II — DU VERBE DANS LA LANGUE ARABE
254. Les grammairiens arabes divisent toutes les parties du discours en trois classes : l" le nom *-) , qui renferme le nom,
le pronom et Vadjectif; 2" le verbe J*3 ; et 3° la particule \^j^, qui renferme l'article, la préposition, l'adverbe, la conjonction et l'interjection.
255. Ils commencent par traiter du verbe, ce qui n'est pas sans raison, puisque le verbe est véritablement ce qui donne la vie au discours et qui en réunit en un seul corps les parties éparses. Ils ont encore une raison décisive pour adopter cette marche, le verbe étant presque toujours la racine de laquelle dérivent les noms et les adjectifs au moyen de l'addition de quelques lettres ou du changement des voyelles.
256. Les accidents des verbes arabes sont les voix, les modes, les temps, les personnes, les genres et les nombres. Avant de parler de chacun de ces accidents, je dois parler des verbes primitifs et des verbes dérivés.
257. Le verbe primitif est nommé par les Arabes nu ^fF', parce qu'il n'est composé que des seules lettres qui consti-
tuent la racine. Cette racine, en arabe J-^', est toujours la troisième personne du singulier masculin du prétérit de la voix active, autrement appelée subjective. Les lettres qui composent
la racine sont nommées 'ilUA radicales.
258. Le verbe primitif est composé de trois ou de quatre lettres. Dans le premier cas il se nomme J^ et dans le second 3'Vj) ^^ Que je traduis par trilitère et quadrilitère. Cel accident dans la forme du verbe primitif est désigné par les grammairiens arabes sous le nom de *^= combien ou quantité.
259. Il n'est pas inutile d'observer ici, en passant, que la plupart des verbes quadrilitères considérés par les grammai-
iâ4 DES DIFFÉRENTES PARTIES
riens arabes comme primitifs ne le sont pas véritablement. Tantôt ils sont formés d'un nom qui est lui-même dérivé d'une racine trilitère, soit que cette racine soit encore usitée dans la langue arabe, soit qu'elle soit tombée en désuétude et qu'elle ne se retrouve que dans quelqu'une des langues qui sont ana-
logues à cet idiome, comme ->-»i> devenir disciple de quelqu'un, verbe formé de -i^^Ij disciple, dont la racine inusitée J-iJ se trouve dans l'hébreu no'?, tantôt ils sont formés de plusieurs mots arabes, comme J-»~^ , verbe qui signifie prononcer la formule aJJI *-j :au nom du Dieu, etc., et qui est composé d'une
partie des lettres des deux mots que renferme cette formule. Le plus souvent, les verbes quadrilitères sont formés des verbes trilitères qui ont la même lettre pour seconde et pour troisième radicale. Alors le verbe quadrilitère se forme par le redoublement de la première et de la seconde radicale, comme
jy ; faire trembler la terre, dérivé de J; chanceler, glisser, hes verbes quadrilitères qui ont cette dernière forme sont nommés
y ficUa/» redoublés et ^5^^ concordants, à cause du redoublement de leurs radicales.
260. Dans les verbes de trois lettres, la première se nomme ^li fa, la seconde i^ aïn et la troisième J^ lam, parce que les
grammairiens arabes prennent ordinairement pour exemple ou paradigme de la conjugaison du verbe régulier trilitère le
verbe J*», dans lequel le ^ occupe la première place, le c. la deuxième et le J la troisième. Dans les racines quadrilitères,
le paradigme étant Ji*3, la première lettre se nomme fa, la seconde ain, la troisième lam premier et la quatrième lam second.
261. Le verbe dérivé est nommé par les Arabes i-~? ^jf , c'est-à-dire augmenté, formé par un crément. Il se forme du verbe primitif par l'addition d'une ou de plusieurs lettres.
262. Les verbes primitifs trilitères sont susceptibles de produire un grand nombre de verbes dérivés; on en compte
ordinairement douze formes, qui, jointes au verbe primitif, donnent, pour une seule racine, treize formes différentes. Quelques grammairiens arabes en comptent jusqu'à quinze. Les verbes quadrilitères ne sont susceptibles que de quatre formes. (•) Ces diverses formes sont désignées en arabe par le
mot J^y-i espèce. On les nomme aussi JL^; le pluriel de jL-i»
est L-Li^t.
263. Je ne crois pas devoir faire une classe particulière de certains verbes nommés par les grammairiens arabes
^^'ù L) lolsLs-'^! , c'est-à-dire attachés à la suite du verbe qua-
drilitère, ou, pour m'exprimer d'une manière plus concise, quasi-quadrilitéres.Ce sont des verbes de quatre lettres, formés de racines trilitères,soit par le redoublement de la dernière
lettre, comme JvUi et v,4^> dérivés des racines J^ et w^, soit par l'insertion entre les radicales d'un j ou d'un ^; tels
sont les verbes Jjj^., j'y^, j^, S!.j4- et J^, formés des
racines trilitères Ji^, ^i, ^', JJ?- et i^jl-^. Quelques grammairiens comprennent aussi sous cette dénomination les verbes qui deviennent quadrilitères par l'insertion d'un .,
comme J-J^ et ipi*, qu'ils dérivent des racines Ja». et ^j^. On indique les formes diverses de ces verbes quasi-quadrili-
tères par les mots techniques: JvUs, J^y, Jj**, j*è > J^?
^J-»s J-jijJ et J-L»3. Ces verbes ne difîérant point des autres quadrilitères en ce qui concerne leur conjugaison, il m'a paru convenable de n'en point faire une catégorie particulière, et je me suis déterminé d'autant plus volontiers à prendre ce parti que la distinction entre les verbes quadrilitères et les quasi-
(1) Je nomme toutes ces formes dérivées formes et non conjugaisons pour les raisons exposées par M. A.Scliulten dans ses InsUt. ad fund. Ung. hebrœœ, page 259. Cet auteur démontre au même endroit que les Latins ont aussi des formes analogues à celles-ci. — Voyez aussi mes Principes de grammaire générale, 2« édition, p. 221 et 222, note 1.
quadrilitères me parait ne reposer sur aucune base solide. C'est ce que prouve d'ailleurs le peu d'accord qu'il y a à cet égard entre les grammairiens.'"
(1) Ahmed, fils d'Ali, flls de Masoud, dans le ^ 'jj^ > ^ V , ne reconnaît que Six formes primitives des verbes quadrilitères, qu'il appelle kj^^ i^J^-^ > et voici les exemples qu'il en donne : J-*<s-^, J^^, y=^ , j j^i iT"-^ et ^^^^ • Dans un autre petit traité du ■^s^y^ , dont j'ignore l'auteur, mais qui
se trouve ordinairement compris dans un même volume avec le 7-151'^' T'!/'» et qui commence par ces mots : jjj^j 4^~*à. » — àjj.~kJi v-'1 jj1 ^jI *ls', on indique six formes primitives du verbe quasi-quadrilitére~^^y '^ (3^^ > ces six formes sont : J^y , J~^ > ôy^> S-f^ > J-^ et ^J*», et les
exemples qu'on en donne sont :o^^i j^^ > jj¥!^> J^> ^r^^r?- et ^aJ— . Ebn Farhat est tout à fait conforme à Ahmed, fils d'Ali. Martelotto, au contraire {Institut. Utig.ar., p. I6i), suit l'opinion de l'autre écrivain que j'ai cité et donne les mêmes exemples. Les formes des verbes primitifs quasi-quadrilitères admises par M. Lumsden (a Grammar of the arable language, p. 149 et suiv.) sont
au nombre de sept, savoir : J-J-*s , dont il donne pour exemple J-J-Â.i' , puis
J-^j^ , J^ , Oy^ 1 Jr**) J-^ et jj^; il ajoute qu'on pourrait beaucoup
eu augmenter le nombre. M.Arydafinstit.gî-amjnaJ.oj-aft.jp.ae) diffère encore
des autres grammairiens; il n'admet que six formes des verbes quasi-quadrili-
tares, et les exemples qu'il eu donne sont '■ 1^^^ > >-r'r^ 1 J~^^> y^. >
j j»'5 et J-5-=^.
On aurait pu porter beaucoup plus loin l'application du principe en vertu duquel on a séparé les verbes dont il s'agit ici des quadrilitères proprement dits et l'on en a fait une catégorie spéciale. Car plusieurs lettres autres que le 5 , le ^ et le jj semblent être entrées comme lettres accessoires ou formatives dans des racines trilitères, pour donner naissance à des verbes ou à des noms de quatre, de cinq et de six lettres qui ont formé comme de nouvelles racines. La chose est certaine du /•, car, sans parler des verbes tels que
w^=^^, J-^-*', (jj— *5, (jpa^, etc., on trouve le /» accessoire dans les
mots yt.y^^ 1 ji.J^j > ^y^^^> qui paraissaient venir des racines trilitères
264. Les verbes dérivés se divisent en trois classes. La première comprend ceux qui se forment par l'addition d'une seule lettre; la seconde renferme ceux qui se forment par l'addition de deux lettres; à la troisième appartiennent ceux qui se forment par l'addition de trois lettres.