la nomination de leurs chefs périodiquement amovibles;
Il n'y a plus de solde militaire en argent;
La République fait distribuer journellement une ration militaire à tout individu composant l'armée ;
Elle loge, habille, éclaire, chauffe, blanchit et entretient également tous les défenseurs de la patrie ;
La ration militaire est la même que celle des fonctionnaires publics ;
Les défenseurs de la patrie vivent en commun, sous la direction de leurs chefs et d'après les règles qui seront étabhes;
Le pillage individuel est défendu; tout défenseur de la patrie promet, avant d'entrer en campagne, de rapporter aux administrateurs de l'armée tout ce qu'il pourra légitimement enlever à l'ennemi;
Après des fatigues extraordinaires, les militaires qui les ont endurées, reçoivent une distribution plus copieuse de vivres ;
L'insubordination est punie de mort ;
Sont punis de la même peine les généraux et officiers qui se rendent coupables de vol, d'ivresse, de viol, de jeu, de mépris des lois, de voies de fait et d'actes arbitraires envers leurs subordonnés ;
Il sera établi, dans les armées, des travaux, des études et des fêtes;
La République décerne des récompenses aux actions d'éclat ;
Tous les citoyens sont exercés au maniement des armes et aux évolutions militaires.
Le décret sur l'éducation était destiné à être mis sur-lechamp à exécution sur le plan dont nous avons parlé. En effet il n'y avait point de ménagement à garder envers l'enfance qui, n'ayant pas d'habitudes formées, était prête à contracter toutes celles qu'on voulait lui donner.
Toute la difficulté se réduisait à cet égard à vaincre la répugnance de quelques familles et à trouver un nombre suffisant d'hommes capables de diriger les maisons d'éducation dans l'esprit de la réforme.
On espérait venir à bout du premier obstacle par l'influence
des républicains, par l'enthousiasme qu'allait réveiller la propagation des principes de l'égalité, par le soulagement immédiat que cette mesure allait apporter à la classe indigente et par l'évidence des avantages qu'elle allait assurer aux enfants.
Quant au bon esprit, à la moralité et à la capacité de ceux à qui on allait confier la direction des maisons d'éducation, on comptait s'en assurer à l'aide du séminaire normal où l'on devait employer à les former le temps nécessaire pour faire agréer au peuple le nouveau système et pour disposer les lieux où la jeunesse allait être réunie.
Obtenons, disait le comité insurrecteur, que les jeunes gens et les soldats s'affectionnent aux mœurs de l'égalité, et le plus important sera fait : car, dans quelques années, ces jeunes gens et ces soldats composeront presque la totalité de la nation ; cependant, afin de ne pas rendre inutiles les bonnes dispositions que leur aura données l'éducation nationale, ne souffrons pas qu'en entrant dans la société, ils y trouvent un ordre qui en contrarie les effets ; que la destruction de l'esprit de propriété commence dès ce moment et marche de front avec les progrès de la jeunesse et de l'armée dans les doctrines et dans les mœurs de l'égalité. C'est à quoi le comité destinait le décret économique.
Ce décret embrassait toutes les parties de l'administration publique ; l'agriculture, les arts, le commerce, la navigation, les finances et les travaux publics étaient de son ressort et allaient en recevoir une nouvelle vie.
On sait que l'établissement de la grande et parfaite communauté nationale était le dernier but des travaux du comité. Cependant il se serait bien gardé d'en faire l'objet d'un ordre le lendemain de son triomphe, et de contraindre les opposants à y prendre part; toute violence individuelle, tout changement non ordonné parles lois eiît été interdit et puni. Le comité pensait que le législateur devait se conduire de manière à déterminer le peuple entier à proscrire la propriété par besoin et par intérêt.
Mais comment amener tant d'hommes dépravés par l'oisi-
veté, par les jouissances factices et par la vanité, à désirer un état de simplicité auquel ils avaient opposé une si vive résistance? En établissant par les lois, répondait le comité, un ordre public dans lequel les riches, tout en gardant leurs biens, ne trouvent plus ni abondance, ni plaisirs, ni considération. Faisons, ajoutait-il, en sorte ^ue tous les hommes laborieux jouissent, moyennant un travail très-modéré et sans recevoir de salaire, d'une honnête et inaltérable aisance, et le bandeau tombera bientôt des yeux des citoyens égarés par les préjugés et par la routine ; alors il arrivera que les propriétaires des biens ou des signes, forcés d'offrir une maind'œuvre supérieure à l'entretien commode et gratuit assuré par la République, et de dépenser la plus grande partie de leurs revenus en frais de culture et de préparations et en impôts, ne pouvant plus se procurer ni un plaisir ni un service, accablés sous le poids des taxes progressives, éloignés des affaires, privés de toute influence, méprisés, ne formant plus dans l'état qu'une classe suspecte d'étrangers, ou émigreront en abandonnant leurs biens, ou se hâteront de sceller de leur propre adhésion l'étabUssement pacifique et universel de la communauté.
Appelons à nous, ajoutait le comité insurrecteur, les petits propriétaires, les marchands peu fortunés, les journaliers, les laboureurs, les artisans, tous les malheureux que nos vicieuses institutions condamnent à une vie surchargée de fatigue, de privations et de peines; qu'ils renaissent à l'humanité ; que la patrie assure immédiatement à tous ceux qui lui consacreront franchement leurs facultés et leurs travaux une existence commode, à l'abri des revers, et débarrassée des craintes et des soucis qui ne sont pas moins les effets de la propriété que de la misère ; créons dès ce moment une grande communauté nationale, dotons-la d'un immense territoire, incorporons-y tous les immeubles sur lesquels la nation ou les communes ont des droits à exercer; conférons à ceux qui lui feront un abandon absolu de leurs personnes et de leurs biens le droit imprescriptible à tout ce qui constitua un bonheur que tous peuvent partager; veillons à ce que ce bonheur
soit réel et prompt; empêchoas que les beaux-esprits ne viennent le troubler par des sophismes et des exagérations; forçons toutes les branches de l'autorité à marcher dans le sens de l'égalité ; recevons dans le sein de la patrie tous ceux qui s'y jetteront avec sincérité; tarissons toutes les sources d'où l'orgueil pourrait encore tirer de quoi étaler, aux yeux du peuple, un faste trompeur ; rendons l'or plus onéreux que le sable et les pierres ; frappons hardiment les premiers coups et laissons au désir naturel du bonheur et de la sagesse, aidé par l'enthousiasme public, à achever successivement une si sublime entreprise.
Cette opération pi-éparatoire étant une fois consommée, la nation n'eût existé que dans les participants à la communauté; mais tout portait le comité insurrecteur à penser qu'elle ne tarderait pas à se confondre avec la nation entière, parla rentrée successive des défenseurs de la patrie, par l'incorporation des biens des non participants décédés et par l'heureux changement d'opinion qui eût été infailliblement la suite d'une semblable réforme. Le jour fût bientôt arrivé oià l'obligation et la contrainte eussent pu succéder sans danger aux exhortations, à l'exemple, et à la force de la nécessité : dès lors le mot propriétaire n'eût pas tardé à devenir barbare pour les Français.
En parlant des assemblées du peuple, nous avons fait mention des fêtes nationales et des principes sur lesquels le comité comptait les instituer. Le même esprit régnait dans le projet révolutionnaire qu'il discuta peu de temps avant sa dissolution. Ces fêtes eussent été nombreuses et variées; chaque jour de repos eût eu la sienne. Dans l'opinion du comité, il importait souverainement à la cause de l'égalité de tenir sans cesse les citoyens en haleine, de les attacher à la patrie en leur faisant aimer ses cérémonies, ses jeux et ses amusements, d'écarter l'ennui de tous les moments de loisir et d'entretenir par de fréquentes communications les sentiments de fraternité entre toutes les parties de la République.
De l'affermissement de ces institutions et surtout de celles que le décret économique allait créer, dépendait, selon la
manière de voir du comité, l'accomplissement de la révolution et l'exercice complet de la souveraineté populaire; c'està-dire que le jour oià le peuple eût joui paisiblement de l'égalité, eût été celui où il aurait pu exercer, dans toute sa plénitude, le droit de délibérer sur les lois, consacré par la constitution de 1793,
Une foule de détails se sont effacés de ma mémoire; elle n'a conservé le souvenir que des traits les plus saillants et une idée bien nette de la progression successive et simultanée des institutions et de la constitution. On sentira facilement que le comité insurrecteur lui-même ne pouvait ni prévoir toutes les mesures que les circonstances auraient pu rendre nécessaires, ni déterminer d'avance l'époque oiî la tâche du réformateur eût été finie.