‹ Grammaire arabe de Silvestre de Sacy. 3. ©d., pub. par l'Institut de Carthage et rev. par L. MachuelChapitre 4 sur 188 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

La loi du lo germinal an m, par laquelle a été créée l'École spéciale des Langues orientales vivantes près la Bibliothèque impériale de Paris, enjoint aux professeurs chargés des diverses parties de l'instruction dans cet établissement de composer en langue française des livres élémentaires propres à faciliter l'étude des langues qu'ils enseignent. C'est pour satisfaire à cette obligation que j'ai entrepris la Grammaire arabe que je publie aujourd'hui et qui est spécialement destinée aux élèves de cette école.

Depuis la Grammaire arabe donnée, en 1505, en langue castillane, par Pierre d'Alcala, et celle que Guillaume Postel fît imprimer à Paris vers 1538, et qui ne pouvait être regardée que comme un essai fort imparfait, il a paru un très grand nombre de livres élémentaires pour l'étude de la langue arabe ; on peut les diviser en deux classes. A la première appartiennent toutes les grammaires dont les auteurs ont suivi plus ou moins exactement le système et la méthode des grammairiens arabes : tels sont les ouvrages de Gabriel Sionita, Martellotto, Pierre Metoscita, Guadagnoli, Agapit à Valle Flemmarum, etc. On peut y joindre les traités composés par des grammairiens arabes et imprimés dans leur langue originale avec des traductions

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OU des commentaires en latin, comme le Liber Tasriphi, publié par J. -B.Raymond; la Djaroumia (ou Agrumia), avec la traduction et les commentaires de Thomas Obicin ; la même, avec la traduction d'Erpénius; le traité, intitulé Centum régentes, donné parce savant, etc. La Grammaire arabe du même Erpénius, publiée pour la première fois en 1613, et ses Rudiments, dont la première édition a paru en 1620, ouvrent la seconde classe : ces deux livres, dans lesquels l'auteur a abandonné la marche des grammairiens orientaux et adopté un système moins compliqué et plus analogue aux méthodes que l'on suit ordinairement dans l'étude des langues savantes, ont servi de modèle à une grande partie des grammaires arabes qui ont été publiées dans le xvir et le xviir siècle ; et, quoique plusieurs savants aient ajouté leurs observations à celles de cet illustre orientaliste, il en est peu qui aient réellement étendu ou perfectionné son travail. On doit cependant distinguer, parmi les livres élémentaires de la langue arabe publiés dans la dernière partie du siècle qui vient de finir, la grammaire écrite en langue allemande et donnée à Vienne, en 1796, par M. J. Jahn, alors professeur en l'Université de cette ville et aujourd'hui chanoine de l'église métropolitaine de la même capitale. (0 C'est en profitant des écrits de tous ceux qui m'ont

(i) Ce savant et laborieux écrivain est mort en 1817. On lui a consacré un article dans le tome XXÎ de la Biographie universelle ancienne et moderne.

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précédé dans cette carrière et en y joignant la lecture des grammairiens et des scoliastes arabes les plus célèbres, que j'ai pu espérer d'offrir aux étudiants, et même aux savants, un ouvrage plus complet et plus méthodique. J'ai ramené, autant qu'il m'a été possible, le système de la langue arabe aux règles générales de la métaphysique du langage, bien convaincu que toutes les langues n'ayant qu'un même but, les divers procédés par lesquels elles parviennent à atteindre ce but, quelque éloignés qu'ils paraissent les uns des autres, peuvent néanmoins être rapprochés bien plus qu'on ne le pense communément. L'étude des langues n'appartient pas uniquement à la mémoire; le jugement peut et doit y intervenir pour beaucoup; et, plus on parvient à appliquer le raisonnement et l'intelligence à cette étude, plus on l'abrège et on la rend facile et accessible aux bons esprits. La langue arabe surtout semble se prêter plus aisément que beaucoup d'autres à cette opération dont les instruments sont l'analyse et la synthèse; et j'ai quelquefois été surpris en voyant combien les formes de cette langue sont dans un juste rapport avec ce qu'exigent la clarté et la précision du discours. J'ai donc commencé chacune des divisions principales, soit de la partie étymologique de la grammaire, soit de la partie méthodique, c'est-à-dire de la syntaxe, par rappeler les principes généraux et les définitions communes à toutes les langues et fondées sur la nature même des choses et sur celle des opérations de notre esprit; mais.

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pour ne point être trop long dans cette exposition et ne pas grossir inutilement cet ouvrage, j'ai presque toujours renvoyé les lecteurs à celui que j'ai publié sous le titre de Principes de grammaire générale mis à la portée des enfants et propres à servir d'introduction à l'étude de toutes les langues, et dont la seconde édition a paru à Paris en l'an XII (1803). J'aurais pu, sans doute, indiquer aux étudiants des traités plus profonds et plus savants; mais la simplicité même qui, s'il m'est permis d'avoir un avis à cet égard, caractérise particulièrement ce petit ouvrage, m'a paru convenir au plus grand nombre des lecteurs; et je désire que ceux qui se serviront de ma grammaire pour l'étude de la langue arabe se pénètrent bien des principes que j'ai exposés, avec tous les développements nécessaires, dans l'ouvrage élémentaire que je viens d'indiquer. Je puis assurer que l'expérience de plusieurs années ne me laisse aucun doute sur l'utilité de cette méthode, que j'ai appliquée avec un égal succès à l'enseignement du français, du latin, du grec, de l'arabe et du persan.

La syntaxe est certainement la partie la plus défectueuse de la Grammaire arabe d'Erpénius et de toutes celles auxquelles celle-ci a servi de modèle. Elle est beaucoup plus exacte et plus détaillée dans les grammaires qui ont été calquées sur celles des écrivains arabes; mais l'étude en est extrêmement difficile dans ces ouvrages, soit à cause des défauts d'une méthode compliquée et fondée plutôt sur les formes extérieures du langage que

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