‹ Grammaire arabe de Silvestre de Sacy. 3. ©d., pub. par l'Institut de Carthage et rev. par L. MachuelChapitre 97 sur 188 · NOMS D'ACTION · texte numérisé non relu

NOMS D'ACTION

619. Le nom nommé par les Arabes J*àJ ! «J nom de l'action, ojJ^ ^-*»l nom d'événement ou ,A~a^ principe, est un nom abstrait qui désigne l'action ou la manière d'être expri-

mée par le verbe qui lui sert de racine, avec abstraction de tout sujet, de tout objet et de toute circonstance de temps passé, présent ou futur, (i) C'est sans doute pour cela qu'il est nommé .Jwa^ principe, non pas comme racme étymologique du verbe, duquel , au contraire, il est souvent évidemment dérivé, mais comme principe de la signification du verbe et comme renfermant l'idée primitive à laquelle toutes les formes du verbe ne font qu'ajouter des idées accessoires. (2) C'est ainsi que l'idée primitive renfermée dans le mot amour produit d'abord le mot aimant, qui sert à joindre l'idée de Vamour avec celle d'un être quelconque, et ensuite toutes les formes du verbe aimer, qui réunit cette idée avec celle de l'existence d'un sujet déterminé ou indéterminé, en y joignant encore différentes circonstances de temps et de relation.

620. f Le plus grand nombre des grammairiens arabes regardent, ainsi que nous l'avons dit ailleurs (n° 257), la troi-

(1) Voyez, sur la nature du nom abstrait et sur la différence qu'il y a entre ce nom et l'inûiiitif du verbe, mes Principes de grammaire générale, 2« édition, p. 31 et suiv. ^

(2) L'auteur du Livre des définitions '^Z^^sjjxxj 1 w»^ décrit ainsi le j J-~^ : « Le masdar est le nom duquel est dérivé le verbe et d'où il provient. »

(Man. ar. de la Bibl. du Roi, n» 12.36.)

Meïdani, dans son Molhat-alirab, dit aussi que le masdar est la racine de laquelle dérive le verbe :

jiàJ t [SliLiî,! -.U^ L) ij^ j J^) ^ij J-<«"^ ' .jJkJlj

Dans son commentaire, il ajoute « qu'on l'a nommé masdar parce que c'est de lui que provient le verbe, et que le prétérit, l'aoriste et l'impératif sont formés du nom d'action. »

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sième personne du singulier masculin du prétérit du verbe comme la racine de laquelle dérivent non seulement tous les autres temps du verbe, ses modes, ses voix et ses diverses formes, mais aussi les noms d'action, les adjectifs verbaux, les noms d'unité, de temps ou de lieu et autres. D'autres, et particulièrement ceux de l'école de Basra, veulent que le nom d'action soit la racine de laquelle dérivent et le verbe lui-même et tous les noms et adjectifs verbaux. Chacune de ces deux opinions est vraie, mais sous des rapports différents. On peut les concilier en considérant le nom d'action comme la racine logique, et la troisième personne du singulier masculin du prétérit du verbe comme la racine grammaticale ou étymologique.

621. Chaque forme de verbe, primitif ou dérivé, régulier ou irrégulier, a une ou plusieurs formes déterminées de noms d'action qu'il est absolument nécessaire de bien connaître.

622. t Quand les grammairiens et les lexicographes arabes veulent indiquer de quelle manière un verbe se conjugue à la forme primitive, ils le font par la troisième personne du singulier masculin du prétérit et par la môme personne du même genre et du même nombre de l'aoriste indicatif. La connaissance de ces deux formes suffit pour conjuguer tout le verbe. Ils disent, par exemple : j^ y^, , ^-^ --r^^^. > ^-^-^ ^,-»»sri, Ué llij, etc. C'est ainsi qu'on indique suffisamment la conjugaison d'un verbe latin par la première et la seconde personne du présent indicatif, la première du prétérit du même mode, le présent et le supin de l'infinitif, comme co/%o,ts,e^i^ec^M»n, igere. Les Arabes joignent encore aux deux personnes susdites du prétérit et de l'aoriste le nom d'action, parce que le verbe primitif est susceptible d'un grand nombre de formes de noms d'action. Ainsi, pour indiquer la conjugaison des verbes

'.jL être triste, ^^^ écrire, 'Ai durer, J4- être facile, on dit :

623. f Tous les noms qui indiquent d'une manière abstraite l'attribut compris dans la signification du verbe ne sont pas pour cela considérés comme noms d'action (no 601); ainsi, Je

science, i 2b soif, ne sont pas les noms d'action des verbes Uc

savoir, ^^^Jb avoir soif; leurs noms d'action sont Jlc et Ut. Les grammairiens arabes nomment ces autres noms simplement noms *), par opposition au nom d'action .ù.^^ .W

624. La nuance qui est entre la signification du nom et celle du nom d'action est souvent presque imperceptible, et ils s'emploient fréquemment l'un pour l'autre; mais ce qui distingue principalement le nom d'action, c'est qu'en le mettant à l'accusatif, et en en faisant une sorte d'adverbe, on le joint souvent au verbe lui-même, pour donner à sa signification plus

d'énergie, comme dans ces exemples : '-i-J^ V r^ i>^'J^ [verbe-

ravit eum verberatione gravi], il l'a frappé d'un frappement

(J) Suivant M. Lumsden ( a Grammnr of the arable laiigun^f, p. 207), ces noms qui ditTèrent de l'infinitif, à peu près comme serment, amour, science diffèrent

de jurer, aimer et savoir, sont nommés . J-^=-^ ^,->J . Voici ce que je lis à ce

sujet dans un bon commentaire sur VAIfiyya (man.de Saint-Germain-des-Prés, n«46o, fol. m recto) :

« Sachez que le nom de l'idée, laquelle ou provient de l'agent, comme l'action de battre, ou existe en elle-même, comme le savoir » (c'est-à-dire qui exprime l'action produite au dehors par le sujet ou la manière d'être dont le sujet luimême est personnellement afïecté),» se divise en deux catégories : le masdar et le nom faisant fonction du masdar. Si la première lettre est un mim ajouté [aux

) , t. , t , , I. y radicales], excepté dans la forme mofdala, comme dans vV^** et ï-X<^, ou

si, appartenant à un verbe autre qu'un verbe trilitère [primitif] , il a une forme

douloureux; UJl^'^y> iiJ! J^=> [allocutus est Deus Moysen alloquendo] Dieu a adressé la parole à Moïse; îU~J' ,^ ^jJ

j-— J^?^ ' j^i \ ^y au jour où les deux seront ébranlés et où les mo7itagnes marcheront.

625. Une autre circonstance qui caractérise le nom d'action c'est que, comme on le verra dans la syntaxe, il peut régir, à la manière du verbe, un sujet au nominatif et un complément objectif; mais ce caractère est peu sensible quand il s'agit des verbes neutres.

626. La forme primitive du verbe trilitère donne naissance à un grand nombre de formes de noms d'action, dont les unes appartiennent plus ordinairement aux verbes actifs, les autres aux verbes neutres,quelques-unes sont communes à toute sorte de verbes, d'autres sont propres à certaines classes de verbes irréguliers. Les noms d'action formés des verbes quadrilitères et de tous les verbes dérivés sont en bien moins grand nombre. Il y a même plusieurs formes de verbes dérivés qui ne

telle que l'aurait celui d'un verbe trilitère [primitif], comme J--^ et t>-'''"J

[qui répondent aux verbes J~u»i-£' et >viy ], alors ce sont des noms faisant fonction de masdar. Dans tout autre cas, c'est un masdar. »

jljj

Ce qui donne quelque importance à cette distinction, c'est que le maiéar gouverne son complément objectif à la manière du verbe, ce qui n'est pas ordinairement permis avec le nom faisant fonction de masdar. Le commentateur en donne cependant des exemples. Suivant Aschmouni, autre commentateur, ceux des noms qui ont un mim régissent absolument, à la manière du masdar

donnent naissance qu'à une seule forme de nom d'action. Voici le tableau des principales formes de noms d'action de tous les verbes trilitères et quadrilitères primitifs et de leurs dérivés.

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