XXI. -~ MATIN DE PRINTEMPS
Quelle jolie promenade ! ciel pur, soleil levant, tous les tons vifs, tous les contours nets, sauf le lac doucement brumeux et infini. Un œil de gelée Manche poudrait les prairies, donnant aux cuirasses de lierre des grands chênes une vivacité métallique et à tout le paysage, encore sans feuilles, une nuance de santé vigoureuse, de jeunesse et de fraîcheur, c Baigne, ô disciple, ta poitrine avide dans la rosée de Taurore ! » nous dit Faust, et il a raison. L'air du matin souffle une nouvelle et riante énergie dans les veines et les moelles. Si chaque jour est une répétition de la vie, chaque aube signe avec l'existence comme un contrat nouveau. A Taube, tout est frais, facile, léger, comme pour l'enfance. A l'aube, la vérité spirituelle est, comme l'atmosphère, plus transparente, et les organes, comme les jeunes feuilles, absorbent plus avidement la lumière, aspirent plus d'éther et moins d'éléments terrestres. Si la nuit et le ciel étoile
— Me —
parlent de Dieu, d'éternité, d'infini à la contemplation, Taurore est Fheure des projets, des volontés, de Faction naissante. Tandis que le silence et la c morne sérénité de la voûte azurée » inclinent l'âme à se recueillir, la sève et la gaité de la nature se répandent dans le cœur et le poussent à vivre. — Le printemps est là. Primevères et violettes ont fêté son arrivée. Les pêchers ouvrent leurs fleurs imprudentes ; les bourgeons gonflés des poiriers , des lilas , annoncent Tépanouîssement prochain ; les chèvrefeuilles sont déjà verts. Poètes, chantez ! car la nature chante déjà son chant de renaissance. Lorsqu'elle exhale par toutes les feuilles et bourdonne par tous les êtres son hymne d'allégresse, les oiseaux ne doivent pas être seuls à faire entendre une plus distincte voix.
XXTI. — DÉLICATESSE EXAGÉRÉE.
Le dégoût de la banalité et du plagiat peut avoir une conséquence fâcheuse ; il risque de vous ôter le goût à vos propres idées, quand vous les voyez reprises et défendues par d'autres.