‹ Grammaire arabe de Silvestre de Sacy. 3. ©d., pub. par l'Institut de Carthage et rev. par L. MachuelChapitre 16 sur 188 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la division des lettres en différentes classes

57. f On divise les lettres de l'alphabet arabe en différentes classes, à raison de la partie de l'organe qui concourt le plus efficacement à leur articulation. Les unes sont nommées AJiLa.,

ou A-j ,i^ gutturales ; ce sont les lettres ! , -. , ^^ , c, , ?> et b . On appelle '■i'->,j^^ celles qui sont formées prés de la luette, et ce sont le ^ et le ^ . Ces deux mêmes lettres, ainsi que le -;► , le , i, et le ^ , sont nommées 'L> ^s-" , c'est-à-dire formées dans la cavité supérieure de la bouche, entre la langue et le palais. (*) Les lettres j , /^ et (je sont nommées aJI>.,' , c'est-à-dire formées avec l'extrémité supérieure de la langue ; ces mêmes lettres sont aussi nommées ^-ôJ \ ^^^a. lettres sifflantes. On appelle ï^li les lettres O', ^ et is, parce qu'elles sont formées en appuyant fortement l'extrémité de la langue vers la partie

antérieure du palais; •i^-iy^ , les lettres c>, -i et Jj, parce que

l'extrémité de la langue s'appuie contre les gencives; ^4^3 , les

(1) Pirouzabadi attribue cette dénomination aux trois lettres ^ , / iX. et ^ ■ Le sens du mot a-j^s-" est peu certain. Le verbe ^.^^ dit de la bouche, signifie l'ouvrir, elj:^, comme nom, veut dire la partie de la bouche gui est entre les deux mâchoires y~^~srL" v»j L> , ou l'endroit où se rencontrent les deux os

maxillaires y^j.^\ ^XL' , ou la partie de la voûte convexe de la bouche,

qui est susceptible de s'ouvrir ^' ^ijJ.iÀj" y^ ^^i.}) L> . Suivant le Traité

de la prononciation des lettres arabes, que j'ai déjà indiqué, le -:^ , le ^^ li- et le y C s'articulent du milieu de la langue, entre cette partie de la langue et le milieu du palais supérieur, et le , jo s'articule de la partie de la langue qui suit immédiatement, en avançant vers les dents, le lieu où se produit l'articulation du^.

lettres > ., ^i et ,., parce qu'elles sont articulées par un mouvement rapide et facile de l'extrémité des lévrei; on donne aussi la même dénomination aux lettres ,, J et ^j, qui se forment par le moyen de l'extrémité de la lanffue.W On appelle dil^ii, labiales celles qui sont formées par le mouvement des lèvres : ce sont les lettres ~., ^ et ^; '■L.iLJ linguales, les lettres ., ;, ,r, /'^■, (/= et ^, auxquelles quelques graramairiens en joignent plusieurs autres. Enfln, on nomme ï-;vJ, c'est-à-dire doucea, les lettres I, . et ^5'; cette dénomination peut leur avoir été donnée à cause de la douceur de leur articulation, ou parce qu'elles éprouvent souvent une sorte d'affaiblissement et ne représentent plus que des sons sans aucune articulation.

58. 7 On appelle encore les lettres . et J : ^^ j'^''iJ ' ^j^^ ^*^"

très de déclinaison; les lettres , >, -., ^, L et ^i : Xlalill ^^jyA

ou bien ïluL'! ^}jjs^, c'est-à-dire lettres tremblantes, ou plutôt çui produisent un claquement. P) Le . porte aussi le nom de j:j-kjj] j^a. lettre de répétitioti; le ,ù. , celui de JJtX}) ^j^

(1) Firouzabadi appelle ces six lettres ^3 ■^}J'^> c'est-à-dire articulées avec l'extrémité soit de la langue, soit des lèvres; et il les subdivise en deux classes: il nomme *^;'^ la première, qui comprend les lettres i , J et ,.>, et *-î-%^ la seconde, qui renferme les trois autres lettres ■»' , v j et /» .

(2) Le mot arabe J— ^J.* ou ,3—^ répond au latin crepitare. La cicogne est

nommée en arabe ^^^ > parce que sa voix forme une sorte de claquement ou de pétillement : c'est la raison pour laquelle Pétrone l'appelle crotalistria.

Quelques grammairiens retranchent le > ■ des lettres de cette catégorie et y

substituent le >0, ce qui me semble plus convenable. J'ai peine à concevoir que le ^^ soit compris parmi ces lettres, et je crois que, s'il y a été compris,

c'a été par les grammairiens qui le prononçaient comme notre 9 dans zigzag. Dans mon Anthologie grammaticale arabe, p. 4 du texte arabe et p. 3 de la traduction, j'ai écrit v ; mais je crois que c'est une faute.

lettre de dilatation, e\. le , *», celui de xJUjX-»jÎI ^ j^-a> lettres

d'extension, à cause des différences observées par les grammairiens dans le mouvement ou la disposition des diverses parties de l'organe de la parole, lorsqu'on articule ces lettres.

Les lettres ! , , et ^ se nomment y^] ^x^°^ lettres douces,

jLjl ^3 5 va. lettres de prolongation, jjL J J! ^__^j^iv lettres

d' augmentation ou augments, et enfln a J,jJI ?. ^-=>. lettres

infirmes. Nous donnerons plus loin la raison de ces dénominations.!*) ^

Enfln les deux lettres ' et ^ se nomment aussi ^^^î3! ^jL lettres brèves; on en verra ailleurs la raison.

59. f Ces divisions et ces dénominations des lettres ne sont pas les seules imaginées par les grammairiens arabes, qui souvent même ne sont pas parfaitement d'accord entre eux; il en est encore d'autres que je vais rapporter, non que je les regarde comme fort utiles, mais parce qu'il peut être nécessaire de connaître ces dénominations pour entendre les grammairiens et les scholiastes.

(1) Suivant le grammairien Ebn Farhât, les lettres ', j et j^ sont kttret de

prolongation -X-*.»! i 9 «j— =>■ ) quand elles sont précédées de la voyelle qui

leur est analogue, comme dans ^s'-^^. , Oy^~i et fT^^ » et leitrn douces

t-j-iji ^^jj.,s>. , quand elles sont djezmées après un fatha, comme dans

'^y ^' /"^ '• cette dernière dénomination ne saurait convenir à l'élif sous ce point de vue. Je croirais plutôt qu'on doit les nommer lettres de prolongation quand elles sont purement servîtes et quiescentes, comme dans (*!-»■> , ■^y^ et X^ , et lettres douces toutes les fois qu'elles sont ou qu'elles représentent des lettres radicales, soit qu'elles soient djezmées ou quiescentes, comme dans

^'-î, .'•-», (»^-9, J^, ç.j2v et ^^^rt- Béïdhawi (Anthologie grammaticale arabe, p. 3) n'appelle lettres douces que le j et le ^.

Ebn Farhât ajoute que toute lettre de prolongation est en même temps lettre douce, mais que toute lettre douce n'est point, pour cela,IeKre de prolongation. (Man. ar. de la bibl. du Roi, n" 1295 A.)

Toute lettre est décidément forte ^jf^ -^i-^ > ou décidément

faible 1^^'' jd^. , ou bien tient le milieu entre les lettres fortes

et les lettres faibles ^■^^^-''j J^j^J! ^^-o . Les lettres fortes sont

au nombre de huit, savoir : le hamza ou I , et les lettres ^ . , o^ ,

, J, i, ^j, et k,^; les lettres faibles sont Vélif sans hamza et

les suivantes : o, ^, ^, ->,j,(^, (J^, (jo, J=, ^, ^, v 5,»,j et ^; les lettres qui tiennent le milieu sont celles-ci : . , ç- , J, j.etj.

On divise encore les lettres :

1° En lettres cachées i^y^f, c'est-à-dire dont l'articulation

est rapide et peu sensible, et lettres proférées ouvertement

»,j^:s:'', c'est-à-dire dont l'articulation est moins rapide et plus

prononcée. Les premières sont les lettres Cj. -i^, ■t-, ■^t , ^, ( i,, (jo, ^ ^, i,i) et 8; toutes les autres sont proférées ouvertement; 2° En lettres élevées illx'ii,^ , et abaissées Jl-LàjL»'» ou Ïw4ii-v

Les lettres élevées sont les suivantes : ^i-, (jo, je, i, J», c. et (^; toutes les autres sont abaissées;

3° En 'iÂ\hA voûtées, et Jis-\A\j> étendues ou ouvertes. Les lettres

voûtées sont les quatre lettres (jo, jt, i et i; toutes les autres sont étendues. Les lettres voûtées sont ainsi nommées parce que, pour les articuler, la langue s'élève vers le palais et forme comme un espace voûté entre elle et le palais; dans les autres, au contraire, elle reste étendue ou ouverte ;(^)

4" En aJux», dénomination qui signifie qu'elles sont articulées avec facilité, de l'extrémité de la langue ou des lèvres,

comme on l'a déjà vu (n» 57), et dL)U-«j», c'est-à-dire solides ou pleines. La première dénomination comprend les six lettres

(1) Voyez, sur ces dénomiaations, mon Anthologie grammaticale arabe, p. 39 et 40.

. ., , ^,j, J, -» et jj; toutes les autres sont comprises sous la

seconde.

La dénomination XJUj^ ou ï-^J revient à ce que nous appelons lettres liquides; 1 opposé est '\JU^a^,qm signifie proprement des choses qui sont solides et dans lesquelles il n'y a point de creux.

Toutes les qualités indiquées par ces diverses dénominations contribuent à rendre l'articulation forte ou faible. Celles qui

contribuent à la rendre forte sont les suivantes : ^^^^'^^ ,

ïlfi^jjpC j^kLfJT, ^sîî°,j>/ÉT, iwjji JUL^^!^ Ct^W,

et f^^-' • Celles qui contribuent à rendre l'articulation faible

sont les suivantes : JliXw^!, ^.^,^)\ , Sjl^M et -liùiJ^M. Plus

une lettre réunit des premières qualités, plus elle est forte; plus elle réunit des qualités de la seconde classe, plus elle est faible. (D

Ces divisions de lettres sont susceptibles de variations, plusieurs parties de l'organe concourant nécessairement à la formation de la plupart des articulations. Je n'en ai fait mention ici, en suivant divers grammairiens, que parce qu'elles peuvent jeter quelque lumière sur l'ancienne et véritable articulation de certaines lettres, et parce qu'elles ne sont peutêtre pas sans quelque utilité pour les recherches étymologiques.

60. On divise encore les lettres en radicales et servîtes. Les

lettres radicales sont nommées J^^^o', ce qui signifie fondements, racines; ou 'À.J^ fondamentales, ou radicales; si l'on

veut, essentielles. Les lettres serviles portent le nom de .xjI.i , c'est-à-dire augments ou accessoires. Elles sont ainsi nommées parce qu'elles servent à former les différentes inflexions grammaticales des verbes et des noms, ainsi que les mots dérivés

(1) Grammat. arab. Maronilarum, p. 7 à 12.

des racines ou mots radicaux, et quelques particules inséparables : ce sont les lettres comprises dans les deux mois techniques ^Clij 1^à<[!-JCj. Toutes les autres sont nommées radicales, parce qu'elles ne servent jamais à aucune fonction grammaticale, et qu'elles constituent seulement les mots radicaux; mais il faut observer que les lettres sefviles peuvent aussi être radicales, quoique les lettres radicales ne soient jamais servîtes. Le ^ et le i sont cependant quelquefois employés comme lettres serviles, ainsi qu'on le verra par la suite. Parmi les lettres serviles, on pourrait aussi comprendre la lettre s, quoiqu'elle ne se trouve point dans ces deux mots techniques, car elle fait fonction de lettre accessoire : 1° toutes les fois qu'elle prend deux points, comme dans les mots du genre féminin; 2° dans certains cas où, ajoutée à la lin d'un mol, après une voyelle ou une lettre de prolongation, elle demeure quiescenle ou djezmée (n» 89), et prend, chez les grammai-

riens arabes, les dénominations de ^JJ! .ij» he de pause et

Oj^l '^ HE de silence. On verra, par la suite, dans quelles circonstances cela a lieu.

On n'a point compris le « parmi les lettres serviles, sans doute parce que, dans le premier cas, on l'a considéré comme un o», dont il a la valeur, et que, dans le second, il n'ajoute rien à la signification et n'est presque autre chose qu'un signe orthographique.

61. f II y a plusieurs lettres qui sont incompatibles, c'est-àdire qu'elles ne peuvent se trouver immédiatement l'une auprès de l'autre dans le même mot radical. Ainsi les lettres gutturales, en en exceptant le hamza ou !, sont incompatibles. On en trouve cependant quelquefois plusieurs qui se suivent dans une môme racine, comme dans J^c , a^s- , v.i-', etc.

Il y a incompatibilité entre :

Le , . et les lettres ^ et -• ;

Le o et les lettres c^, (^ , (jo , ^ , i et i ;

Le ~ et les lettres ^> <3 et ^.iT;

Le ^ et les lettres Js, ^j et '^•,

Le ^ et le i ;

Le 3 et les lettres ^jo, ^, L et i ;

Le j et le J ;

Le J et les lettres (jo, ^ el Jj ;

Le /f« et les lettres (jo et ^;

Le il' et le . *> ;

Le (je, et les lettres ^ , 1» et J» ;

Le ^ et les lettres 1 et i ;

Le i et les lettres i et v.ir;

Le i et les lettres >• et ^J ;

Le f- et les lettres ^ et o/";

Le ^J et le oi';

Enfin le J et le j, si ce n'est dans les deux mots J et Jc.

Cette incompatibilité est moins une incompatibilité naturelle que le résultat des observations faites par les grammairiens sur les racines de la langue arabe ; aussi n'empéchet-elle point que les lettres regardées comme incompatibles ne puissent s'unir lorsqu'elles sont employées comme lettres serviles. Ces observations sur l'incompatibilité de certaines lettres ont pour principale utilité de servir à faire reconnaître les mots étrangers admis dans la langue arabe. Par exemple,

la rencontre du . et du J dans le mot J.j, nom du lézard triangulaire (lacerta nilotica de Linné), prouve que ce nom n'est pas originairement arabe.

62. Enfin, on divise les lettres en lettres solaires et lettres lunaires. On appelle solaires a^«.^, les lettres o», c>, -5, ■i , ., J, , f„, fL, (jo, ^, i», Js, J et ., : ces lettres ne sont ainsi

nommées que parce que le mot (j*-*^, qui signifie soleil, commence par l'une d'entre elles, qui est le lU. Toutes les autres sont nommées lunaires «v**, à cause que le mot ^<i, qui signifie lune, commence par le ^J^, qui est une des lettres de

cette classe. Nous verrons l'objet de cette division lorsque nous traiterons du teschdid ou signe de réduplication.

63. Les grammairiens arabes donnent le nom de permutables JIaJI ^.ja à certaines lettres qui se substituent quelquefois les unes aux autres; mais c'est un sujet sur lequel ils ne sont point d'accord. W

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