Le ^ répond exactement à notre f
48. Le (J indique une articulation à peu près semblable à celle de notre k, mais qui doit être formée du gosier et qu'il est très difficile de bien imiter. Beaucoup d'Arabes, ceux de Mascate, par exemple, confondent la prononciation de cette lettre avec celle du i- : cette même prononciation est ordinaire dans les Etats du Maroc. Dans une grande partie de l'Egypte, le ^ n'est qu'une aspiration forte et brusque; et il paraît que cette articulation, très difficile à imiter, était le caractère distinctif des Arabes descendus de Modhar. (2)
49. Le o5 répond aussi à notre k; mais il ne se prononce pas du gosier comme la lettre précédente. Les Turcs et beau-
(1) Voyez Grammatica piemontese, di M. Pipino, p. H.
(2) Voyez à cet égard ce que dit Ebn Khaldoun, dans un morceau que j'ai inséré dans mon Anthologie grammaticale arabe, p. 413 et suiv.
coup d'Arabes lui donnent souvent une prononciation amollie analogue à celle du q dans les mots français queue, qui, et que l'on peut rendre en mettant un i après le k. A Mascate, on prononce O-Tcomme notre g devant a et o; en sorte que l'on ne dislingue pas cette lettre du p^ et du ,^ . Quelques Arabes pro-
noncent le ^^J^et le i^ comme le c italien devant un i, dans le mot cio, (•) articulation qu'on peut rendre en français par les lettres ich. Si Ton veut, en écrivant des noms propres arabes en caractères français, distinguer cette lettre de la précédente, on peut employer notre k pour rendre le (Jj , et notre q pour le ï,^; mais, en ce cas, on devrait, ce me semble, conserver toujours un u entre le q et la voyelle avec laquelle il forme un son articulé, pour ne pas s'éloigner de l'orthographe universellement admise par les nations de l'Europe.
50. Le J est parfaitement rendu par notre l, et le ^ par notre m.
51. Le jj est susceptible, suivant les grammairiens arabes, de plusieurs prononciations. Lorsqu'il est suivi d'une voyelle, il se prononce toujours comme notre n dans le mot navire; mais, quand il est suivi immédiatement d'une autre consonne, sa prononciation varie. Devant les lettres t,,^,o,c.et!s, le ^ conserve son articulation naturelle ; c'est ce que les grammairiens appellent l'-^-o', c'est-à-dire manifestation ou prononciation claire. Devant les lettres c^, o, j^^, •i, i, j, / .*•,
{J-' W' ij=' ^' ^' ^> O ^^ '^' ^^ iJ ^^ prononce d'une manière nasale, à peu près comme Vn dans le mot français entrer ,(2) cette prononciation est nommée par les Arabes =Li^!
(1) Voyez M. Niebulir, Description de l'Arabie, édit. française de 1773, p. 73. Je doute cependant que cela soit exactement vrai du (^ • Dans les deux exemples rapportés par M. Niebuhr,B«fc/cra et ifwft, il doit y avoir un O^et non un (^; car je suppose que ce sont les mots «j^^ et -^^^ ■
(2) Erpéiiius remarque que cette prononciation nasale se fait sentir plus fortement devant le ^J et le \LJ, et il la rend par un n suivi d'un g.
c'est-à-dire occultation ou. prononciation sourde. Si le ^ est suivi
d'un .^ , il se prononce comme un ^ : c'est ce que les Arabes
nomment w^I», c'est-à-dire conversion. W Quand le \ est suivi
d'un autre ^ ou de l'une des lettres (», j et c, on ne fait pas
entendre l'articulation du ^j, mais seulement un son nasal, et
l'on redouble la lettre suivante. P) Cette prononciation est nom-
mée par les grammairiens ïj*-» f»Lc.5), c'est-à-dire insertion en
nasillant. Cependant, si le ^^ se trouve dans le milieu d'un mot, devant un. ou un £;;•, comme dans ^ji^ii» et U>i, il conserve son articulation parfaite. Le j étant suivi du . ou du J, on ne l'articule en aucune manière, mais on double la lettre qui le suit. (3) Cela s'appelle JCxc iL ^Lc.)!, c'est-à-dire insertion sans nasiller. Les six lettres qui donnent lieu à ïinsertwn (»L&ii,
c'est-à-dire qui produisent la suppression de l'articulation naturelle du ij et sa conversion en celle de la lettre qui le suit, soit en nasillant, soit sans nasiller, sont comprises dans le mot
technique \J^j>. Si l'on fait abstraction du ^, les cinq qui
restent sont renfermées dans cet autre mot tecbnique^j/»^ .
Dans les Alcorans écrits pour l'usage des lecteurs des mosquées, les différentes prononciations du ^ sont indiquées par
(1) C'est aiasi qu'on substitue le [^ au v dans les mots grecs <jû[AêoXov , (TÛjA'rtujxa, etc., et Vm i Vn dans les mots latins imberbis, implumi$,et dans les mots français embaumer, empaumer, etc.
(2) En latin et en français, Vn suivi d'un m se change en m; il en est de même du '•> en grec, il se change en [J- ; ainsi l'on écrit, par cette raison, (TÛfAiAoc/o;, immiscere, immense. Quelques personnes parmi nous imitent, par une prononciation vicieuse, celle des Arabes de laquelle il s'agit ici, en disant \nm-mente, et doublant ]'m après la voyelle nasale in.
(3) La même chose a aussi lieu en grec, en latin et en français, comme on le voit dans les mots '!<jyk%^oç,<7u'çbiT:-:o);illmtabilis,irrequietus; illuminer, irréfléchi.
les caractères suivants, qui se peignent en encre rouge audessus du jj. La manifestation est indiquée par un petit .,; {'occultation, \>ar un ^, sigle du mot Lia.l;(i) la conversion, par un >; Vinsertion en nasillant, par un ^, sigle du mot A À i, et par un teschdid sur la lettre suivante. (Le teschdid est un signe qui indique qu'il faut doubler la lettre, comme nous le dirons plus bas.) L'insertion sans nasiller est marquée par les deux lettres ^J, qui représentent les mots Ï-Ài "^, et par un teschdid sur la lettre suivante, l^)
On peut croire que les Arabes ont observé autrefois, dans leur langage, ces différentes manières de prononcer le ^j. Je pense même qu'aujourd'hui les lecteurs de l'Alcoran, attachés au service des mosquées, les observent avec plus ou moins d'exactitude; mais, dans le langage ordinaire, on fait presque toujours entendre l'articulation naturelle du ^. C'est ainsi qu'en français l'm que nous avons substitué à r«,par exemple, dans les mots embaumer, embarquer , se prononce absolument comme l'n dans les mots entrer, rendre, c'est-à-dire de manière qu'il ne forme avec l'e qu'une voyelle nasale; mais il n'est pas vraisemblable qu'on eût substitué Vm à Vn si autrefois on n'avait pas prononcé ces deux lettres d'une manière difïérente,en faisant entendre clairement l'articulation de chacune d'elles.
52. Le j se prononce comme ou en français, dans les mots oui, ouate. On peut aussi rendre cette prononciation par un w
(d) Erpénius dit que, quand cette prononciation nasale a lieu devant un (^ ou un '^Lj, on l'indique en outre par trois points rouges placés sur le ^, et que, devant toute autre consonne, on ne met sur le ^ qu'un seul point rouge. Je n'ai trouvé aucun exemple de cela.
(2) J'ai tiré ces détails, ainsi que plusieurs autres sur le teschdid,\& medda, etc., d'un exemplaire manuscrit de l'Alcoran qui appartient à la Bibliothèque du Roi et qui est indiqué, dans le catalogue imprimé, parmi les manuscrits arabes, sous le n" 189. — Voyez, sur ce manuscrit, les Notices et extraits des manuscrits, t. IX, 1" partie, p. 76 et suiv.
prononcé à la manière des Anglais. Les Turcs et les Persans prononcent cette lettre comme notre v.
53. Le B ne représente qu'une aspiration très légère et souvent insensible, comme celle de \'h dans ces mots : la. Hollande, \a. Hongrie, où elle n'indique qu'un simple hiatus. Lorsque cette lettre est surmontée de deux points, ce qui n'arrive jamais qu'à la fin des mots, on la prononce comme le vO ; mais, dans ce cas, on en supprime presque toujours la prononciation dans le langage vulgaire.
54. Le c doit se prononcer comme notre y faisant fonction de consonne, dans le mot yacht, par exemple, que nous avons emprunté des Anglais, et dans ces mots : il y a, il y est, il y avait, il y eut, etc. Dans ces derniers exemples, l',y fait fonction en même temps de voyelle et de consonne, car on entend le son de Vi avant l'articulation de 1'.^. C'est cette dernière articulation qui répond à celle du c • Les Allemands la rendent par un j, comme dans les mots bejahen, jagd. C'est ainsi vraisemblablement que les Latins prononçaient le/. <*'
55. Le V ne trouve place dans notre alphabet que parce que les deux lettres J et î, dont il est composé, prennent, dans leur réunion, une forme qui pourrait quelquefois les rendre méconnaissables. P)
56. La huitième colonne de l'alphabet présente la valeur des lettres arabes employées comme chiffres; mais je réserve les détails relatifs à cet usage des lettres pour un chapitre particulier où je traiterai des signes de la numération.
(1) J'ai donné, dans le tome IX des Notices et extraits de» manuscrits, I" part., p. 1 et suiv., un Traité de la prononciation des lettres arabes qui peut servir de supplément à ce que j'ai dit ici sur ce sujet.
(2) 11 est bon d'observer que quand le lamélif est formé ainsi : ^ , l'ordre des lettres est déterminé par leur base et non par leur partie supérieure ; si donc on
veut écrire lianni, il faut placer ainsi les signes des voyelles : i"^ .