‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 110 sur 409 · NOMS PROPRES · texte numérisé non relu

NOMS PROPRES

a) Quand ils désignent, par antonomase, des personnes ayant les mêmes qualités que celles dont on emprunte le nom : Les Corneilles rf les Racines smit nares, c'est-à-dire les poètes semblables à Corneille et à Bacine; de même les Homère^, les Cicérons^ les VirgileSj les JuvéNals, etc.

b) Quand ils sont employés, par métonymie, comme noms communs pour désigner des ouvrages célèbres, des œuvres d'art pai' le nom de ceux qui en sont les auteurs, etc. : J'ai vu deux Raphaèls au musée.

Souvent, dans l'un comme dans l'autre cas, les noms propres de personnes deviennent de véritables noms communs et cessent de prendre la majuscule initiale : de^ barèmes, des calepins^ des dédales, des ffuillotines, des harpagons, de^ macadams, des mentors, des phaétons, des quinquets, des tartufes, etc. On dit de même des capitale, des gruyères, des roqueforts, pour des fromages du Cantal, de la Gruyère, de Boquefort, des cachemires, des sédans, des grèves, des elzévirs, etc.

Cette double règle ne s'applique qu'à un petit nombre d'exeirples pour ainsi dire classiques, et elle souflFre une foule d'exceptions auxquelles les grammairiens n'ont pas même pensé; par ex. lorsque le nom propre n'est pas un mot simple, ou qu'il est trop moderne, ou qu'il ne s'emploie pas souvent comme nom commun, ou qu'il appartient à une langue étrangère, etc. On écrit donc sans se soucier de la règle : des Don Quichotte, des Ija Fontaine, des Michel-Ange, des Mirabeau, des Béranger, des Hamlef, des Byron, des Holbein, des Goethe, des Wasliinatofi, etc. I^es Washington sont rares. J'ai acheté plusieurs Diaay.

Tel est l'usage actuel, comme on peut le constater chez nos meilleurs écriv:iins : Je n*ai jamais goûté les ApoUons sur le retour (V. Cherbuliez, Le Fiancé de M^^^ Saint-Maur, p. 55). 7/ y avait en lui, le dirai-jef un peu de cette étoffe dont sont faitsles Hamlet (Prosper Randoce, p. 2). Ainsi les Apollonn avec s et les Hamlet sans s Pourquoi cette différence? Mais ce n'est pas tout : TAcadémie écrit des Don Quichottes, et Ton trouve même dans le die* tionnaire de Littré des Dons Quichottes; d'oxi Ton peut conclure qu'il faut ôcrire, d*aprc3 l'Académie, des La Fontaines^ des Le Bruns, ou môme, d'après Littré, ou plutôt d'après son collaborateur, M. B. Jullien, des Las Fontaines, des Les Brunsl Si l'ignorance ou la fantaisie n'avaient pas tenu jusqu'ici nue si grande place dans les élucubrations de la plupart des grammairiens français, il y a longtemps que l'on aurait adopté cette règle : Les noms propres, tant qu'ils restent noms propres, doivent conserver leur orthographe originelle et s'écrire avec une majuscule initiale, et il n'est pas permis, quel que soit leur emploi, 4fi l^s défigurer en y ajoutant ou en y modifiant une lettre quelconque; il faut donc écrire : Les ComeiUe sont rares, comme on écrit : Les GomeiUe s mt nés à Rouen. Les Boilean et les Gilbert furent les Juvénal (et non les Juvénals pas plus que les Juvénara) de leur siècle. Mais quand les noms propres sont devenus de vrais noms communs, ils ne s'écrivent plus avec la majuscule initiale et il faut les traiter comme les autres noms communs en leur

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donnant la marque du pluriel: des harpagons, des menton, des tartufe». Avec cette règle si simple et en même temps si logique on débarrasserait la grammaire de subtilités qui en rendent Tétude stérile.

c) Les noms propres de pays et de villes prennent aussi la marque du pluriel, quand il y a pluralité dans l'idée : Les Europiem ont colonisé les deux Amériques. On écrit de même : les Indes, les deux Romes, Tancienne et la moderne, etc. Mais on écrira sans s ; les deux Fribourg, Uy a plusieurs Berlin eti Ainérique.

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