‹ Grammaire arabe de Silvestre de Sacy. 3. ©d., pub. par l'Institut de Carthage et rev. par L. MachuelChapitre 94 sur 188 · III — DE LA FORME DES NOMS · texte numérisé non relu

III — DE LA FORME DES NOMS

599. Les Arabes comprennent les noms, en ce qui concerne leur forme, sous deux grandes divisions : les uns sont nommés ju>Ls. solides et les autres ^;i>^ dérivés. Par J)~^^ ils entendent un nom qui n'est point dérivé d'un autre mot et qui ne donne point lui-même naissance à d autres mots i^ i^j^, -^j ly-^. •' , et je pense que la dénomination j-^lk est prise du sens que ce mot a en histoire naturelle, où il signifie les corps inorganiques, qui demeurent tels qu'ils sont, qui ne produisent point la locomotion. A cette classe appartiennent les mots J^j homme. , „j-3 cheval, yi^ léopard, X~^ lion, JjJ-^ serviette, c,^XL^ gre-

nouille, J-çs-v-i—w coing. Les noms dérivés ^^yJ:^ sont ceux qui

se forment d'une racine verbale, tels que les noms d'action,

d'instrument, de vase, etc., et les adjectifs verbaux de toute

nature. Ainsi 5 y o prophétie, /jo^* action de prendre, jaUJLJ i

contraction, *;'^' division, t^ôJ arrivée, ij^p durée, -.Uii/» clef

(instrument qui sert à ouvrir), yy^ balance, J^'jJ repentir,

Jlis combat, ,.^l^^ écrivain, ^Ij* malade, L^bic très savant,

[^3,-o fidèle, i-;>j j endormi, Jj-j 1 vorace, etc., sont des noms dérivés.

600. Les noms solides pourraient être appelés /srimi^t/s^ par opposition à ceux qu'on nomme dérivés; mais il est nécessaire d'observer qu'il ne faut pas prendre ces dénominations à la rigueur. En effet : 1» les noms solides donnent souvent naissance à des verbes, comme de^ léopard et J— 1 ho>i, on forme les verbes ►—*-; avoir la superficie tachetée comme la peau du léopard, y>>J se mettre en fureur comme un léopard, x^\ devenir

semblable à un lion, être effrayé à la vue d'un lion, J^U devenir furieux comme un lion; de <L» eau, se forment les verbes ïj-^ lustrer, donner une apparence belle, mais fausse, et « j — >-j se donner une telle apparence; 2° ces mêmes noms donnent naissance à d'autres noms, comme sji — 'L/ lieu abondant en lions,

dérivé de -V-ll lion; * it J-^ lieu qui recèle des loups, et Ï-ju.)

caractère semblable à celui du loup; 3° ils forment des diminutifs, comme .«j^^lJLs joe^iï chien, ij-3j-a> petite chatte ; 4° ils forment des adjectifs de l'espèce nommée v^j~^' *-.! adjectifs relatifs, comme j^ —^ qui est de la nature des bêtes féroces.

Je pense donc qu'il faut, dans le système des Arabes, restreindre la dénomination de nom dérivé ,^^^xi^ aux noms qui

dérivent d'un verbe ou d'une racine verbale . J-ai» exprmiant un événement ou une manière d'être et qui tirent leur naissance de cette racine, en adoptant des formes déterminées dont l'effet est d'ajouter certaines significations accessoires à la signification du mot primitif, comme de ^ ouvrir, se forment ^yi conquête, Ji\s ouvrant, ^y-^ ouvert, —Uc-i* clef, AaUâ victoire, ^^cJ juge, arbitre souverain, isr'U commencement, etc. W

(1) Guadagnuoli applique la dénomination ^'^-i>^ aussi bien aux nomsdéri-

601. A ce sujet, il est bon encore d'observer que, quoique l'on regarde en général, en arabe, le verbe comme la racine de laquelle dérivent tous les noms, cette idée ne doit être admise qu'avec certaines restrictions. Ainsi, bien que, dans la manière de classer les mots dans les dictionnaires, le vprbe i-l semble être la racine de J>w!, il n'en est pas moins certain que le nom x^) lion a donné l'origine au verbe qui signifie être saisi d'horreur à la vue d'un lion^ ressembler à un lion par la force et l'audace. De même le mot »iJI Dieu doit être considéré comme

-' £ fi

l'origine du verbe aJ! adorer, honorer comme Dieu, et le mot iU eau, comme celle du verbe sU faire eau, donner à boire de l'eau. Le nombre de ces racines dans lesquelles le nom doit être regardé comme l'origine étymologique du verbe est très considérable. Il arrive aussi quelquefois que le verbe est dérivé d'un nom qui lui-même n'est point primitif, mais est dérivé d'un autre mot : ainsi ^J^^ ceindre et /Ji^Vi' se ceindre sont des verbes dérivés de (^ia-^ ceinture, nom qui lui-même est dérivé du verbe j^ii .

Dans mon opinion, ^ savoir, rôeiSévai, ^.jà^ Jurer, TÔôpivueiv, sont de l'espèce des noms nommés ;^|-^; Je science, ÉTriç^Ti, ^ài^ serment, opxoç, sont de l'espèce appelée -Xj»U-.

602. Au surplus , comme cette division de noms en nom solide .>^[L et nom dérivé ,3^ est de peu d'importance dans la grammaire, je n'y aurai point égard et j'appellerai noms primitifs tous ceux qui donnent naissance à des dérivés, et noms

vés des noms qu'à ceux qui sont dérivés des verbes. Derimhim est, dit-il, qnod ab alio nomme vel verbo derivatur. Voyez Brèves arab. ling. Institut., page 162. Ebn Farliat la restreint aux noms dérivés du verbe, et il exclut le . J— ^t^ de la catégorie des noms dérivés, le regardant, avec l'école de Basra, comme le primitif du verbe lui-même.

dérivés tous ceux qui dérivent soit des verbes, soit immédiatement des noms, comme les diminutifs et les adjectifs relatifs, ethniques, patronymiques et autres.

Les noms d'action, sous un certain point de vue, devraient être regardés comme primitifs par rapport au verbe; mais, comme je le dirai plus loin, sous le rapport grammatical ou étymologique, il parait plus naturel de regarder le verbe comme le primitif, et le nom d'action comme le dérivé.

603. t Les noms primitifs peuvent être trilitères ^^ , comme X-A lion, ou quadrihtères ^='-'), comme J-^J^ une grosse pierre. Quelques-uns ont plus de quatre lettres, comme J^LL-I coing, qui est composé de cinq lettres ^~.U=>.. Il y en a quelques-uns qui n'ont que deux lettres et qu'on nomme, à cause de cela, '^^ bilitères, comme S combien, ji possesseur.

604. t Plusieurs noms cependant qui n'ont que deux lettres, comme 4-^! père, ~\ frère, jj wain^sont réellement trilitères, le retranchement d'une de leurs radicales n'étant qu'une irrégularité qui cesse même d'avoir lieu au duel et au pluriel:

ainsi >^1, -Il et Ij sont pour 5j! , y^! et ^j4.> ce retranchement est nommé par les grammairiens arabes ^^^' ■^^ , comme qui dirait suppression violente, Juguîation. Ces noms s'appellent aussi jli^^! ^jjJr^, c'est-à-dire dont on a retranché la partie postérieure.

605. t Les distinctions que nous avons faites par rapport aux verbes nus ^Js^ ou augmentés d'un crément i-J -Vj^» ^^'

guliers pLl ou irréguliers Jl ^, redoublés >àsUs» , sourds

1^!, hamzés \y*^ , enfin infirmes J^, soit assimilés JUo»,

soit concaves ^3j 4', ou défectueux J^j-J , etc., s'appliquent également aux noms, et il serait inutile de nous y arrêter.

606. Outre les lettres radicales, les noms primitifs ont sou-

vent quelqu'une des lettres de prolongation, comme dans

> ,!y. corbeau, ,U^ âne, O^P puce, ^^y\-x^ araignée, ^j^~'J-\c

rossignol, ^~x»»p pauvre.

607. Les noms dérivés des verbes ou des noms primitifs indiquent, par leur forme même, quelle est la signification accessoire ajoutée à celle du verbe ou du nom primitif dont ils sont dérivés; en sorte que la connaissance de ces formes est aussi essentielle que celle des formes des verbes dérivés (no 267) et dispense souvent d'avoir recours au dictionnaire.

608. Les noms dérivés se forment de leur primitif, soit par le simple changement des voyelles, soit par l'insertion de quelqu'une des lettres de prolongation entre les lettres du mot primitif, soit par l'addition de quelqu'une des lettres serviles

\ , ■. ', /r', (•, (j et ^ comprises dans le mot technique Ui^.

Ces lettres sont nommées --''j ; créments, et les noms qui se forment par l'addition d'une ou de plusieurs d'entre elles, :>tJlL^ augmentés; ceux qui n'ont que les lettres radicales sont appelées ^^ nus ou ^o' radicaux. Sous le .^ est compris le s. ^"

Ce que nous allons dire sur l'emploi qu'on fait des lettres

comprises dans le mot mi:o, pour former les dérivés, est commun aux noms et aux adjectifs.

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