IV - DES CONJONCTIONS
1196. L'usage des conjonctions est de lier plusieurs mots qui appartiennent à une même partie d'une seule proposition, ou d'unir plusieurs propositions, et d'indiquer en même temps la nature du rapport qui est entre ces propositions. Ce rapport peut être de conséquence, d'opposition, d'alternative, etc. Toutes les conjonctions renferment donc primitivement l'idée de la liaison exprimée par la conjonction et, et, outre cela, celle d'un rapport particulier. ")
1197. Parmi les conjonctions, les unes sont nommées par
les Arabes ^—i-UJ \ ^ ïjj^ ou LLLUJ ! ^^yS- 1, ce qui peut
être rendu, quoique improprement, par con/owc^ions; d'autres, iJjiiJ Ij L^liuJ ! ^^ sj »^ \ particules assimilées au verbe, ce qui
n'est fondé que sur leur forme; d'autres, Js^-iJ ! ^^j^ particules conditionnelles; d'autres, enfin, J^-li^ ! i^ ^^j^^ particules
caMsa/es. Quelques conjonctions ont encore des dénominations particulières. Sous plusieurs de ces dénominations les Arabes comprennent des particules qui ne sont pas proprement des conjonctions, mais qui, dans la réalité, sont des adverbes conjonctifs ou des prépositions.
1198. Des deux portions du discours qui sont unies par les particules nommées >à-is-*J t ^j^s>.,\a. seconde, qui vient
après la conjonction, se nomme ^j^ojlJ !, çt la première, ou celle qui précède la conjonction, s'appelle *-!= ^Js*J !. Mais comme, chez les grammairiens arabes, c'est surtout l'influence des particules sur les formes ou désinences grammaticales des noms et des verbes qui décide de la catégorie à laquelle elles
(1) Voyez, sur la nature des conjonctions et sur leurs divers usages, mes Principes de grammaire générale, 2* édit., p. 91 et suivantes.
appartiennent, et que toutes les expressions techniques se rapportent à l'analyse ^rajMmahca/e, qu'ils nomment '-^Uc', il faut bien se garder d'appliquer ces dénominations à un système plus conforme à la métaphysique des langues, système dans lequel les mots sont classés à raison de leur nature et des idées qu'ils expriment. De la manière de voir des grammairiens arabes, il résulte qu'ils considèrent l'adverbe négatif^ noti, dans certains cas, comme une conjonction s ila»3 \ ^ ^.^,
ce qui est conséquent dans leur système, mais contraire à la nature des choses. '"
1109. Outre les conjonctions proprement dites, il y a un grand nombre de mots dans lesquels une conjonction estjointe à une préposition, ou qui réunissent la valeur d'une préposition ou
d'unadverbe à celle d'une conjonction. Tels sont •."jli'cowmesij
à la lettre comme que; ,^ et ",^ afin que; J^li et en effet ; SLi
afin que; -Î^J et -i^™ '^fi'^ que... ne, pour que... ne; ,lj bien que,
quoique; -»', L=.J, JJ sinon, si ce n'est ;ù. quand bien même; -31 afin que... ne.
1200. Il en est des conjonctions comme des adverbes (n''1121); c'est proprement au dictionnaire et à l'usage à les faire connaître et à en enseigner les différentes significations. Néanmoins, nous indiquerons ici les plus usitées, et nous y joindrons quelques observations; mais nous devons d'abord parler des particules préfixes ^ et j, qui appartiennent à la classe des conjonctions ^W ! , j j^ (n" 1197).
1201. ^ conjonction, ^Jax) I ^j=^, sert le plus communément :
1" A, joindre deux propositions. Elle n'indique pas ordinairement une simple liaison entre les deux propositions qu'elle unit : elle fait connaître encore que la seconde proposition dépend de la première, comme une conséquence. Cette dépen-
(1) Voyez là-dessus mon Anlliologfé grammaticale arabe, p. 274.
dance est plus ou moins forte; quelquefois, elle est à peine sensible. De là, il résulte qu'on doit rendre cette conjonction par des expressions différentes et propres à indiquer ces diverses nuances, telles que et, mais, en ce cas-là, en conséquence, etc. Exemple :
Une gazelle un jour eut soif: en conséquence, e//e vint à une source d'eau pourboire; puis elle vit son image dans l'eau, et par suite de cela elle fut attristée, à cause delà maigreur de ses jambes;
2° La conjonction ^ ^ est employée très souvent, préférable-
ment à la simple conjonction j, pour indiquer que le sujet de la proposition qui va suivre n'est pas le même que celui de la proposition précédente. C'est une observation très importante, parce qu'elle sert à prévenir les erreurs qui pourraient naître de l'usage où sont les Arabes de ne pas déterminer toujours avec précision le sujet, d'où résulte une sorte d'amphibologie;
30 Quelquefois cette conjonction signifie en sorte que, de peur que, car , ce qui se reconnaît à ce que, dans ce cas, elle met l'aoriste au mode subjonctif. On verra, dans la Syntaxe, quelles sont les conditions requises pour que celte conjonction exige après elle le verbe au mode subjonctif. Exemples:
Ne volez point, de peur que le sultan ne votis fasse mourir.
jjjli ^jL!isl 3 >jJJl1j! c-^jJ
Donne-moi ta fille en mariage, \}0\iV quej'arraiige tes affaires.
N'approchez point de cet arbre, de peur que vous ne soyez, ou car vous seriez alors du nombi^e des impies.
1202. Cette conjonction a encore un autre usage pour ic
moins aussi fréquent : c'est de servir de lien entre les différents membres d'une proposition, ou de réunir différentes propositions en indiquant entre elles un rapport, soit de cause et d'effet, soit de conséquence ou de condition, ce qui a lieu surtout lorsque quelques-unes des parties constitutives de la proposition se trouvent déplacées par une inversion. Par là elle sert à donner de l'emphase ou de l'énergie au discours; et quoiqu'on ne puisse pas toujours la traduire littéralement, on peut en rendre la valeur par diverses locutions qui en sont l'équivalent, suivant la nature de la proposition. Exemples :
aIIï. J' ! ^ J lé bîj c, l) ySi lk,to! i^Ls
Mais pour celui qui sera contraint à le faire par nécessité, et [qui ne le fera pas] par un esprit de révolte et de prévarication, celui-là ne seracoupable d'aucun péché.
De quelque lieu que tu sortes, tourne toujours ton visage du côté de la mosquée inviolable .
Mais si vous ne le faites pas, et assurétnent vous ne le ferez pas, en ce ca'S,, craignez le feu qui a été préparé pour les incrédules!
Quant à ceux qui suivront ma direction, ceux-là n'auront aucun sujet de crainte.
Et moi, craignez-moi donc (c'est-à-dire mais moi, je suis celui que vous devez craindre).
Car ceux qui auront été Juifs, et les Chrétiens, et les Sabéens,
ioui homme qui croira en Dieu et au jour de la résurrection, et qui fera de bonnes œuvres, tous ceux-là trouveront leur récompense auprès de leur Seigneur.
1203. Cet emploi de la particule ^ est surtout nécessaire quand, au commencement de la proposition ou de la phrase^ on a fait usage de li*', particule discrétive qui signifie quant à, ou lorsque, en l'absence môme de cette particule, le discours en renferme le sens. C'est fréquemment la particule ^ ellemême qui remplace U!, comme on le verra dans les exemples suivants, qui rendront sensible ce que je dis ici :
rtii ii^;L û\ i:^;^: 0 , S\ i^:^ ^ik disT ^^u ^i v^ u
ilies enfants, Vhom.me qui vil ici bas cherche trois choses qu'il ne saurait obtenir qu'au moyen de quatre autres choses. Quant aux trois qu'il cherche, ce sont : l'aisance dans la fortune, un rang dans le monde et des provisions pour la vie future ; et quant aux quatre dont il a besoin pour obtenir ces trois là, c'eSt d'abord d'acquérir des richesses par les voies les plus honnêtes que faire se puisse, ensuite, etc.
Z)îeM ne rougit pas de proposer une parabole quelconque, comme un cousin et une chose supérieure à cela en petitesse. Et quant A ceux qui ont cru, ceux-ci savent que c'est la vérité qui vient de leur Seigneur ; mais pour ceux qui ont été incrédules, ceux-là disent: Qu'a donc prétendu Dieu, en se servant d'une chose comme celle-ci pour parabole?
En général, cet emploi de la particule ^ exige que les propositions qui sont liées par son intervention puissent être ramenées à deux propositions corrélatives jointes par une condition. Par cette raison on ne doit pas interposer ^ entre un
simple sujet et son attribut et dire, par exemple, *JULi Jj :. H)
1204. Puisque c'est l'idée plus ou moins explicite de condition qui attire la particule ^, comme le lien qui unit les deux propositions corrélatives, il est naturel qu'elle se trouve d'ordinaire à la suite de la conjonction .! et en tête de la seconde proposition. Si, cependant, dans une proposition verbale, le verbe est au prétérit avec la valeur temporelle du futur, il ne
faut pas introduire la conjonction », ^ en tête de la seconde
proposition. La raison en est, comme on le verra dans la Syntaxe, qu'elle détruirait l'influence qu'exerce la conjonction ',1 sur le prétérit,qu'elle convertit en futur, ce qu'il faut entendre non seulement de cette conjonction, mais de tous les mots qui
exercent la même influence conversive, comme L», ^, '-*J-^, etc. (no 40.3).
1205. I> a conjonction ^ji indique quelquefois une simple liaison entre deux propositions, ou même entre plusieurs mots qui appartiennent à la même partie d'une proposition; on doit alors la rendre simplement par et. Exemple :
Dieu ne rougit point de proposer une parabole quelconque,
(1) Voyez, sur cet usage de la conjonction \. j , mon Anthologie grammaticale
arabe, p. 181, 261 et 302; mon Commentaire sur les Séances de Hariri, séance
xsxHi', p. 366, à l'occasion de ces mots : .^^ ^— s-9 ^^j—^ '— ^ ' j ; le traité de grammaire intitulé >s:v) I j Ja-wjJ 1 , imprimé à Madras en 1820, p. 29.
Quelquefois on remplace ^ s par '-î' (Anthologie grammaticale arabe, p. 261
et 262).
comme un cousin et une chose supérieure à cela en petitesse .W
1206. ^ remplace aussi, quelquefois, la particule sLj, (n» 1103), ou plutôt indique l'ellipse de cette particule (no 1210), et alors cette conjonction gouverne le génitif. (2)
1207. j conjonction, ^^^^ I -^y^", indique ordinairement une simple liaison et signifie et. En général, la différence que les grammairiens arabes reconnaissent entre les conjonctions v^ et;, c'est que la première, outre la simple liaison, exprime encore l'ordre des choses ou des événements, ce que ne fait
(1) Il paraît que quelques grammairiens n'admettent pas cet emploi de la conjonction ^$ comme équivalant uniquement àj ; c'est ce qui résulte d'une observation de Hariri, rapportée dans mon Anthologie grammaticale arabe, p. S6, et relative à ces vers de la Moallaka d'Amrialkaïs :
Arrêtez [mes amit],versom des larmes au souvenir d'une amante, et de cette lente qui était dressée au pied d'une colline sablonneuse, entre Dakhoul et Haumal et Toudhih et Mikrat.
Suivant Hariri, le sens n'est pas entre Dakhoul et Haumal, auquel cas ^?
serait simplement synonyme de j , mais le poète a voulu dire ; dressée... entre (es divers lieux qui portent en commun le nom de Dakhoul, et à In suite desquels se trouve Haumal, elc; mais il faut avouer que cette explication est plus subtile que solide. Voyez ce que j'ai dit là-dessus dans l'ouvragç cité, p. 135.
(2) On trouve un exemple de la conjonction ^^3 'employée pour <-^% , dans le seizième vers delà ilfoaWafca d'Amrialkaïs, où on lit ^i-U^ pour -.l-ui>> v — >.;
et le commentateur remarque que les Arabes emploient souvent , j an lieu de
y, et J au lieu de v j • Voici ses expressions : j'^ ' ^ ^ ' ^^ J-V ^-^Z*"
iLD I jijjJ I w» J J-j'j.f^mrM(fteisi JMoa/taftafc^éd.de M.Hengstenberg,p.3i.) L'éditeur a imprimé ^-J-i*3, mais il faut lire
DU DÏSCÔURS Sfeo
pas la seconde. Ainsi, lorsque l'on dit jj-X^ Jj j ^'^, cela signifie que Zéid et Amrou sont venus chez moi, et qu'Amrou n'y est venu qu'après Zéid; si, au contraire, on dit Jjj ^»'-~>- /^j, cela signifie simplement que Zéid et Amrou sont venus me voir, sans indiquer l'ordre dans lequel ils sont venus.
La conjonction ^ renferme donc à peu près l'équivalent de l'adverbe 'J, que les grammairiens arabes classent ordinairement parmi les conjonclions.il y a cependant cette différence que 'J non seulement indique un ordre déterminé entre les événements successifs, mais suppose encore un intervalle dans leur succession.
1208. Il résulte de l'observation qui vient d'être faite, relativement à la différence qu'il y a entre les conjonctions ^ et j, que si l'on exprime, en parlant d'une personne ou d'une chose, diverses qualités ou actions qui ont lieu ou existent simultanément, comme si l'on disait de Zéid qu'il est grand, mince et pâle, il faudrait nécessairement faire usage de la conjonction j; mais, si l'on disait guil va le tnatin à la chasse, qu'il danse le soir et qu'il joue toute la nuit, il serait mieux de se servir de la conjonction ^.
1209. La particule j sert aussi aux formules de serment, comme aSJ IJ par Dieu /et alors elle est réellement préposition ; mais elle diffère des prépositions v) et ô-, employées toutes deux comme particules de serment, en ce que la particule w^ est d'un usage général. Au contraire, la conjonction j ne peut prendre pour complément qu'un nom, à l'exclusion des pronoms afiixes, et l'on ne peut pas en faire usage quand le verbe jurer est exprimé. Quant à la particule c^, elle ne se met guère que devant «ii I Dieu.
1210. La conjonction j s'emploie encore dans le sens de ^. (no 1103), et gouverne alors le génitif. Il serait peut-être plus
exact, en ce cas, de supposer qu'il y a ellipse de O.. On appelle alors cette conjonction O. jlj le waw de roubba.
1211. La particule j signifie quelquefois avec et indique, en ce cas, une simultanéité d'action: elle gouverne alors l'accusatif.On nomme lej, en ce cas, ïI^Ll«J I jtj waw de concomi-
tance, ou 'LxJ \ jtj waw de simultanéité, ou ^«-*^ ' ^^^ waw de réunion. Exemples :
L'eau se trouve d'égale hauteur avec la rive.
Quand Abraham élevait les fondements du temple avec Ismaël.
Qu'as-tu à faire avec Zéid?
Dans ce cas, il y a ellipse d'un verbe, et c'est pour cela que le nom suivant est à l'accusatif.
1212. La conjonction j exige quelquefois, comme ^ et dans les mêmes circonstances, que le verbe qui la suit soit mis au mode subjonctif de l'aoriste (n» 1201). Elle exige encore après elle le subjonctif, quand elle signifie la simultanéité de deux actions, comme dans cet exemple :
Ne mange pas du poisson en buvant en même temps dic lait. On verra en détail, dans la Syntaxe, les règles qui déterminent l'emploi du subjonctif après la conjonction j.
1213. Très souvent la conjonction j, placée au commencement d'une proposition, indique que cette proposition exprime une circonstance qui se rapporte au sujet ou à l'un des compléments de la proposition précédente : on la nomme, en ce
DÛ;DISCOORS 357
cas, JK ! jl^ le waw exprimant un terme circonstanciel d'état, et quelquefois ^S^'^ ! jlj le waw mi^ia/î/j c'est-à-dire indiquant le commencement d'une nouvelle proposition. Exemples : ^Lj jb^ jjj j.Ij Zéid se leva, et il pleurait.
Zéid le tua, tandis qu'il priait Dieu avec ferveur. On aurait pu dire, sous la forme adverbiale de j U., ^erwe circonstanciel d'état, IIT L> Xi \ >li et Jo ; il) ! ^t lc->ax^ àJJii.
1214. Si la proposition qui sert de terme circonstanciel d'état renferme un verbe, on peut substituer à la conjonction j l'adverbe J-3, et si le verbe est au prétérit, on peut dire --jj, en réunissant l'adverbe et la conjonction.
Dans tous ces cas, la conjonction ^ fait le môme effet que l'adverbe conjonclif de temps il.
'il'
1215. Quelquefois la conjonction j devant mdiquer un JUa.
terme circonstanciel d'état, est omise, et il faut la sous-entendre. Exemple:
On la trouve, lorsqu' il fait déjà grand jour [tandis que],rfes fragments de musc sont sur sa couche, livrée encore au sommeil et n'ayant point jusqu'à ce mo7nent quitté son déshabillé et attaché sa ceinture.
On sent que le poète aurait dû dire : C-w-*j.
1216. En général, devant les propositions optatives, il ne faut point mettre la conjonction j, parce que, de leur nature, ces propositions sont incidentes et indépendantes de ce qui précède et de ce qui suit. Exemple :
Les Juifs ont dit : La main de Dieu est liée. (Que leurs mains soient liées, et qu'ils soient maudits à cause de ce qu'ils ont diti) Loin de cela, les mains de Dieu sont étendues.
Si cependant l'absence de la conjonction pouvait donner lieu à quelque amphibologie, il faudrait introduire la conjonction j devant la proposition optative. O
1217. Les conjonctions j et ^ sont quelquefois employées d'une manière en apparence pléonastique, mais qui donne beaucoup d'énergie au discours.
Cela a lieu particulièrement après l'adverbe d'interrogation t et avant les adverbes négatifs ou la conjonction y. On dit donc:^!,^j1, Uil, pit.pjî, etc.
1218. On introduit fréquemment la conjonction . après i^l, comme dans cet exemple :
L'argent n'était point encore arrivé, que déjà il était tombé malade d'une maladie grave.
On introduit aussi d'ordinaire la conjonction j après ^Lî', expression elliptique qui signifie prends ^arrfe. Ainsi, l'on dit : wO^^ t j ^Ui prends garde au lion. Peut-être, au lieu d'un pléonasme, y a-t-il véritablement dans ce cas une ellipse. ('-)
1219. C ON JONC TIONS les plus usitées
'iîl que ne, mot composé de la conjonction .! que et de l'adverbe négatif ^ ne. Avec la particule préfixe J, on dit )i-xJ
{l) Voyez ce que dit à ce sujet Hariri, dans mon Anthologie grammaticale arabe, p. 72.
(2) Voyez ce qu'observe à cet égard Hariri, dans mon Anthologie grammaticale arabe, p. 71.
afin que... ne, Vélif de ^ est changé ici en ^, suivant une règle de permutation (no 196).
'^\ , particule d'exception, ' LLi-'i-,"^ ' ^^ iy^-- sinon, excepté : C&
mot est composé de la conjonction .' .si et de l'adverbe négatif f
^ ou, ou bien. Celte particule s'emploie d'ordinaire dans la seconde de deux propositions alternatives.
U! or, quant à. Cette conjonction peut être appelée discrétive : (') elle sert à distinguer les ditré rentes parties d'une énonciation générale, comme on peut le voir dans un des exemples que j'ai donnés en parlant de la conjonction ^ (n° 1203).
U! ou, ou bien, soit que; UL? si, mais, cependant :\^\ est com-
posé de ,.,! si et de l^ explétif.
,!, ',1 g-we. On doit employer ",i quand cette conjonction est suivie immédiatement d'un nom. On dit souvent aJ ! en ajoutant à la conjonction le pronom affixe t. Le but de cette addition du pronom est d'épuiser l'influence de la conjonction ^^l.qui veut être suivie d'un nom à l'accusatif. Je reviendrai là-dessus.
Des conjonctions >! ou ,t, et des prépositions viJ comme et ^ pour, on forme les mots composés J^ et ~.,!^ comme si, .b)
et .H pour que, afin que. (2)
.tet, par contraction, jjl. La conjonction "\! se place devant le sujet d'une proposition lorsque ce sujet est énoncé avant le verbe; son efïet est de donner de l'énergie à l'expression. On dit aussi a-jI, en ajoutant à la conjonction le pronom aflixe «,
(1) Suivant Ebn Hescliam, LJ t est une particule conditionnelle, partitive et
corroborative- ■^•^^^ O-rf'^'i ■^j~' \ 9^^. Voyez mon Anthologie grammaticale arabe, p. 181.
(2) Suivant quelques grammairiens arabes, ^jo est formé de jj'i le fatha
étant changé en kesra.
comme l'on fait avec jj',et pour la même raison. De la conjonction ^ , jointe à ',1, se forment ",U et iJ U, mots composés qui signifient et en effet, car, et qui répondent précisément au latin etenim.
■1 si. De l'adverbe affirmatif J certes et de la conjonction ij|, on forme le mot composé ^j^ certes si, Vélif étant changé en ^, conformément à une des règles de permutation (n" 196).
.jj, formé des deux conjonctions j et et .! si, signifie quoique, comme le mot latin etsi.
LJ— J j car, en effet, conjonction composée de \\ et de U, mot explétif.
Uj! est aussi employé très souvent comme particule de resiricttorij^^é^ 1 K^j=^ et signifie seulement; il est alors adverbe. J'en ai parlé en traitant des adverbes {n° 1161).
ji ou, 0^1 bieîi. Cette conjonction doit quelquefois être traduite par pour que, jusqu'à ce que, à moins que... ne, et renferme le sens des deux mots .1 ^t si ce n'est que, à moins que. Dans ce
cas, elle est toujours suivie d'un verbe à l'aoriste subjonctif. Exemple:
Certes, je te tuerai, à moins que tu ne te fasses musulman.
Elle gouverne aussi quelquefois le verbe au subjonctif, quand elle signifie ou, ou bien, soit, comme on le verra dans la Syntaxe. Je conjecture que, dans ce cas comme dans le précèdent, il y a ellipse de la conjonction .1.
Jj mais.
IJ' et ot 'Ji. Le mot v, compris par les grammairiens arabes dans la classe des conjonctions, est proprement un adverbe qui signifie puis, ensuite ; mais il tient effectivement un peu de la conjonction, et l'on peut le regarder comme l'équivalent de et puis (no 1207).
^ pour que, afin que; jJ*J ! v ^y^, particule énonciaiive de
la cause. On dit aussi ^-^ dans le même sens; et, avec l'adverbe négatif ^,on dit ^v^et XaJ pour que... ne, afin que... ne. Cette conjonction exige après elle le subjonctif. W
/X3 et JjCJ mais. ^^ ne s'emploie que devant les noms ou les pronoms.
UJ, suivant plusieurs grammairiens arabes, est quelquefois une conjonction synonyme de "^ t sinon, si ce n'est que. Ex. :
Tout cela n'est rien, sinon un usufruit de la vie présente. (2) j-! si. Le motjJj, composé de j et de j-J , signifie quoique, quand bien même. De p et des adverbes négatifs i^ etl*, on forme les mots ^J et UJJ si... «e. Dans une autre acception, ces mots sont adverbes (n" 1160).
OBSERVA TIONS sur quelques-unes de ces conjonctions
1220. Les deux conjonctions .' et j3, que j'ai rendues également par si, diffèrent cependant de signification, la première indiquant une simple condition et la seconde une supposition. La proposition suppositive difTère de la proposition conditionnelle en ce que la première renferme toujours un préjugé plus ou moins fort que la chose énoncée n'existe pas réellement ou n'existera pas. Que je dise si vous êtes sage, vous serez heureux,
(i) Suivant le commentaire de la Djaroumia publié par Thomas Obicin, la conjonction^-j ne gouverne le subjonctif que par l'influence de la préposition J exprimée ou sous-entendue et de la conjonction ^ ' sous-entendue. Voyez l'ouvrage cité, p. 72.
(2) Voyez, sur cette signification de Û5, qui me parait douteuse, mon Anthologie grammaticale arabe,p. 168, 202 et 275.
la proposition si vous êtes sage est simplement conditionnelle; mais si je dis si vous étiez sage, vous seriez heureux, la proposition si vous étiez sage est suppositive, parce qu'elle emporte avec elle la supposition que la personne à qui je parle manque de sagesse. La conjonction ,! exprime donc la simple condition et J exprime la supposition.!*) L'exemple suivant, tiré de l'Alcoran, est propre à faire sentir la différence de ces deux conjonctions;
c^à ./•••c. 1^ . / -- Car c ^ *r^ f I r ^ c ^ y. c r f c ^ c.
Si vous les invoquez, ils n'entendront point votre prière, et, s'ils l'entendaient, ils ne vous exauceraient point.
1221. La conjonction ■' parait devoir être sous-entendue dans une forme d'expression qui indique le doute ou l'alternative et dont la seconde partie est précédée de la conjonction jl. En voici des exemples :
Je le prendrai assurément, soit qu'il soit grand ou petit.
(1) Voyez, sur la distinction des propositions conditionnelles et suppositives, mes Principes de grammaire générale, 2" édition, p. 184 et suivantes.
En français, ce sont les temps et les modes des verbes qui expriment la différence de ces deux points de vue; en arabe, la différence est exprimée par les conjonctions.
J'insiste sur cette distinction, parce que plusieurs savants hommes se sont trompés, faute de l'avoir faite; elle n'a point échappé aux grammairiens arabes.
Voici comment un scholiaste du poème d'Ebn Doréid explique la valeur de J; il dit : «J^ particule conditionnelle, dont le sens est qu'une chose n'existe « pas, faute d'une autre qui n'existe pas non plus, comme quand on dit: Si « j'avais du bien, je m'acquitterais du pèlerinage ; le pèlerinage n'a pas lieu, « parce que l'argent manque.» (Man. ar. de la Bibl. du roi.n" 14.54.) Voyez aussi mon Anthologie grammaticale arabe, p. 173.
// ne peut manquer d'être mis à la torture, soit qu'il le tue ou qu'il ne le tue pas.
On doit observer que, bien que la conjonction .1 ne soit pas exprimée, elle exerce son influence conversive sur les verbes, qui sont au prétérit et ont néanmoins la valeur du futur. W
1222. La conjonction J semble quelquefois devoir être traduite en français par gwe, par exemple aprèsle verbe 3j amer, trouver bon. Exemples :
B^ ^^ vult j^iir^ %'ji j.y^r Jji; l\
Attendu que les rois de la terre étaient contents qu'ils fussent [c'est-à-dire d'être^ des enfants tenus dans son sein.
(1) Il n'est pas hors de propos de remarquer, à cette occasion, que, si la conjonction ij' convertit les prétérits qui la suivent en futurs, c'est que cette particule renferme essentiellement en elle-même l'idée du futur, l'idée d'un événement encore incertain.
Les grammairiens arabes ont bien^econnu que, sous l'influence de toutes les
expressions hypothétiques ^ ' J ^^ ' ^ > excepté 3^, le prétérit prend le sens du futur; mais ils ont excepté de cette règle le verbe ^ , comme dans ces
exemples:*-^ w-^ ^' et (^^l 0<?-^ ^JU^ jj', à cause, disent-ils,
de la force qu'a le verbe ^.(0 pour exprimer let choses arrivées v^'J-^ i! 1.
J'ai considéré cela autrement, et j'ai supposé que ^j- n'était interposé là que
'• t pour épuiser l'influence conversive de ^.\ ' et soustraire à cette influence le
verbe qui suit|.)a , et cette supposition est justifiée par d'autres usages du
verbe ',LX par exemple avant l.JLJ'. Tebrizi, sur le Hamasa, p. 373, a assez
bien expliqué cela, en supposant que le sens est 9-^j ^.5%, '^ *-W^- r) '
«!» ! .ilai. . w». . Je ne sais si ces grammairiens ont cru que '^^ ^ après ' . ) ^
restait passé, quand il n'y avait point d'antre verbe, comme dans a-^— ^ ^' jj^ J Lo; cela me parait douteux. On lit dans ma Chrestomathie arabe (2" édit., 1. 1", p. 6 du texte arabe) : J •— *— ' w.J U^ L-.» 0-~^ , .i ' , et non pas C^Ls '— »— ir-f • Voyez M. Lee, a Grammar. ofthe hehr. language, p. 354, et le Hamcua, p. 373.
Z'un d'eux aime qu'on lui accorde mille ans de vie. t.li5' ISLi U! jjj ^t.^» ''S->^i'J> p w-li-^ ! Ja! jt;^ j^ 5j
Beaucoup d'entre les Juifs et les chrétiens ont aimé qu'ils vous fassent redevenir incrédules, après que vous avez cru.
Mais la conjonction jJ conserve, dans tous ces exemples et dans tous les cas semblables, sa valeur suppositive; et, pour rendre exactement ces phrases en français, il faut dire :
Attendu que les rois de la terre seraient bien aises s'ils étaient comme des enfants tenus dans son sein.
Chacun d'eux serait content, si on lui accordait mille ans de vie.
Beaucoup d'entre les Juifs et les chrétiens seraient satisfaits, s'ils vous faisaient redevenir incrédules, après que vous avez cru.
1223. J'ai déjà observé précédemment que la conj onction P, placée entre les deux propositions qu'elle réunit parle lien de la supposition, influe sur la valeur temporelle des verbes des deux propositions, tout de même que si elle se trouvait placée à la tête de deux propositions (n» 375). Je vais encore en donner ici un exemple :
L-j!j> \y\ .iLT^J '~.;ao ,-~i '-^-~h v-!^' "— 1;^ '^^ ''— "^j Enfants de notre oncle, les horreurs que la guerre a produites entre nous m'auraient affligé, s'il se fût agi d'une chose de peu d'importance. (*)
1224. Au lieu de^, on emploie, devant les noms, J)'y. Ex.: (1) Voyez le Hamam ave« lecommentairedeTebrùi,édit.deM.Freytag,p.S5.
Elle serait bien aise, s'il y avait entre elle et lui (c'est-à-dire entre elle et le mal qu'elle a fait) une grande distance.
1225. J j et ^y-^ , ou, comme on dit quelquefois, vlJ V, ont à peu près le même sens et peuvent être traduits par mais. Les Arabes nomment ces deux conjonctions ^ \..>sS^ ] U^, c'està-dire, littéralement, par^iCM^es qui servent à retenir ou à réformer ce qu'on avait énoncé précédemment ; mais ils ne les regardent comme conjonctions que dans certains cas: hors de cela, ils les nomment â ! ^ ! Uys». particules initiatives, parce qu'elles forment le commencement d'une nouvelle proposition, indépendante, quant à l'analyse grammaticale, de ce qui précède. Ils disent que ^CJ se met entre deux propositions dont la première est négative et la seconde affirmative, et Jj, au contraire, lorsque la première est affirmative et la seconde négative. Cette règle n'est cependant pas très certaine, mais on peut observer que la conjonction Jj sert, soit à retirer ou annuler ce que l'on avait dit précédemment, pour y substituer autre chose, auquel cas on peut la traduire souvent par au contraire, bien plus, pour mieux dire,e[c., soit à passer d'un sujet à un autre, sans qu'il y ait opposition entre les deux propositions qu'unit Jj; on l'appelle alors . .1^0' ^j=^- Exemples :
Ils ont dit : Le Dieu miséricordieux a eu des enfants. Louange à lui! Non pas, mais [ceux qu'ils appellent ses fils, sont] des serviteurs honorés.
Diront-ils qu'il est atteint de folie f Non pas, mais il leur a apporté la vérité.
Auprès de nous est un livre qui n'énonce que la vérité, et ils
n'éprouveront aucune injustice. Mais \à quoi servent ces avisf] leurs cœurs sont comme dans un gouffre.
Ils ont dit : « Nos cœurs sont incirconcis.n Ce n'est pas cela, mais c'est que Dieu les a maudits, à cause de leur infidélité.
Nous ne voyons pas que vous ayez aucun avantage sur nous: bien au contraire, nous vous regardons comme des menteurs.
Ce fut un des événements les plus merveilleux ; qne dis-je? une des catastrophes les plus épouvantables !
Lorsqu'il fut près d'eux, ils le dépouillèrent de ses vêtements ; ce n'est pas tout, ils lui ôtèrent aussi le vêtement de la vie. . La conjonction >, qui, dans ce dernier exemple, se trouve après Jj, produit cet effet que Jj n'emporte pas la négation de ce que l'on a dit auparavant, mais y ajoute seulement une idée d'une plus grande importance.'*)
1220. Dans les exemples précédents, excepté dans les deux derniers, J-> n est point considéré comme conjonction ■^js- >àiaxJ ! par les grammairiens arabes, parce que cette particule lie des propositions complètes. Au contraire, ils la considèrent comme conjonction dans les deux derniers exemples, parce que ce qui suit la particule Jj est dans la dépendance immédiate d'un mot qui la précède. Par exemple, Vj-~^ ' v^^ dépend de !j«l:i.,et, pour parler leur langage, est iï«Là.j^ v^Ja»^.
(1) En hébreu, "■- veut dire non; l^r,-" vient de l'hébreu I^-^"" (nonsic),el non de \2'7 (idcirco).
Mais ces considérations purement grammaticales ne doivent pas empêcher de considérer, dans tous les cas, i^j-^ et J— j comme de vraies conjonctions. '*'■
1227. Il faut avoir soin de bien distinguer les conjonctions Jj! et )!. La première signifie que, afin que et est essentiellement une conjonction; la seconde doit être le plus ordinairement considérée comme un adverbe a/jîrmatif ou confirmatif qui ajoute de l'énergie à la proposition. Ainsi, si Tondit *jv3 jjj, cela signifie seulement Zéid se tient debout; mais, si l'on veut affirmer la chose avec serment ou bien l'affirmer d'une manière énergique, pour dissiper le doute que quelqu'un témoigne
à cet égard, on dira jLï I jj : 'J ou, d'une manière encore plus
énergique, Jli! !jjJ jI.
1228. Comme il est de la nature des particules ^1 et ^1
d'être suivies d'un nom à l'accusatif si le discours est construit de sorte qu'elles ne soient pas suivies d'un nom, on leur attache le pronom affîxe ï et l'on dit ij i et iJ 1, au lieu de ^i et .'. Ce pronom, qu'on peut regarder comme pléonastique ou explétif, est appelé par les grammairiens arabes h'— ^ ' ^rr-*^ pronom de la chose ou, si Ton veut, de l'idée, parce qu'il renferme l'idée implicite d'une proposition qui doit êti-e énoncée ensuite explicitement et qui se nomme la proposition explicative du pronom de la chose : XïJ \ >-^«-iJ ï^JLi*) ! LJu>^t. Ex. :
On a raconté qu'il y avait, dans la ville de Bagdad, un négo-
ciant.
[{) Par suite du même système, les grammairiens arabes envisagent quelquefois l'adverbe négatif bS comme une particule conjonctive; mais nous ne devons pas les imiter à cet égard. Voyez, à ce sujet, mon Anthologie grammaticale arabe, p. 274.
Il y a quelque rapport entre cet idiotisme de la langue arabe et notre expression française il y avait un négociant, pour un négociant était. Je reviendrai là-dessus dans la Syntaxe.
1320. La conjonction ,' sert souvent k introduire dans un récit un discours direct, et elle remplace le verbe en disant.
On la nomme alors »~—i.x) 1 ^^ jf=^ particule d'interprétation ou
explicative. Exemples :
Je l'ai appelé à haute voix, en disant : Lève-toi I
\^Souvien8-toi'\ du jour où, ton Seigneur appela à haute voix Moïse, en disant : Va trouver ce peuple criminel.
i^]Sii \ !j-»-i! ,lj ^^r>^'-*^ ' >-l^P ùm UJ*!
Il nous a été ordonné de nous soumettre au Seigneur des mondes, et il nous a été dit: Acquittez-vous de la prière.
Pour pouvoir faire cet usage de .1, il convient que cette particule soit précédée soit du verbe dire JLâ, soit d'un verbe qui en renferme le sens, comme ^-Lj parler à haute voix, ^a.jl révéler, etc., ou du moins que ce qui précède indique l'ellipse du verbe dire.
Quelquefois .!, en ce sens, est sous-entendu. Exemples :
[Souviens-toi] du jour où nous avons pris l'engagement des enfants d'Israël [en disant] : Vous n'adorerez que Dieu seuil
// a des camarades qui l'appellent à rentrer dans le bon chemin [en disant] : Viens à nous.
1230. Les conjonctions *,t et *>' peuvent aussi s'écrire et se
prononcer sans teschdid, et alors on les appelle ^y ■^a-Lfc*' \ j^i-tJ ' , c'est-à-dire rendues légères de lourdes qu'elles étaient ; car c'est ainsi que les grammairiens arabes expriment la suppression du teschdid (n" 109). C'est surtout par rapport à la conjonction .), lorsqu'elle n'a point de teschdid, qvi"\{ est essentiel de faire attention si elle ne tient point lieu de ",1 avec un teschdid, afin de ne pas la confondre avec la conjonction conditionnelle jjl si ou l'adverbe négatif .l,dont j'ai développé le sens et l'usage précédemment (n° 1140).
1231. jjI et .1 s'emploient lorsque ces conjonctions doivent être suivies d'un nom ou d'un pronom; \l et \!, au contraire, ne se placent communément que devant les verbes. W Cette règle, cependant, n'est pas sans exception.
1232. La conjonction .', suivie d'un verbe, est souvent considérée par les Arabes, avec le verbe qu'elle régit, comme l'équivalent d'un nom d'action. Ainsi, 'j-4j fj^ ''.} '^.yj^
veux que tu honores Zéid, équivaut à 'jJj ^'!j5't Jj .!, c'està-dire, à la lettre, je veux /'action de toi honorer Zéid. En conséquence de cette manière d'envisager la conjonction ,!, les grammairiens arabes l'appellent Wj-^-^a» ^t, c'est-à-dire an
faisant fonction de nom d'action ou de .J-~c* (n" 619). A raison de cela, ^1, avec la proposition conjonctive qui le suit, peut devenir, comme on le verra dans la Syntaxe, le sujet d'une proposition, le régime d'un verbe ou le complément d'un nom en rapport d'annexion : i-iUs!.
1233. Il y a certains cas dans lesquels on peut employer
(1) Il se trouve un article assez étendu sur les deux conjonctions ",' pf ~.t
Ui c' '
et sur la manière d'analyser les propositions où elles.entrent, dans le ^ i-*-^
l'-H^-' ' ou Analyse grammaticale du traité inlitulé l'-JJ'j!', ouvrage imprimé a Scutari, il y a peu d'années. Voyez cet ouvrage, f.65, etc.
indifféremment [^[ ou j'; il en résulte seulement une différence dans l'analyse grammaticale des propositions.
1234. Il faut observer que la conjonction '.t doit être traduite, dans certaines occasions, par afin que... ne, pour que... ne, de peur que. En voici des exemples tirés de l'Alcoran :
-fi— >i
Ceux qui croient en Dieu et au dernier Jour ne te demanderont pas de congé, pour ne pas employer leurs biens et leurs personnes à combattre pour la cause de Dieu. (*)
Nous avons mis des voiles sur leurs cœurs, afin qu'ils ne le comprennent point. (2)
C'est Satan seul qui me l'a fait oublier, de peur que je ne m'en ressouvinsse. '3)
1235. Il ne faut pas croire néanmoins que la conjonction ,' puisse signifier indifféremment joowr que ou pour que... ne. Le plus souvent, dans les cas dont il s'agit, on reconnaît que l'idée négative qui se trouve jointe à la conjonction est de fait implicitement renfermée dans quelqu'un des mots de la proposition principale à laquelle se joint la proposition conjonctive, en sorte qu'on a pu faire l'ellipse de la négation sans qu'il en résultât aucune amphibologie. Ainsi, dans notre premier exemple, le mot .i' — ^ — . ! signifie demander congé : c'est le latin
(1) Voyez Alcoran, sur. 9, vers. 44. édit. de Hinckelmann. (i) Ibid., sur. 18, vers. SÎS.
(8) Ibid., sur. 18, vers. 62.
deprecari ; dans le second, 'i2S] des voiles,et dans le troisième, ^^-«j ! faire oublier, renferment implicitement l'idée à^obstacle, d'empêchement. 1\ faut avouer cependant qu'il y a bien des cas, surtout dans l'Alcoran, où l'ellipse n'est pas indiquée d'une manière aussi sensible. Tel est l'exemple suivant :(*)
■- '■'ri f'C/',c.wc/^=.?<. '\' '■ "T ' '■ \-'''l^l'
j*tr^' J-^ ^J^b ç^ji f!j^ c^ (^' ^ cf. -j '^' .-5
[Souviens-toi de ce qui est arrivé] lorsque ton Seigneur a fait sortir des reins des enfants d'Adam tous leurs descendants, et les a obligés à rendre tém.oignage contre eux-mêmes, en letir faisant cette question : « Ne suis-je point votre Seigneur? » A quoi ils ont répondu : « Oui, assurément, nous le témoignons. » [Il a fait cela] de peur qu'tVs ne disent, au jour de la résurrection: « Nous n'avions pas fait attention à ceci. »
Je reviendrai là-dessus dans la Syntaxe, quand je traiterai de l'ellipse.
1236. .1 se trouve aussi quelquefois après l'adverbe négatif l^, sans avoir aucune influence sur le sens ni sur la construction de la proposition (n" 1140); mais ce n'est point alors une conjonction.
1237. Les particules j»',j' et Ul, qui ont des significations presque semblables, ne peuvent pas cependant être employées indifféremment, et leur usage exige quelques observations.
1238. Nous avons dit que A ou bien, soit que, s'emploie d'ordinaire dans la seconde de deux propositions alternatives. Cela a lieu soit quand on interroge, comme V J !i» o-Ju! as-tu dit cela, ou bien ne l'as-tu pas dit? soit dans des propositions purement énonciatives, comme ^ >M3j' Jiil ^,-5! ^
(Il Voyez l'Alcoran, sur. 7, vers. 171.
Srâ • DES DIFFERENTES PARTIES
je ne sais pas s'il a fait cela, ou s'il ne l'a pas fait. Exemples :
Est-ce que vous avez un pacte arec Dieu, ou bien dites-vous contre Dieu ce que vous ne savez pas f
Soit que tu les aies avertis, ou que tu ne les aies pas avertis, ils ne croiront pas.
Je ne me suis point mis enpeine s'il m'avait censuré ou excusé.
PM< à Dieu que je susse si mon siècle a connu tout mon mérite et s'il a su ce que je vaux en fait de talent pour tromper, ou bien s'il l'ignore I
*\ paraît aussi fort souvent faire la même fonction que Jj, je veux dire servir à indiquer qu'on abandonne le sujet dont on parlait pour passer à un autre. Exemple :
Est-ce que les poètes précédents ont laissé quelque chose à traiter? Ou, plutôt, as-tu reconnu, après quelque hésitation, la dem.eure [de celle que tu aimais]?
1239. Il n'est pas nécessaire que j.) soit précédé d'une interrogation ou d'une expression qui indique le doute ou l'alternative : on peut dire j »*c (>! JjJ^ *jI c'est assurément Zéid ou bien Amrou.
1240. Les particules jl et Ul peuvent être employées dans toute sorte de propositions, soit énonciatives, ou impératives,
ou interrogatives, ce dont il est inutile de donner des exem pies; mais il convient d'observer que, lorsqu'on fait usage de Ul, cette particule doit être exprimée devant chacun desmembres de l'alternative, ce qui n'a pas lieu pour jl. Exemples :
Lj£ U!j 'j^. j ^' v-i^ j.^!
Est-ce ou Zéid que tu as frappé, ou bien Amrouf
Il est venu chez moi aujourd'hui ou ton frère, ou le fils de ton oncle paternel.
Soit que tu les rencontres dans la disposition de te faire la guerre, alors attaque-les de manière à dissiper ceux qui pourraient imiter par suite leur perfidie ; soit que tu craignes de la part de quelques-uns [d'entre eux] une trahison, dans ce cas jetteleur [ton traité] (c'est-à-dire dénonce-leur toi-même la rupture de la trêve dont tu étais convenu avec eux), en observant une justice exacte.
1241. Toutefois, il est indispensable de faire observer que '^! est aussi employé pour la conjonction conditionnelle ,1 si, à laquelle le monosyllabe U est joint, sans avoir aucune influence sur le sens. Il n'y a point alors de nécessité de répéter t» '. C'est ce qui a lieu dans les exemples suivants, tirés de l'Alcoran :
0 enfants d'Adam, s'il vient à vous des envoyés pris du milieu de vous, chargés de vous raconter mes prodiges, alors ceux qui craindront [Dieu] et qui réformeront leur conduite, ceux-là n'auront aucun sujet de crainte, et ils n'éprouveront point de tristesse.
5t4 DES DIFFÉRENTES PARTIES
Et si nous te faisons voir [de ton vivant] une partie des châtiments dont nous les inenaçons , ou que nous te retirions à nous {avant cela], ils comparaîtront [un jour] devant nous. W
1242. La conjonction jl, qui de sa nature indique le doute, vlHJ I, s'emploie quelquefois de manière à n'exclure aucune des deux parties de l'alternative, en sorte qu'on peut les admettre toutes deux en même temps : on la nomme alors àii.lj'^ ! ,1, c'est-à-dire ew accordant une entière licence. C'est,
par exemple, ce qui aurait lieu si un homme interrogé, sur quelles céréales on cultive dans son pays, répondait qu'on y cultive le froment ou l'orge ou le seigle, ce qui signifierait qu'on y cultive tantôt l'une, tantôt l'autre de ces céréales. C'est ainsi qu'il faut entendre jt dans ce vers :
En sorte que j'ai teint du sang gui coulait de mon corps les bords de ma selle ou la bride à laquelle est attaché le mors de ma monture. (2)