‹ Grammaire arabe de Silvestre de Sacy. 3. ©d., pub. par l'Institut de Carthage et rev. par L. MachuelChapitre 156 sur 188 · LORSQUE D'INDÉFINIS ILS DEVIENNENT DÉFINIS · texte numérisé non relu

LORSQUE D'INDÉFINIS ILS DEVIENNENT DÉFINIS

023. Les noms appellatifs, parmi lesquels je comprends les noms abstraits, n'indiquent point par eux-mêmes, en particulier, tel ou tel individu; ils désignent ou l'espèce en général ou un individu quelconque entre ceux qui appartiennent à l'espèce. Cet état est appelé en arabe .-JLjJi' indétermination,

et le nom employé de cette manière iuO ou XI» indéterminé ou indéfini.

Cela est même applicable à certains noms qui désignent des choses uniques dans leur espèce, comme le soleil, la lune, parce que, dans notre manière de les considérer et d'en parler, nous nous comportons souvent comme si chacun de ces noms exprimait une espèce composée de plusieurs individus.

924. Mais ces mêmes noms peuvent être employés d'une manière plus précise pour désigner un individu déterminé ou la totalité des individus qui composent l'espèce, par opposition à ceux d'une autre espèce, comme quand on dit : l'homme est un animal raisonnable, cet homme est dévot, le cheval de Zéid. Cette détermination se fait, en arabe, ou par addition de l'article Jl et on la nomme <-^,j»j ou 'LJj*^ désignation, o\i par l'addition d'un complément, ce qu'on appelle LiUsl annexion.

dans le détail des objections dont cette opinion est susceptible, il y a une forte preuve du contraire dans Aboulféda, Annal. Moslem, tome I, p. 432 et 434.

D'ailleurs, la prosodie et la mesure des vers prouvent que les Arabes anciens prononçaient toutes ces inflexions. Ebn Khaldoun n'en fait aucun doute. Voyez ce qu'il dit des alttirations qu'a subies l'idiome arabe des descendants de Modliar, dans mon Anthologie grammaticale arabe, p. 412 et 417.

mi DES DIFFERENTES PARTIES

Dans le premier cas, le nom restreial par l'article se nomme j.^1 j ^jJ^Ij v^r»' individualisé par l'élii et le lam; dans le dernier cas, l'antécédent ou le nom qui prend un complément se nomme ^^Uaj! l'annexé, et le conséquent ou complément aJ ! ^__jUaJ ! ce à quoi on annexe.

925. Les noms propres sont de leur nature définis; les adjectifs, au contraire, participent, comme les noms appellalifs,à la faculté d'être indéfinis X^ ou définis v^J-»^ . Nous traiterons plus en détail de cette matière dans la Syntaxe; nous n'en parlons ici qu'autant qu'il est indispensable pour l'intelligence de ce que nous allons dire des changements que ces circonstances produisent dans la déclinaison des noms et des adj ectifs.

926. L'article fait éprouver aux noms les changements suivants :

1° Dans les noms et les adjectifs, soit singuliers, soit pluriels irréguliers, de la première déclinaison, la voyelle nasale disparait et il ne reste que la voyelle simple. Exemples :

Nominatif Génitif Accusatif

J — a^t l'homme, J — a^JJ! J — =>.J-)!

^j J£- ] le beau, ^J — -£■ ! ^J — -^ !

'LLiSJ] la ville, LIjjJI Li-jjjt

ï Las4'l la C/emme) chaste, Ï-Jœ^ ! ii : •r-t-*'!

2° Les noms singuliers et les pluriels irréguliers de la seconde déclinaison deviennent entièrement semblables à ceux de la première et prennent trois inflexions différentes. Exemp.:

Nominatif Génitif Accusatif

îL-i: J! la blanche, .^L-Ja-wJ! îL^a-lJ!

30 Les pluriels réguliers féminins perdent leur voyelle nasale. Exemple:

Nominatif Génitif et accusatif

vôUiy ! ténèbres, oUilj t

927. Les duels ainsi que les pluriels réguliers masculins n'éprouvent aucun changement.

028. L'annexion d'un complément est de deux espèces : ou le complément est un mot séparé, ou c'est un pronom personnel qui s'attache à la fin de son antécédent et se prononce en un seul mot avec lui. Nous ne parlerons de ce dernier genre d'annexion que dans le chapitre des pronoms.

929. Le complément, étant un mot séparé, fait éprouver au nom qui sert d'antécédent les changements suivants :

1» Les noms et les adjectifs singuliers et les pluriels irréguliers de la première et de la seconde déclinaison se comportent alors comme quand ils prennent un article. Exemples :

Nominatif, «iî! w^lx-T \liher Dei\ le livre de Dieu. Génitif, «iJ! v—jHJ' [libri Dei] du livre de Dieu. Accusatif, «iil wjUlJ^ [librutn Dei] le livre de Dieu. Nominatif ja^^M J — i— !, génitif jja.iJ I J — i-l! , accusatif jto.^ ! J — â — !\ le plus bas de la terre ; 2° Les duels perdent, aux deux cas, la syllabe finale .. Ainsi l'on dit au nominatif LSliJi' au lieu de ^[^ilS; au génitif

et à l'accusatif 3 lilT, pour ^^l^. Exemples :.UaUJ! ]'^ ^ÀL

les deux esclaves du sultan sont venus chez moi; j,t -xj.lk>j:,ol', j'ai vu les deux seravntes de mon père.

Dans cette circonstance, si le second cas du duel est suivi d'un ë/t/ d'union, on donne un kesra pour voyelle au ^ forma-

tif de ce cas du duel (n» 139). Ainsi l'on dit : >.iAU ! J^J^' "^îf

je passai auprès des deux jeunes filles esclaves du roi;

3° Les pluriels réguliers masculins perdent également, dans les deux cas, la syllabe finale '., et l'on dit au nominatif lyj au lieu de \y^^ fils, et au génitif et à l'accusatif^' au lieu de ^'k

Si, par l'effet d'une conlraclion, le nominatif pluriel se termine en \ j , comme ^J-iJa-îa^ (n" 825), on retranche pareillement la dernièer syllabe, et l'on dit 'jiJï.~a»; mais si, en ce cas, après le pluriel, il se trouve un ^^t/ d'union, on ajoute, pour

faire l'union, un dhamma sur le^ (n» 139). Exemple : «iî! t^jilua* les élus de Dieu ;

40 Les pluriels réguliers féminins perdent leur voyelle nasale, comme quand ils sont déterminés par l'article (n» 926).

930. f Les noms propres de la première déclinaison, étant suivis du mot ^\ fils et d'un autre nom propre, perdent leur voyelle nasale. Ainsi l'on dit^x^». (V -^-ftjc' Mohammed, fils de Djafar, et -i-ïac^ ^y^ ji»^ Djafar,fils de Mohammed. (•)

931. Les quatre noms w») père, t! frère, *=». beau-père et ^ matrice, étant suivis d'un complément, perdent leur voyelle nasale, suivant la règle (00 929); mais ils ajoutent après leur

(1) Suivant Erpéiiius, on retranche encore le tenwin de la première déclinaison dans les noms propres qui sont formi'S de deux mots dont le premier est un nom et le second un adjectif. Il dit que, dans ce cas, le nom n'a ni article ni tenwin, quoique l'adjectif ait l'article et que les deux mots s'accordent en nom-

'-.'.''il ' '■ ' bre,en genre et en cas, et il donne pour exemples (^J— suj-j 1 y^-—~-j la ville

sainte ou Jérusalem,}— :J^ ' ■ ■'-:' la Petite Porte, nom propre d'une porte de

Damas. (Th.Erpenii, Ginmm. arah., édit. de 1748, p. 197.)

Cette observation est fausse et n'a aucun fondement. Au lieu d'y avoir un raj)port d'identité ou de concordance entre les deux mots réunis ainsi pour former

un nom propre composé, il y a un rapport de dépendance ou d'annexion (ï* >-to)) purement grammatical qui se résout en une ellipse et qu'on nomme ^ — sL^sl iJi]y J,| ^^.>!p !. 11 faut donc dire ^f^j^' ■Jl,^, j-^^\ w^u,

JJiJ ! 5t~j j , et ainsi des autres. Je reviendrai là-dessus dans la Syntaxe.

voyelle un j au nominatif, un ^ au génitif et un ! à l'accusatif. Ainsi 1 on dit au nominatif jj), j-à-', j*=>- &\.y^, au génitif ^\, ^', ^*^ et ^, à l'accusatif Vj\, li.', Ula. et 11».

Le rao\, ^i possesseur, qvii n'est jamais employé sans complément, fait de même au génitif ^3 et à l'accusatif ii.

032. Le mot J bouche, qui est formé irrégulièrement de la racine «y, par le retranchement des deux dernières radicales auxquelles on substitue un *, peut, quand il a un complément, se décliner ainsi : nominatif y, génitif J,, accusatif U. On peut

aussi le décliner comme s'il était régulier, en lui conservant le ^ final.

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