CHAPITRE IV
Des syllabes et des signes orthographiques
83. On dislingue ordinairement les syllabes en syllabes simples et syllabes composées. On entend par syllabes simples celles qui ne consistent qu'en un seul son, comme a dans le mot amour, ou en une articulation suivie d'un son, comme fa
^v^Lj! ^ «.^ ^J/>J ,^1->^I '3-» ^ij-l-^ '^ ^'^ A^ ^y^'i '-^
« Ce dont Sibawaïhi fait mention sous le nom de raum, en fait de voyelles, « c'est une voyelle escamotée et devenue presque insensible, pour produire une « sorte d'allégement [dans la prononciation]. Le raum est plus distincte que « Vischmam, parce que dans le raum la voyelle se fait entendre et conserve la « valeur prosodique d'une voyelle, quoiqu'elle soit escamotée. Il en est de cela « comme du hamza qu'on appelle entre-deux, comme dans ce vers :
« Quoi donci si l'on bride les chameaux, si des voisins s'éloignent, si le cor- « beau, présage du départ, fait entendre ses cris, est-ce que tu seras attristé f
« Les mots jJ ,.,' ' forment le pied faoulon (— ), et il n'est pas
«possible d'en rendre quiescent le din (c'est-à-dire la seconde lettre). La
« même chose a lieu dans ce passage de l'Alcoran : lO'-'^ /•&•»' > dans l'opinion
« des lecteurs qui rendent presque insensible [ le dhamma du mot j^ ] ; c'est « seulement alors une voyelle escamotée; mais il n'est pas possible que le j de i-j^^ soit quiescent, puisqu'il est précédé d'un 5 quiescent; car si l'on admet- « tait cela, il en résulterait, dans le discours continu [c'est-à-dire hors le cas de « pause] , la réunion de deux lettres quiescentes, sans qu'elles soient précédées « d'une lettre faible, cliose qui n'est admise dans aucun des dialectes arabes.
« La même chose a lieu encore dans cet autre texte de l'Alcoran : ^J^ ^'
djS^j] u}j; , et dans celui-ci : ,^-H^ ^ i^'> ainsi que dans cet autre:
dans le mot fatal. On appelle syllabe co^nposée celle qui réunit plusieurs articulations à un son, comme dans les mots bras, trop, ou dans les mots latins scribere,sternere,pro, etc.
84. Cette doctrine sur la distinction des syllabes simples et composées n'est pas exactement vraie : on ne doit pas donner le nom de syllabe à un son simple et qui n'est pas articulé, ce nom venant d'un mot grec qui signifie réunion de plusieurs
« |^yy.a3rjj [si l'on suit l'opinion des lecteurs qui prononcent ç-Hi pour
<c édition de Hinckelmann], et dans d'autres semblables. 11 ne faut point avoir
« égard à l'opinion des lecteurs, qui prétendent que le j [de j'-«S'' i y^ ] est « inséré [dans la consonne suivante] , et ainsi des cas semblables; car ils ne sau- « raient fournir d'exemples sur ce sujet. Quant a ceux qui admettent la réunion « de deux lettres quiescentes, dans des cas où il ne saurait y avoir lieu d'esca- « moter une voyelle, ils sont dans l'erreur. C'est ce que fait Hamza dans ce
« texte : !ycUj«l l^j ( Alcoran, sur. 18, vers. 96, où 11 lit, par manière d'inser
t tion : I yclL-,' ) , car, le sin de la forme J-*iJu.' ne peut, en aucun cas, rece- « voir une voyelle. »
Quant à Vischmam, voici comment Djewhari s'exprime :
l^àjtiJ iSj::». L^ -J-J^;'' "^j AJi.i»'i ïSjx'. ^^'^ 'v'j /''r**^ ^ '^'^
» Faire l'isc/imam d'une lettre, c'est lui donner une légère odeur (intonation) « du dhamma ou du kesra : Vischmam est moins distincte que le rauin ; car, dans « Vischmam, la voyelle ne se fait pas entendre et on ne la reconnaît qu'iju mou- « vement de la lèvre; elle est si faible qu'on n'en tient pas compte comme « d'une voyelle' et que la lettre sur laquelle tombe Vischrnam est quiescente ou « quasi-guiescente. C'est ce qui a lieu dans ce vers d'un poète :
éléments de la parole.^ Le son articulé (n" 1) forme seul une véritable syllabe; mais il faut observer que, dans un son articulé, Parliculation précède toujours le son. Cela ne peut être autrement, puisque rarlicuiation dépend d'une certaine disposition des parties mobiles de l'organe, et que ces parties, disposées d'une manière convenable, ne sont mises en jeu que par l'émission de l'air qui leur fait violence pour s'échapper et pour former un son. De là il suit que toute articulation doit être suivie d'un son, et que, par conséquent, il ne peut y avoir plusieurs consonnes de suite sans l'interposition d'une voyelle.
85. Mais on peut distinguer les syllabes en syllabes naturelles et syllabes artificielles. La syllabe naturelle est toujours formée d'une articulation et d'un son, soit que ce son soit exprimé dans l'écriture par une voyelle, soit qu'aucun signe ne le représente. La syllabe artificielle offre véritablement deux ou même trois syllabes; mais une ou deux de ces syllabes n'ayant pour voyelle qu'un son faible et que l'on passe dans un temps presque inappréciable, on a en général négligé de
« Toutes les fois que je dors, le muletier ne me réveille pas durant la nuit, et je « n'entends point les clochettes des bêtes de charge.
« Dans ce vers, dit Sibawaïhi, les Arabes donnent au kaf [in mot ^'jj-i] « une légère odeur du dhamma; mais si l'on y comptait Vischmam pour une
t voyelle, le vers serait détruit, et le pied, composé des syllabes ^j^' ^j ,
« deviendrait un moutéfaïlon ( w w w ), pied qui n'a lieu que dans le « mètre appelé camil. tandis que ce vers-ci appartient au mètre nommé redjz. »
(1)11 est étonnant que, dans le Dictionnaire de l'Académie française, on a,ii défini une syllabe : tme voyelle, ou seule, oti jointe à d'autres lettres qui se prononcent par une seule émission de voix. A la vérité, d'après l'analyse que nous avons donnée (n»' i et 30) des deux parties qu'on doit distinguer dans chaque son, on pourrait dire que toute voyelle constitue une syllabe. Mais ce n'est pas ainsi qu'on entend communément la dénomination de syllabe. D'ailleurs, en donnant ce sens au mot syllabe, il faudrait distinguer, dans toute syllabe simple, trois éléments divers ; 1» l'émission de l'air fourni par la poitrine; 2» sa vocalisation ou la modification qui en fait une voyelle déterminée; 3° l'articulation.
l'exprimer dans l'écriture. Les Hébreux cependant, les Éthiopiens et d'autres peuples représentent toujours ce son par une voyelle brève : c'est cette voyelle que les Hébreux nomment schéva. Ce son est celui de notre e muet, que nous faisons à peine entendre dans la prononciation commune, lors même que nous ne l'omettons pas dans l'écriture. C'est ainsi que nous prononçons que dites-vous, se traîner, en faisant à peine entendre l'e final des mots que, dites ei se : k' dit' vous, s' traîner. Oa doit reconnaître la présence de cetW voyelle très brève lors môme qu'elle n'est pas écrite, comme dans les mots soupçon, victoire, bride, scrupule, que l'on devrait épeler sou-pe-çon, vi-que-toi-re, be-ri-de, se-que-ru-pu-le. Ce son bref est beaucoup moins sensible quand la seconde des deux consonnes ainsi jointes est un l ou un r; ainsi, on le sent moins dans Cléon que dans Ctésias, dans Priam que dans Ptolémée.
86. Dans le système d'écriture des Arabes, on ne peut pas représenter un son simple par une seule voyelle, comme nous le faisons en français en écrivant a, o, i, car les voyelles arabes n'entrent point dans la série des lettres; elles doivent être nécessairement placées au-dessus ou au-dessous d'une consonne qui leur sert, pour ainsi dire, de support. Lors donc
qu'on veut peindre un son simple, on se sert de l'é/t/hamzé î, auquel on joint la voyelle représentative du son, en cette ma-
nière : t, t et I; en épelant l'arabe, on dirait, dans ce cas, élif
hamxé, fatha : a; élifhamzé, kesra : i, etc. C'est à peu près ainsi qu'en épelant les mots haleine, honneur , humanité , nous disons ache, a : a; ache, o : o; etc., quoique, dans ces mots, Vk n'étant point aspirée, n'influe en aucune manière sur la prononciation. Toutefois, ainsi que je l'ai déjà dit (n» 30), Vélifou plutôt le hamxa n'est pas ici un signe nu et dénué de tout objet réel,
comme l'est Vh dans les mois français que j'ai donnés pour exemples.
87. La syllabe naturelle est formée d'une consonne et de la voyelle attachée à cette consonne, à laquelle il faut joindre les lettres t, ^ ou ^ lorsqu'elles ne servent qu'à prolonger le son (no 68), comme dans , , bi, y bou.
88. La syllabe artificielle est formée d'une consonne, de la voyelle attachée à cette consonne et d'une autre consonne qui ne porte aucune voyelle, mais un signe nommé djezma, comme ^ min.
DU DJEZ.MA
89. Le djezma (}-=?■ est ainsi nommé parce qu'il sépare la syllabe artificielle à la fin de laquelle il se trouve de la syllabe suivante. Son nom signifie séparation, césure. On le nomme
aussi ij.\«, c'est-à-dire j-epos.O H se place au-dessus de la
lettre et se figure ainsi ( '^ '' ), comme dans le mot jjij! ok-od.
90. 7 Je n'ai remarqué dans les manuscrits coufiques aucun signe qui réponde au djezma.
91. Par ce que nous avons dit précédemment (nos 83 et 8'j) sur la nature des syllabes, on voit que le djezma peut être considéré comme le signe d'une voyelle très brève; il répond au scliéva quiescent des grammairiens hébreux, ainsi qu'à leurs autres voyelles très brèves, telles que le haièf-patah, le ha(è/'-ségol, etc., et à la sixième voyelle de l'alphabet éthiopien. On trouve un signe qui a quelque analogie avec le djezma dans l'écriture des Russes : ce signe, qui est nommé yer et qui prend deux formes qui ne diffèrent l'une de l'autre que par leur grandeur relative, se place dans la série des lettres. On peut le
(1) Suivant .Metoscita, le djezma se nomme aussi ^— ft-3j {Grammat. arab. Meloscitœ; Rom.. 1624, p. 23); mais cela n'est pas exact (n» 73).
comparer, avec quelque restriction, ainsi que le djezma arabe, à notre e muet.
02. Lorsqu'une consonne marquée d'un djezma est suivie d'un son simple, c'esl-à-dire d'un éiif hAmzé mù par une voyelle, il ne faut pas joindre le son avec la consonne qui le précède, mais il faut le prononcer comme s'il y avait, après
cette consonne, un e très bref: ainsi les mots ^i e^s , ju.j ,
ll-«i- doivent être prononcés kar-ânon, yés-alou, .tchéy-an, et non pas ko-rânon,yé-salou,sché-yan.
93. Suivant plusieurs grammairiens, quand une lettre djezmée est suivie immédiatement d'un élifhamzé, soit que cet éli/"
soit Jw5j.'' 'ij4.» ou «.LïJ! sj.*» (n" 133), on peut transporter sur
la lettre djezmée la voyelle de hamza et supprimer tout à fait Vélif, et cela a également lieu, soit que la lettre djezmée et Vélif\\&m7.é appartiennent à un même mot ou à deux mots différents. C'est ainsi qu'on écrit ^j>^ et ^^j pour ^\j> et ^Kj ;
et l'on peut écrire de même J^j et J*^V pour J'.*»; et JL^'. On peut écrire aussi j, ^fj=, ^ ^^ , <r'j i-s et «ji' ^/», au lieu
de ^1 ^, vj' ^^/, -arii] ji et «-vJ'l ^^ . Parla même raison,
on peut écrire ^:^! et jLiiJl pour ^?-"i! I et jUWl.Dans ce dernier cas, on peut, suivant quelques grammairiens, re-
trancher Vélif de l'article J ! , et écrire j^ . W
94. ^ La comparaison que j'ai faite du djezma avec le hatè/"paiah et les autres voyelles très brèves des Hébreux (no 91) est d'autant plus juste que, quand une lettre fortement aspirée ou d'une prononciation très gutturale se trouve marquée d'un djezma, il est impossible de faire sentir l'articulation de cette lettre sans répéter, après cette articulation, la voyelle qui la
(1) Voyez le Commentaire sur VAIfiyya (manuscrit arabe de la Bibl. du Roi, n« 1234).
précède, ou une voyelle brève ; c'est ce que l'on éprouvera en prononçant avec attention les mots ^1^ , >,r,^i9 , j.xi , o^a^j.;», ^L'^^et^i3!.
05. V La syllabe artificielle des Arabes n'est jamais composée de deux consonnes qui se suivent immédiatement sans une voyelle intermédiaire, comme dans la première syllabe du mot français statue. Dans les mots dirivés du grec ou d'autres langues étrangères, que les Arabes ont introduits dans leur langue, et au commencement desquels il se trouve deux consonnes de suite, ils ajoutent, avant la première de ces consonnes, un ! mù le plus souvent par un kesra. C'est ainsi que
du mot grec xXîjjia, climat, ils ont fait le mot ^ist; nous avons
formé de même les mots esprit et écrire, autrefois escrire, des mots latins spiritus et scribere. Suivant la même analogie, les Italiens disent in ispirito au lieu de in spirito. Dans le même but, mais par un procédé différent, pour rendre les mots espagnols gran, très, travajo, les Arabes écrivaient ^ara«, teres, taravajo, etc. Cl
96. f C'est par la même raison que, dans la prononciation vulgaire, où la voyelle de la première syllabe d'un mot est souvent supprimée, on ajoute au commencement de ce mot un t avec un kesra, lettre qui ne s'écrit pas, mais qui se prononce.
Ainsi, au lieu de tjlVLiJ', on supprime le fatlia du o-, et l'on
prononce etkâialou ; au lieu de ^~x^ji.\ on prononce eikar-
rabna, comme si ces mots étaient écrits IJVUlVI et Uj^iG'!. Ou
prononce de même embârak C-^U'"' pour Oj'-v, dans ces
phrases, par exemple : vj>LfE U ^^Xy^ embûrak ma amelt,e[ i^^L^v U v.^'^.Lv' embârak ma ffiakj'^) Ajoutez encore cet
(1) Voyez Notices et extraits des manuscrits de la Bibl.du iîo/,toine V'I, p.64i.
(2) Anton, ab Aqnilâ, Arab. ling. noiœ et methoi. Institut., p. 33 et ^Xi. Voyez encore un exemple de la même prononciation dans le Voyane de
M.Sonnini en Ëyy/jfc, tome III, p. 313 el 342. Dans le Dictionnaire, publié par
exemple : ^UOI !j.» ^^*■^' l^e Ion prononce vulgairement elmen hadha elketab. (')
G7. t Dans les manuscrits africains de TAlcoran, le djezma est ordinairement de couleur bleue. Les Arabes d'Afrique le figurent ainsi ("). Quelquefois ils le placent entre les lettres et les points diacritiques supérieurs (n" 78).
08. Lorsqu'une lettre est accompagnée d'une voyelle, il faut toujours prononcer la lettre la première. Ainsi, ^, doit être prononcé 6«,el non pas nb.
99. 7 Une lettre articulée avec une voyelle se nomme 'iJ>j.s:^, c est-a-dire >nue, mise en mouvement ; ce qui exprmie très bien le mécanisme de la prononciation. Si elle est mue
fi y f i, y
par un fatha, on la nomme X^^yù/; quand elle est mue par un
kesra, on la nomme b,^*w\^, et A/>.*^y si elle est mue par un dhamma.
100. Y Une lettre marquée d'un djezma se nomme 'iSS^l,, c'esi-à-(]ire en repos ou quiescente. J'emploierai souvent le mot djezmée.
101. •]■ 11 ne peut pas ordinairement y avoir deux lettres quiescentes de suite dans les mots arabes, ni une letti'e de
prolongation suivie d'une lettre djezmée ; ainsi l'on ne doit pas
écru'e Jy, ^~w, et, quand cette rencontre doit avoir lieu en suivant les règles ordinaires de la grammaire, on supprime, pour l'éviter, la lettre de prolongation et l'on écrit j-ï, y^. On verra beaucoup d'exemples de l'application de cette règle, qui toutefois est sujette à un assez grand nombre d'exceptions que fera connaître la partie étymologique de la grammaire.
M. Vassali, de la langue maltaise, qui n'est qu'un arabe coiTompu, une apostrophe Indique cette petite voyelle, comme dans 'mbeyyen , qui est l'arabe
^j^ I 'ntasab,qni est l'arabe s,-«v;l .
(1) Ànluii.ab Ainiilû,\\.'iM.
ET DE I/i-rKITlRE ôl
102. 7 Donner à chaque lettre le signe de ia voyelle qui lui convient, ou le djezma, s'appelle en arabe LUil fixation.
103. 7 Priver une lettre du signe de la voyelle qui lui convient, ou du djezma, se nomme ^i^t.i'^- omission.
104. Le 5 et le ^ servant de lettres de prolongation (no 68) ne doivent pas être marqués d'un djez-ma, non plus que Yélif bref ou le ^ qui le remplace (n" 73) : ainsi, l'on doit écrire HyLo et non ï^-<r, V; ou «'•j'i et non aS., vil' et non JcîM. Il faut bien distinguer le ; et le ^ de prolongation des mêmes lettres djezmées. O
105. Lorsque le ^ et le ^ sont marqués d'un djez}na,\\s doivent conserver leur valeur dans la prononciation. Le j , dans ce cas, forme une diphtongue avec la voyelle qui le précède.
(l) Suivant la Grammaire des Maronites, les Arabes se servent assez ordinairement du même mot ^^-^^•»' quiescent, ou ^j-^ repos, pour indiquer les . lettres affectées d'un djezma et celles qui servent à prolonger le son. Mais ils regardent Vélif marqué d'un hamza el d'un djezma comme simplement quies-
cent, comme dans ^;^f, et celui qui est quiesccnt après un (atha sans ham.za ni djezma comme doublement quiescenl. 11 eu est de même de Vdlif qui suit
souvent lej quiescenl à la fin des mots, comme dans '•j'^'- Le^ et le ^, quiescents après un fatha et affectés d'un djezma sont simplement quiescents
comme dans -«^'J , . ^jà, j.O . Le ^ précédé d'un dhnmma et le ^ précédé
d'un kesra sont doublement quiescents, pourvu, néanmoins, qu'ils ne tiennent pas lieu d'un ' et ne soient pas affectés d'un djezma et d'un hamza, comme
dans ^j^ > j-^ ; ce que je dis par analogie, ne l'ayant pas trouvé dans la
Grammaire des Maronites. On peut regarder, en général, par rapport aux lettres ' > j et ^ , le djezma comme le signe d'un simple repos, c'est-à-dire d'une syllabe composée. et l'absence du djezmn comme celui du double repos ou de la nullité de la lettre, qui tout au plus sert, en ce cas, à allonger la voyelle qui la précède. Vélif de l'article J' , ou, pour mieux dire, tout élif d'union, quand l'union a lieu, est doublement quiescent. (Gramm. arnh. Mnron., p. 21.)
Je rejette ceci en note, parce que je n'ai point rencontré de traces de cette distinction dans les grammairiens arabes que j'ai consultés.
Ex. : fy. , prononcez yaou-mon. Le ^ , dans le même cas, conserve son articulation et doit se prononcer avec la voyelle qui le précède comme on prononce les lettres il dans les mots ail,
orteil, pot à oille, mais beaucoup moins fortement. Ex. : ^X-;} , prononcez ay-di ou ail-di. Quelques grammairiens appliquent spécialement, dans ce cas-là, aux lettres . et ^, formant avec les voyelles qui les précèdent une diphtongue, la dénomination de lettres douces ^^Ut ^^j=>- (no 58). Dans le langage
vulgaire, le j quiescent, après un fatha, se prononce le plus souvent comme notre au, et le ^, dans le même cas, comme notre ê. Ex. : fj\, c:.^^! ; on prononce vulgairement youm, ansétou, ou plutôt ansét.
106. C'est ici le lieu de remarquer que le j ne représente pas véritablement une articulation. Prononcé à la manière des Arabes, et non comme le prononcent les Turcs et les Persans, il forme réellement une diphtongue avec la voyelle qui le suit; car la diphtongue n'est autre chose que la réunion de deux sons prononcés rapidement, en sorte que l'on en aperçoit à peine la distinction. Telles sont, en français, les diphtongues des mots oui, dieu, ciel. Il en est de même dans les mots arabes jjlj, jJ^; prononcez ouà-li-don, oué-lè-don,
DU TESCHDID
107. Lorsqu'une consonne doit être redoublée dans la prononciation, sans l'interposition d'aucune voyelle écrite, les Arabes ne doublent pas la figure de la lettre, mais ils emploient
un signe nommé J.p.iu' , c'est-à-dire corroboration, ou ^>:ÀJLj , aggravation. Ce signe, (orme ainsi ( " ), se place au-dessus de la lettre qui doit être doublée; ex. :^S rfaèiara. Dans quelques manuscrits coufiques, le teschdid est placé indifféremment audessus ou au-dessous de la consonne à laquelle il appartient. Je crois qu'il n'a été placé qu'après coup dans les manuscrits
couflques où il se trouve. Chez les Arabes d'Afrique, il est formé ordinairement ainsi (a) ou ainsi (V) et se place audessus ou au-dessous de la lettre, comme la voyelle qui l'accompagne. Dans les manuscrits africains de l'Alcoran,!! est, ainsi que le djesma, peint en bleu. La figure du teschdid est un
petit fU , abréviation du mot x>xt' fort, ou du mot Bj>.i, force, qui est le nom que les Africains lui donnent.
108. Cette réunion de deux lettres en une seule, par le moyen du leschdid, est nommée en arabe (.U^l, ce qui signifie tnseWio«, parce qu'on insère la première des deux lettres dans la seconde : de ces deux lettres, la première est toujours quiescente.C)
109. t La lettre affectée d'un teschdid se nomme, en arabe, 'i^Xij.f fortifiée, ou bien iSs^l ou iJSJw alourdie. L'absence du teschdid se désigne par le mot ^^^' allégemettt, et la lettre privée de ce redoublement se nomme liii:^ allégée.
110. Le teschdid peut avoir lieu sur toutes les lettres, même
sur Vélif hamzé. On écrit, par exemple, ^}\'^ marchand de
perles, , y,", marchand de têtes de moutons ou autres animaux; mais le vulgaire prononce /rljj- C'est comme si l'on écrivait / ,.^!1!.; c'est ainsi que . '-.«ai est pour . La^; . <-'
(1) Suivant le système des grammairiens arabes, la prononciation indiquée par le teschdid n'est pas tout à fait la m(?me cliose que celle qui résulterait de la réduplication de la même lettre, la première des deux étant djezmée. Ainsi,
*^\ différerait de *^' ; le premier serait al-lahou, et le second a-Uahou. Car,
d'après l'opinion de ces grammairiens, par l'effet de l'insertion A^^' et du teschdid, la consonne djezmée disparait tout à fait et la lettre qui reçoit le teschdid est plutôt articulée avec énergie que doublée.
(2) Il parait, par quelques passages d'anciens grammairien'-, que les Latins ont eu autrefois un signe destiné au même usage que le leschdid des Arabes et qui se plaçait de même sur la consonne qui devait être doublée dans la prononciation ; ils nommaient ce signe siciliens.