Chapitre IV DE L'ADJECTIF
Article I. — Se Tadjectif en général
1 . Le no^n adjectif ou simplement Yadje^^fif sert à nommer les qualités des êtres ou à dire comment sont les personnes et les choses. Ainsi quand je dis : Le botdetest r&nd^ j'exprime comment est le houl^ty je nomme sa qualité ; rofid est un adjectif , qui qualifie le substantif froi^/^.
Un des caractères de l'adjectif est de différencier les idées et d'opposer l'une à l'autre les qualités physiques et morales des personnes et des choses, comme grand et petit, liaut et bas^ large et étroit, chaud et froid, dur et tendre, doux et amer; diligent et paresseux, triste et gai, bon et méchant. Si l'un des adjectifs manque, on y supplée par la composition au moyen du suffixe négatif in : fini et infini, pur et impur, pdi et impoli, etc. {}),
Les qualités des objets peuvent se diviser : 1° en qualités ou propriétés essentielles, ou en propriétés qui conviennent nécessairement à un objet, comme la propriété d'être bUnche pour la neige, et celle d'être noire pour le charbon, et 2® en propriétés accidentelles, c'est-à-dire en propriétés que les objets peuvent avoir ou ne pas avoir, comme la propriété d'être ronde qu'a une table, qui pourrait aussi être carrée ou allongée sans cesser pour cela d'être une table. Ainsi le miel est doux, c'est sa qualité essentielle ; mais il peut être jaune, blanc, épais, proprCy vieux, frais, etc. L'homme est mortel : moHel, qualité essentielle. Un homme vertueux : vertueux, qualité accidentelle.
La gi*ammaire moderne a fait de Tadjectif une partie distincte du discours, et a donné au mot nom le sens de l'expression ancienne nom substantif (^).
(1) V. Becker, Org. der SprachCt 102.
(2) < Le nom adjectif était ordinairement regardé par les anciens comme une espèce dans la classe générale des noms et ne formait pas à lui seul une partie du discours. Cet
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2. L'adjectif est le plus souvent ajouté au substantif pour inarquer quelque attribut qui ne convient qu'à une certaine -classe d'objets par opposition à une autre classe de l'espèce entière indiquée par le substantif, par ex. Vhomme riche et Vhomme pauvre; en pareil cas, l'adjectif restreint l'étenduedu substantif, il le détermine, et c'est pourquoi on l'appelle dàerminatif.
Mais, quelquefois ausS, l'adjectif s'emploie uniquement pour •exprimer une qualité qui, étant déjà contenue dans la notion même du substantif, convient à tous les êtres désignés par ce substantif et n'en restreint point l'étendue, comme quand on dit Vhomme mortel; on le distingue alors en disant qu'il est explicatif. L'adjectif explicatif n'est pas autre chose que ce qu'on appelle épifhète en rhétorique.
Quand l'adjectif exprime une qualité essentielle, il ne peut être employé que comme prédicat ou comme épithète ; dans ce dernier cas, il ne restreint pas l'étendue du nom qu'il qualifie, il n'est pas déterminatif, mais simplement explicatif : le doux miel.
Le mot adjectif vient du latin adjectivua et signifie plutôt qui cloute à que 4ijouté à. Le suftixe if exprime en général un sens actif, et l'adjectif a en eiîet poar l'onction, comme on vient de le voir, d'ajouter à la notion totale de Tobjet exprimée par le substantif Tidée d'un attribut particulier qui en restreint retendue de signification.
Les grammairiens français ont étendu le nom d*adjectifs aux noms de nombre et aux pronoms adjectifs, comme deux, quelque, mon, cet, qu'ils ont appelés adjectifs détermincUifs, pour les distinguer des adjectifs proprement dits ou adjectifs qualificatifs, comme bon, beau, utile. Cette distinction toute moderne doit être abandonnée : 1» parce que tous les adjectifs sont dé- /ermi?uifi/« , puisqu'ils se joignent aux noms pour en déteiminer ou restreindre la signification à l'idée de Vespèce particulière : L'écolier studieux fera des progrès (§ 62); ^ parce que cette distinction a le grand défaut de placer dans deux parties difTérentes du discours, l'adjectif et le pronom, des mots comme moi et fnon, ce (c'est moi) et cet (cet homme), qui et queh quiconque et quelconque, que la langue elle-même a rapprochés, parce qu'ils sont absolument de même nature, quoiqu'ils ne remplissent pas les mêmes fonctions dans le discours. D'ailleurs, le pronom marque la personne; c'est là sa propriété caractéristique, que le verbe n'a que par emprunt et qui n'appartient à. aucune autre partie du discours. Or, du moment que l'on admet que fnon, ton^ eon, etc., sont des adjectifs, on arrive forcément à cette conclusion que l'adjectif, dont l'essence est d'exprimer la qualité des êtres, marque également les
usage était i*aisonnabie. En efTet, les noms communs ou appellatifs eux-mômes expriment p\\itC)i la qualité que la substance (g 62). Si donc les noms communs sont ranjgés parmi les substantifs, il n'est pas nécessaire de former une classe à part pour les adjectifs qui n'en différent pas essentiellement. L'adjectif, en efTet, qualifie T»resque toi^ours le substantif, sans lequel il ne peut fonner un sens complet ; mais il s'emploie aussi quelquefois comme substantif, avec l'addition d'un article... Il y a donc de bonnes raisons pour distinguer l'adjectif du substantif, mais il y en a aussi pour réuniren un seul genre ces deux espèces de mots, qui ont souvent entre elles tant de ressemblance. » Egger, Notiotis , p. 55.