‹ Grammaire arabe de Silvestre de Sacy. 3. ©d., pub. par l'Institut de Carthage et rev. par L. MachuelChapitre 18 sur 188 · Les lettres t , ^ et ^ ne servent souvent qu'à allonger · texte numérisé non relu

Les lettres t , ^ et ^ ne servent souvent qu'à allonger

le son de la voyelle qui les précède. Ces lettres se nomment

" ' \1° ' ' ' alors Jl*jI ^jjo., c'est-à-dire lettres de prolongation; dans ce

cas, Véli/" doit être précédé d'un fatha, le waw d'un dhamma,

et le ya d'un /cesra, comme dans les mots --J^ kitâbou, jy^>

noçourl, ^ja>y> martdha; car l'é/i/" est analogue au fatha, \e waw au dhamma et le ya au kesra,ce que les grammairiens arabes expriment en disant que Véli f est sœur du fatha c>à.i

' *" Il ' '" Il ' *"

isrvU), ou concordant avec le fatha Ajc'\aJI ^»j, et ainsi des

deux autres lettres de prolongation. Le son du fatha, ainsi prolongé, répond à notre <*, comme dans le mol pâte ;le son du

(1) Au lieu de mndeir, oa prononce aussi enHtôcir. Voyez ci-après (n«98).

(2) En Syrie, le fatha se prononce toujours a. Le ketra se prononce i : l' quand il est suivi du ^; 2« à la fin des mots; 3» quand il marque le génitif; partout ailleurs il se prononce é. Le dhamma se prononce ou : 1° quand il est suivi du > ', 2» à la fin des mots; 3" quand il indique une inflexion grammaticale d'un nom ou d'un verbe, quoique d'ailleurs il soit suivi de quelque pronom afflxe; partout ailleurs il se prononce o. (Grammat. Maron., p. 17; Erpen in Alphab. arah. hist. Josephi patriarch/p prœmisso,p.{6 et 17 ; J. Jahns Arab. Chrestom., p. iSl.)

dhamma, suivi d'un j, peut être comparé à notre ou suivi d'un e muet, comme dans le mot joue; enfin, celui du kesra suivi d'un ^, à notre i suivi d'un e muet, comme dans le mot vie. Le j de prolongation, à la fin d'un mot, est suivi, dans certains cas, d'un I qui est absolument muet et ne fait d'autre fonction que celle de signe orthographique. Exemple : ^:j^> naçarou.

Les trois lettres de prolongation ne servent néanmoins à prolonger sensiblement le son que quand elles se trouvent au commencement ou au milieu d'un mot, c'est-à-dire quand la syllabe dans laquelle elles entrent est la première, ou occupe

une place dans le milieu d'un mot, comme dans ,.\yljti, iUi',

îUl-. Quand elles appartiennent à la dernière syllabe, elles n'en allongent pas aussi sensiblement le son, comme dans

LeJ, .)k>, ^>d3. Elles forment cependant, dans tous les cas,

des syllabes longues en poésie.

69. Outre les noms de lettres de prolongation aJl ^jj.a,. et lettres d'augmentation ^jIjJJ! ^;j^ qu'on donne aux lettres

t, j et ^ quand elles sont quiescentes api'ès les voyelles analogues et qu'elles ne servent qu'à en étendre ou prolonger le son, on les nomme encore, dans le même cas, lettres douces

^JJI ^jjs>., parce que leur prononciation n'exige aucun effort

de l'organe vocal, et lettres infirmes ïLJ! ^;j^ (n» 58). Suivant quelques grammairiens, on leur a donné ce dernier nom parce que le mot >clj, interjection qui exprime le sentiment de la souffrance et de la douleur et qui s'échappe souvent de la bouche des malades, est formé de la réunion de ces trois lettres. Je croirais plus volontiers qu'on les a appelées ainsi à cause des fréquentes permutations ou altérations auxquelles elles sont sujettes et qu'on a pu assimiler aux altérations qu'éprouve la constitution des hommes dans l'état de maladie.

70. Il faut observer que le j et le ^, précédés du fatha, font souvent la fonction de \'élif de prolongation. Ex. 'i^l^

salâton, <i-;-^. ramahou, pour sj),^ et si— ^. . Daas ce cas, ces

lettres ne sont point surmontées du djezma, signe dont je parlerai dans le chapitre suivant.

71. On omet quelquefois Vélif de, prolongation au milieu des mots, et alors on indique cette omission en plaçant perpendiculairement le faiha qui devrait le précéder. Ex. aJJ pour bX' ;

tjj» pour bLa; v^' pour jUj. Cette ligne perpendiculaire n'est autre chose qu'un petit élif.

72. f Les Arabes d'Afrique prononcent souvent le fatha, suivi d'un élif àe prolongation, à peu près comme notre é ou notre i {n° 81).

73. Si Vélif ou le ya, précédés d'un fatha, à la fin d'un mot, doivent être prononcés d'une manière brève, comme dans

uJ^ , -j> , on les nomme -i.yc^f v iJi élif bref, d)

(1) Suivant Antoine ai) Aquilâ, le nom A'élif bref désigne le ^ quiescent après un fatha, comme dans v. (p. 103). Voici ce qu'il dit (p. 15) : ^ «t fuerit in fine dictionit eum -f^ < voeatur aleph brevis,et valet A, ut ^j rama, projecit, et non ramai ; __^ aala, super ; ^l ela, ad, in ; ^ fata, pvier.

Suivant la Grammaire des Maronites, Vélif et le ya à la fin d'un mot, étant quiescents après un fatha, portent ce nom. Litterœ ' et ^ vocantur etiam

jj.asj) ,^y,jsk. litterœ brevitatis, vel » )j^^^ ' ^^JJJ^' > litterœ brèves, qum

quando sunt qui^scenles in fine dictionum., habentque ante se vocalem phatha, efficiunt ultimam syllabam teluti brevem, hoc est, carentem signo maddi, ut

'-^^1 fustis. ^J' puer {p. lô).

<— ' > c .,''.7' rMb

Huie productioni opponitur j'^' , id est, brevitas, quœ in unam quoque;

litteram < tripliciter cadere potest : videlicet quando littera ' in pronuneiatione

eorripitur, ut Uai».' error; et qtmndo in fine nominum fœmininorum est ahsqtu

vocali, ut '^■«c fustis; et quando in fine nominum imperfeetorum mutata eit w».

litteram ^ , ut JCâJ! adolescent, Jua^o^ ' electus : et talis littera ' appellatur '..' >k' ' :.i^i-:;.r' '■"-'■■■''■'"• ''^'•' ■■' --i '■-:■''-■ -.'':

tjj^aSL^, idest,brevis (p. 23). ^. „ „,|.:-,r|„i„im-n|! i-mi 'C;. -^n -'.-r.r, 1-ojT^rmn^ Tel est en effet l'usage constant des grfiimnain(»na. On peut consnlter, sur Je» i . règles à suivre pour faire usage, dans ce cas, de Vélif ou du ya, mon Anthologie grammaticale ^arabe, p. 118 et suiv.

74. Outre les trois signes des voyelles dont je viens de parler, les Arabes ont encore trois autres signes auxquels ils

donnent le nom de ^yij^ tenwin,c& qui indique que la voyelle

doit être suivie de l'articulation d'un ,^. Nos grammairiens les nomment minnadons : je les appellerai voyelles nasalesA^) Ces voyelles nasales n'ont jamais lieu qu'à la fin des mots; elles servent à former quelques inflexions grammaticales. Leurs signes ne sont autre chose que la figure de la voyelle analogue, redoublée. Ex. : > .Lj bâbon, v.Lj bâbin, uU bâban.

Ces exemples indiquent en même temps la forme des trois voyelles nasales et leur prononciation. La voyelle nasale an doit toujours être suivie d'un t, comme l^J> yauman, excepté quand elle se trouve sur un s, comme dans ï*-\=». hicmètan, ou suivie d'un .^ muet, comme ^jj, ou placée sur un hamza, comme ' J,; dans ce dernier cas, on conserve souvent Vèlif après le temi-in,e\. l'on écrit L^. La voyelle nasale îl se nomme ^r^\ ^^x!; la voyelle nasale — 0^=^' {j:.S^'' ^' 1^

voyelle nasale jl , *^J' ^ris'^ • Le .^ contenu dans les voyelles

nasales est sujet, dans la prononciation, à toutes les mêmes variations que le ^ consonne, et ces variations s'indiquent de la même manière (n» 51).

75. Les voyelles ou voyelles nasales qui se trouvent à la fin des mots ne se prononcent pas, toutes les fois que l'on fait une pause >ssj . L'opposé de ^a*. c'est-à-dire la continuation du

discours sans suspension finale, s'exprime par le mot ~ ,i ou

J-soj. Je reviendrai plus loin sur ce sujet.

76. f Dans le langage vulgaire, on supprime presque toujours les voyelles nasales; la voyelle nasale JL an est la seule que l'on conserve quelquefois.

(1) Une voyelle est nommée nasale quand une partie de l'air émis pour la former sort par le nez. Ce n'es! qu'improprement que je donne ce nom au tenwin des Arabes, qui renferme véritablement une voyelle et un son articulé.

77. f Dans les manuscrits coufiques, ou du moins dans le plus grand nombre de ces manuscrits, les trois voyelles sont indiquées par un point fort gros et peint ordinairement en rouge. Placé au-dessus de la lettre, ce point indique le fatha; placé au-dessous, il indique le kesra; enfin, placé dans le corps même de la lettre, ou à sa suite, dans l'alignement de l'écriture, il indique le dhamma. Pour indiquer les voyelles nasales, on se contente de doubler ce point. Je crois avoir remarqué, dans quelques manuscrits coufiques, que le même point, placé dans un interligne, sert de kesra à une consonne de la ligne supérieure et de fatha à une autre de la ligne inférieure. J'ai fait la même observation sur les deux points qui indiquent les voyelles nasales : ils peuvent désigner en même temps la voyelle nasale — in, qui se rapporte à la ligne supérieure, et la voyelle nasale — an, qui se rapporte à la ligne inférieure.

78. f Dans les manuscrits africains, le fatha et le kesra, au lieu d'être inclinés comme notre accent aigu, sont posés horizontalement au-dessus ou au-dessous de la consonne à laquelle ils appartiennent; le tenwin du dhamma est figuré ainsi ~ . Dansces mômes manuscrits, et particulièrement dans les exemplaires de l'Alcoran, les voyelles et les signes orthographiques, dont nous parlerons dans le chapitre suivant, sont presque toujours écrits en encre rouge, bleue, verte, etc.

Quelques manuscrits africains ont cela de particulier que, quand une lettre qui porte un ou plusieurs points diacritiques doit aussi avoir une voyelle ou une voyelle nasale, si les points diacritiques et la voyelle doivent être au-dessus de la lettre, on place la voyelle immédiatement au-dessus de la lettre et les points diacritiques au-dessus de la voyelle; si les points diacritiques et la voyelle doivent être au-dessous de la lettre, on place de même d'abord la voyelle, et ensuite les points diacritiques.

79. f Uélif de prolongation (n» 68) ne s'écrivait pas autrefois dans un grand nombre de cas où il s'écrit aujourd'iiui; du moins est-il naturel de conjecturer que tel était l'usage ordinaire, parce qu'il est presque toujours omis dans les manuscrits coufiques, ou parait y avoir été ajouté après coup. Il est ordinairement écrit en encre rouge et placé au-dessus des autres lettres et hors de l'alignement de l'écriture. Dans plusieurs manuscrits africains de l'Alcoran et dans quelques manuscrits asiatiques, on observe la même chose.

80. Lorsque le j et le ^ perdent leur valeur naturelle et font la fonction à'élif (n'» 70), on trouve ordinairement, dans les manuscrits dont je viens de parler, un é/i/" écrit en encre rouge au-dessus de ces deux lettres; ce qui a lieu aussi pour le ^ faisant fonction d'é^i/bref (n» 73).

81. f Le fatha seul, et plus souvent le fatha suivi d'un ! de prolongation ou d'un ! bref, soit que ce dernier soit représenté par un \ ou par un ^ , perdent leur son ordinaire a ou â, pour le changer en i, ou plutôt en une voyelle qui approche plus de Vi que de Va, et qui me paraît répondre à notre e plus ou moins

ouvert. Cet accident de la prononciation se nomme a;L>I inclinaison, parce qu'il consiste à détourner le signe graphique de la voyelle, du son de Va, pour l'incliner vers Vi. (•) On en distingue deux degrés, suivant que le son de l'e est plus ou moins

ouvert : dans le premier cas, on l'appelle /J=^ a-"^' inclinaison pure, et on l'indique pur deux points rouges placés audessus de Vélif et un kesra, aussi en encre rouge, placé audessous de la consonne précédente; dans le second cas, elle

(4) C'est ainsi que Vimalih ou inclinaison est défini par un grammairien arabe :

'i^y\ '^ ^^'^j »^r?^' uSiZ 'Js:^' J^ \9 ïiU'ill

« L'inclinaison consiste à détourner Vélif v&ts le ya, et le fatha vers le kesra. » Man. ar. de Saint-Germain-des-Prés. n» 465,

est appelée v^ v^ aJL»! inclinaison entre deux; la manière de l'indiquer est la même, si ce n'est qu'au lieu de deux points rouges sur l'éli/", on n'en met qu'un seul. Ainsi, avec Vinclinai-

son, les mots ^/^lQ= , ^^y ,^!3-M et ^,lljJt doivent être prononcés kaifirouna, mousei, eddeirou et enneisou. (D

82. X Outre les voyelles représentées par les signes graphiques que nous avons fait connaître, les Arabes font quelquefois, surtout dans la lecture de l'Alcoran, entendre légè-

rement des voyelles qu'ils appellent . wlXsr* escamotées, parce qu'elles passent dans un temps très rapide et presque imperceptible. Cette prononciation n'a lieu que pour le dhamma et le

(1) Je possède un beau manuscrit africain de l'Alcoran dans lequel la prononciation nommée imalèh est indiquée par l'omission du fatha, auquel on substitue un point rouge sous la consonne.

Les poètes persans font souvent usage de Vimaléh dans certains mots arabes ;

mais alors ils substituent un ^ à Vélif; ils écrivent ainsi >— ^s^j pour w''-5i , et '»^;j^c pour wi-*c. Ils prononcent aussi, par suite de l'imo/èft, (>*j| au

lieu de ^l} \ ^'^j* et g-»^ au lieu de j-^j» et j-»»^ . Voyez M. Lnms-

den, o Grammar of the persian langtmge, 1. 1, p. 138, et le Secander -nanùh, de Nizami, édition de Calcutta, p. 63.

C'est sans doute aussi parce que l' imalèh était d'un usage fréquent chez les Arabes d'Afrique et d'Espagne que ces derniers, écrivant l'espagnol en caractères arabes, employaient toujours le (alha suivi d'un éU( pour rendre la voyelle

e, tandis qu'ils rendaient la voyelle a par le fatha seulement. Exemple : ^^

^j^L^ lot cielot, et iry-^ iT^ las tierras.

De même, dans l'idiome maltais, beaucoup de mots qui s'écrivent en arabe par un fatha suivi d'un élif àe prolongation, comme ^2 /( fut, , ^ ' — ^J ' les hommes, ï-J J*— ' trois, j»-w parole, se prononcent en faisant entendre, au lieu

d'un a long, une voyelle qui n'est ni un e ni un i, mais qui tient le milieu entre l'un et l'autre. Voyez M. Michelantonio Vassali, Grammatica délia lingiM maltese; Malte, 1827, p. 3.

Les règles qui déterminent les cas où Vimalèh doit avoir lieu sont nombreuses et compliquées ; on en peut négliger la connaissance sans aucun inconvénient. On les trouve exposées dans mon Anthologie grammaticale arabe, p. 103, 3â2 et sniv. et 345.

kesra, et l'on en distingue deux degrés, l'un plus léger, l'autre un peu plus sensible : le premier se nomme >'*i' , et le second ^jj . Dans celui qu'on nomme *Uii , la voyelle est si peu sensible qu'elle ne compte pour rien dans la poésie. Il n'en est pas de même du degré nommé *^. : ici la voyelle est prononcée sensiblement, quoique d'une manière très brève, et l'on en tient compte dans la prosodie.'*'

(1) L'auteur du Kamous dit au sujet de Visehmam:

« Le verbe aschamma, employé en parlant des lettres, signifie leur donner une « légère teinte du dhamma ou du kesra, en sorte toutefois qu'on n'entende pas «ces voyelles, qu'on n'en tienne aucun compte et qu'elles n'altèrent en rien la « valeur prosodique. »

Il définit ainsi le raum :

«.**mJ '■■^■'J' j\Aiijl y^ ji=s] J», SU^isr' kAi^lS.sr' ASrSy;:^ C^J 'It'

« Raum ou roum, motion (ou voyelle) escamotée, presque inaperçue : elle est « plus distincte que Vnchmam,, parce qu'on l'entend. »

Gomme cette matière est presque inconnue, je transcrirai ici les textes de Djewhari relatifs à ce sujet, et j'en donnerai la traduction. Voici d'abord ce qu'il dit du '; j raum :

»/ ^y^ iiUxs:'' diAkJjisr' llj^ ^9 ^\3'^^^ Vj^s^ v3-^' Ï^J^' fjj

J^ ^ ..rsé ^^ 'W* ^ ï--lïi' ^^'^

^^^ o-i! ^! ^y ^Uj 'iy^ jijLij JU>.I ^j jl I

J->^' c)' J->^- ^J i-^'' ^^. y»'vl ^c^' ^;rî' j'-^j .Hr- ^.:^ '-^.5 ^)■:^' <Jf^ K^ ^^t j' t::^ J^ J^-?-" 3 j-^^^^*-^'

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