‹ Grammaire arabe de Silvestre de Sacy. 3. ©d., pub. par l'Institut de Carthage et rev. par L. MachuelChapitre 182 sur 188 · VI — DE L'USAGE DES PRONOMS AFFIXES AVEC LES PARTICULES · texte numérisé non relu

VI — DE L'USAGE DES PRONOMS AFFIXES AVEC LES PARTICULES

1251. La plupart des préposilions peuvent se joindre aux pronoms affixes, et rien n'est plus naturel, puisque, comme on le verra dans la Syntaxe, toutes les prépositions gouvernent leur complément au génitif.

1252. Il y a cependant quelques prépositions, ou du moins quelques mots regardés comme tels par les grammairiens, qui

n'admettent point les affixes; tels sont o^, ^, . ,,,j-»,jj^ et

j , employé dans les formules de serment (n» 1209). Cependant,

(I) Je ne parle pas ici de certaines additions que, suivant d'anciens grammairiens, les Arabes faisaient à la fin dfs mots, en interrogeant. quand ils voulaient indiquer qu'ils n'ajoutaient pas foi à ce qu'on leur disait. Je ne dirai rien non plus d'une altération dans la usinière de prononcer la dernière syllabe d'un mot, altération dont on use pour sii donner le temps de se rappeler ce qu'on voulait dire ensuite. Le premier genre d'additions dont il s'agit est désigné sous

le nom de particules âe désapprobation ,Us-J ^ 1 .^ '^jj-^, et le second est

appelé particules remémoratives j-^ ■^—^ ' » ajj-^. Je conjecture que les

unes et les autres n'ont jamais eu lieu que dans le langage parlé et ne se sont point écrites. On peut consulter à cet égard mon Anthologie grammaticale arabf, p. 268 et 378.

^-;L a. prend quelquefois les pronoms affixes. 11 faut aussi se rappeler ce que j'ai dit précédeininent sur la préposition préfixe ^ (nos 1041 etsuiv.).

Avec les prépositions ^ et ^v;, on emploie, pour la première personne du singulier, l'aflixe j, et l'ou dit ^ et J^.

On peut dire de même^ iJ de .iJ ; on dit rarement ^-jJ, et très rarement ^ et c^.

1253. Les conjonctions ",t, ",', J;5U, et l'adverbe conjonctif 'K comme si, reçoivent aussi les afïixes, qui représentent toujours, en ce cas, un sujet mis à l'accusatif. Les mots jj' et ",' étant joints à l'affixe singulier de la première personne, on peut dire ^t et ^! ou bien ^;— j| et c;-^'. Avec le pronom aflBxe pluriel de la même personne, on peut dire pareillement Ul et li! ou bien U-jI et UJI; la même chose a lieu après l'adverbe conjonctif ' .^. Avec la conjonction ^CJ,on dit^~X) et

Usa, et, suivant quelques grammairiens, ^^^^ et UIXJ.

1254. Quelques adverbes, ou mots regardés comme tels, r^ çoivent aussi les pronoms affixes.

Tels sont J— s et J— *-î peut-être, \L^ plût à Dieu quel Après ces adverbes, les pronoms afïixes représentent aussi l'accusatif, et non le génitif: soit que ces mots soient primitivement des verbes, comme je le soupçonne (n» 1170); soit qu'on envisage le nom ou le pronom qu'ils régissent comme le sujet d'une proposition mis à l'accusatif par une influence pareille à celle de la conjonction J\l.

Ces adverbes étant joints au pronom afïïxe singulier de la première personne, on peut dire ^, ^}*^, ^^ ou bien ^57^)

JLiJ, cr^!^ ; '*' mais on emploie plus ordinairement ^,

ijj et ^^^-

(1) L'auteur du Kamoui observe que, comme l'on dit ^jk ou ^5^7 et |^^

Avec ij-^, verbe négatif, on dit ^^-~J, et quelquefois ^j-^- Les adverbes J-ï et iai», signifiant il sufjît, prennent aussi les

aflixes. Avec l'affixe de la première personne, au singulier, on

dit^-îJet <-ua5 ou iCJJ et Jsi.

1255. L'adverbe U, voici, prend aussi les pronoms affixes de la seconde personne, comme dJ^-», et alors il signifie J-^jorenrfs. Mais il y a cela de particulier qu'en joignant ces affixes à l'adverbe U, on change leur jJ en harma, et l'on dit îla, «U, UjU, t.jL», ',jL», suivant les différents nombres et genres, au lieu

de jJl», ^L», US''^, (*5''-a, 'S ^ prends, prenez, etc.

Il ne faut pas confondre sL», employé de cette manière, avec .1» pour O'I», impératif du verbe ^j^ rfonwer,ni avec lB,impé-

ratif de lU, qui signifie la même chose. O

1256. On joint aussi les affixes à la conjonction composée ^D. On dit, par exemple, LlJ JJ ! wJia. U viJ^V' «* ce n'était ^i, /e monde n'eût pas été créé,

OU ,^5^» on dit de même ^^5^» ,,5^-^*,^57^»,^57^

Au mot J^ peut-être, Djewhari observe que l'on peut dire ^^*-*-' et ^57^ > il ajoute que certains Arabes mettaient le génitif après J-*', et il cite l'autorité d'un écrivain qui disait avoir entendu prononcer ainsi chez une tribu arabe: nouvelle preuve que l'on faisait sentir les tenwins dans le langage.

(1 ) Le premier se conjugue ainsi : Singulier, ma$c. • '— * ; fém. ^ '-*. Duel

L) l». Pluriel, mas. 'j « I — » ; fém. ^j—:ri ^- Le second suit la conjugaison des

verbes concaves et bamzés (n» 535) et se conjugue ainsi : Singulier, mas. \ »•

fém. ^ li. Duel, \iLjt. pluriel, masc. 'j'L»; fém. ^^.

Djewhari observe qu'on dit à l'aoriste actif de ce verbe '^1 ^ je ne prends pas [non capio],el à l'aoriste passif *>* ' '■^je ne reçois point en don [non donor].

Un poète a dit, en parlant de Mahomet:

Comment aucune nécessité pourrait-elle forcer à recourir aux biens du monde celui sans lequel le monde ne serait jamais sorti du néant? (D

L'usage de l'afTixe est d'autant plus remarquable en ce cas que, quand la particule '^y est suivie d'un nom, on met ce nom au nominatif.

1257. Le mot ^j, que l'on peut regarder comme une interjection.mais qui n'est peut-être qu'une abréviation du mot jjj malheur, prend l'affixe de la seconde personne ; on dit donc jjjj malheur à toit mais cette formule ne sert le plus souvent qu'à exprimer l'admiration ou l'étonnemenl.f^xemples:

Malheur à toi! Dieu donne abondamment la subsistance à qui il lui plaît d'' entre ses serviteurs A'^)

Malheur à toi, mon cher enfant! on n'est avare que de ce qui est précieux.

Dans le premier exemple, qui est emprunté de l'Alcoran, certains grammairiens écrivent en un seul mot .LCj j et regardent ce mot comme étant composé de ^^, particule d'admiration .^— s^ ,^j-s>., et de ,^\-S , particule de comparaison

Suivant quelques grammairiens,^ dans >.llij n'est point un pronom; et ce qui peut autoriser cette manière de voir, c'est

(1) Voyez Carmen mystieum Borda, éd. J. Vri, p. 14. J'ai aussi trouvé ^^^ ùee n'était moi, dans le commentaire d'Aschmouni, -^-A-i o 1 , %\\TVAlfi,yya, d'Ebn Malec (man. ar. de la Bibl. du roi, n" 1834).

(I) 4 <coran, sur. S8, vers. 82.

que ^j lie se joint jamais à aucun autre pronom affixe,et que celte particule s'unit à un nom, non pas immédiatement, mais par le moyen de la préposition J. Exemple :

Malheur à Abd Allah!

On explique aussi ^j et ^j par Ji) sache. O

1258. Il y aurait encore un petit nombre d'autres observations à faire sur l'usage des pronoms affixes avec quelquesunes des particules indéclinables; mais une partie de ces détails se trouvera dans la Syntaxe, et l'usage apprendra le surplus.

(i) Voyez mon Commentaire sur les Séances de Hariri, séance iv, p. 36, et séance xxv, p. 260.

TABLE DES MATIÈRES

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