‹ Grammaire arabe de Silvestre de Sacy. 3. ©d., pub. par l'Institut de Carthage et rev. par L. MachuelChapitre 105 sur 188 · Les noms d'action dérivés des verbes doublement im · texte numérisé non relu

Les noms d'action dérivés des verbes doublement im

parfaits n'exigent aucune observation particulière : ce sont toujours les mêmes règles qu'il s'agit d'appliquer.

Il est seulement à propos de remarquer que les verbes trilitères dont la deuxième et la troisième radicale sont des lettres infirmes réunissent ces deux lettres par un ieschdid, dans le nom d'action, quand la première est djezmée, comme sji pour 'ij^i nom d'action de ^$>J; et si l'une de ces deux lettres est un ^ et l'autre un j , le j se convertit en ^ , comme

J^-i. pour ^y-î. de ^'^ — i., et '^\ pour [c,^ \ de ^jl . Cela est conforme à une des règles de permutation (no 231). On dit de même ^ç^ pour ^^^, de la forme jj^^, ou i~^,

de la forme ïJjùj», venant du verbe lU., aoriste «^^. • Ce verbe

a un nom d'action qui ne rentre dans aucune des formes con-

nues, c'est iL^I. Du verbe ^-^-i. on forme ^-~^ et ^-r^) pour

i~>i et )>-~-.J^.

672. Tout ce que je viens de dire sur les irrégularités auxquelles est assujettie la formation des noms d'action, et qui ne consistent que dans l'application des règles de permutation, doit être pareillement observé dans la formation des autres espèces de noms dérivés des verbes, dont je parlerai dans la suite, ainsi que des adjectifs dont les racines sont sourdes, hamzées, concaves ou défectueuses : ce que je remarque ici pour éviter d'inutiles répétitions.

673. f Avant de terminer ce qui concerne le nom d'action, je ne puis me dispenser de faire observer que je me suis écarté ici du système adopté par Erpénius et par tous les grammairiens qui l'ont suivi. Ils ont tous considéré le nom d'action comme le mode infinitif du verbe, avec cette distinction qu'ils ne l'ont regardé comme mode infinitif que quand il répond à l'infinitif ou aux gérondifs latins, auquel cas il est toujours à l'accusatif, et il est joint spit au verbe même dont il dérive,

soit à un verbe de la même signification, comme ^yo ^'j^ verberavit verberando, et l w^Ls. j-Jts sedit sedendo. Quand le nom d'action est employé de cette manière, il sert toujours ou à donner de l'énergie au verbe qui le précède, comme dans l'exemple ^yo ~^,y^ verberavit verberatione, ou à déterminer l'action du verbe, en la restreignant ou la qualifiant, comme dans cet autre exemple : !J— » »L^ ^ — ^ flevit fletu amaro. Les Arabes appellent cette espèce de terme circonstanciel, qui n'est pas, suivant leur système, susceptible de duel ni de

pluriel, j__^-JLL*J! J j*aJt complément absolu; et c'est là proprement le cas où l'on a considéré le nom d'action comme infinitif. Mais ces distinctions ne doivent leur origine qu'à une confusion d'idées et ne dérivent que d'un préjugé fondé sur la grammaire des langues d'Europe; car, comme on trouvait dans toutes ces langues un mode infinitif, on a cru qu'il devait aussi y en avoir un dans la langue arabe. L'infinitif étant un mode du verbe, exprime nécessairement l'idée de l'existence d'un sujet et de sa relation à un attribut, soit indéterminé, comme dans être^ soit déterminé, comme dans lire, c'est-àdire être lisant. C'est une manière d'exprimer l'existence du sujet, en laissant au sujet la plus grande indétermination possible. Il résulte de cette nature du mode infinitif qu'il peut avoir différents temps et différentes voix, mais qu'il ne doit avoir aucune variation de genres, de nombres ni de personnes. Le sujet n'étant pas déterminé quand le verbe est au mode infinitif, ce mode diffère peu du nom abstrait'') et peut être remplacé par ce nom. C'est ce qui a lieu dans plusieurs langues, et spécialement en arabe. Cette langue n'a pas de mode infinitif; elle y supplée par le nom abstrait. Ce nom n'est certainement pas un mode du verbe, puisqu'il ne renferme

(1| Voyez, sur l'infinitif et sur les rapports de ce mode du verbe avec le nom abstrait, mes Principes de grammaire générale, 2* édition, p. 31 et suiv.

aucune valeur temporelle, aucun temps; m et d'ailleurs il n'est pas plus déterminé à la signification active qu'à la signification passive. (2) H a tous les accidents du nom et n'a aucun des ac cidents du verbe. Ce n'est donc pas un infinitif, mais c'est un nom abstrait qui doit souvent être rendu dans d'autres langues par l'infinitif. (3)

Ce que je dis ici de l'infinitif aura pareillement son application quand je parlerai du nom d'agent, que l'on a regardé comme un participe.

(1) Voici un passage d'Ebn Farhât dans leqael ce grammairien reconnaît posi-

If ^ c /

tiveraent que le nom d'action ou ma%dar kX—'^ — ' ne renferme aucune idée accessoire de temps :

(I Suivant les grammairiens de Coufa, dit-il, c'est le verbe au prétérit qui est « la racine étymologique; les grammairiens de Basra veulent, au contraire, que « ce soit le masdar [ou nom d'action]. Les uns et les autres établissent leur opi- « uion sur des raisonnements que nous ne pouvons pas rapporter ici, mais le « sentiment de l'école de Basra est le plus conforme à la vérité, car le masdar

« indique seulement l'existence de l'acte, comme ■^y-^ action de frapper, au

« lieu que le prétérit du verbe, comme vV^ '' "' f^^-PP^i indique, avec l'acte « même, une idée de temps; or, il est de l'essence du dérivé de contenir ce que « contient le primitif, et en outre quelque chose de plus. Cette condition se ren- « contrant dans le verbe, il s'ensuit que le verlw est un mot dérivé. » Man. arabe de la Bibl. du Roi, n° 1293 A, fol. 10 verso.

(2) Voyez ci-devant, p. 279, note 2.

(3) Une preuve de ce que je dis ici, c'est que les grammairiens arabes reconnaissent eux-mêmes que l'on emploie quelquefois un autre nom que le nom

d'action ou •^-'«^ pour faire la fonction de |J) * li ' J j-«-*^. En voici un exemple : '-^^^ l j>-»5 i^iXS allocutus est eum sermone utili. Le nom d'action

de jvo , qui est L-»-:;-^^ allocutione, est remplacé ici par i' -i-J sermone, qui n'est point un nom d'action.

Je ne veux pas dire cependant que dans cet exemple et les autres semblables le nom substitui' au nom d'action soit rigoureusement identique avec ce dernier, mais il est souvent fort indifférent de faire usage de l'un ou de l'autre et la difTérence est si peu appréciable qu'on ne saurait la faire sentir en traduisant un texte arabe dans une autre langue.

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