‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 112 sur 409 · DE LA FLEXION DE L' ADJECTIF · texte numérisé non relu

DE LA FLEXION DE L' ADJECTIF

personnes grammaticales, ce qui est absurde. Il faut remarquer en outi^ que cette classification des adjectifs en qualificatifs et déterminatifs n'est nullement en rapport avec le sens même que les grammairiens français attribuent au mot déterminer, puisquMls disent, à propos de Tarticlc, qu'un nom commun est pris dans un sens déterminé, lorsqu'il désigne un genre : Les enfatUs sont légers ; une espèce : Les enfants studieux sont chéris de leurs maîtres; ou bien un ou plusieurs individus particuliers : Cet enfant est sage (*)• Ainsi voilà le nom enfant qui est déterminé^ à des degrés différents il est vrai, par l'adjectif qualificatif «^id^uj; aussi bien que par l'adjectif déterminatif ce/ ; pourquoi alors faire une classe à part des adjectifs détermitmtifs, puisque tous les adjectifs peuvent remplir cette fonction de déterminer le substantif?

3. L'adjectif, qiii diflfère peu du nom commun par le sens et ne s'en distingue point par la forme, peut devenir un véritable substantif. Quand je dis : Lliomnxe riche méprise saurerU l'homme pauvre, le mot riche ou pauvre est un adjectif qui exprime la qualité de l'être désigné par le substantif auquel il est joint. Mais si je dis : Le riche méprise souvent le pauvre, le mot ridie ou pauvre désigne une personne caractérisée par cette qualité, il joue donc le rôle de substantif et est précédé de l'article; on dit alors que ridie ou pauvre est un substantif-adjectif (§ 62). Ainsi le substantif prend l'article, l'adjectif ne le prend pas, et quand il le prend, il cesse d'être adjectif et devient un véritable substantif.

Pour qu'un adjectif puisse s'employer substantivement, il faut que l'esprit sous-entende facilement le mot personne (homme ou femme) ou chose, comme dans : un sage, au lieu de : un homme sage; une savante, au lieu de : une femme savante; le beau, c'est-à-dire toute chose belle, etc. Ainsi, dans cette phrase : Les hommei légers aiment les choses frivoles^ on ne pourrait pas faire abstraction des mots homms et chose, parce que l'on ne saurait pas s'il s*agit d'un homme ou d'une chose légère, d'une personne ou d'une chose frivole, les adjectifs léger et frivole se disant aussi bien des personnes que des choses.

Article IL — De la flexion de Tadjectît

L'adjectif, ne représentant directement ni les personnes ni les choses, ne peut avoir par lui-même ni genre ni nombre; il varie cependant, dans sa terminaison, selon le genre et le nombre du substantif qu'il qualifie; autrement dit, l'adjectif, qu'il soit employé comme prédicat ou comme attribut, s'accorde en genre et en nombre avec son substantif.

Il résulte de cet accord que tout adjectif forme son féminin, comme dans les noms de personnes, par l'addition d'un e : une excellente amie, et qu'il prend un « (x) au pluriel; les bains froids j tes écoliers soumis.

(1) V.Chapsal, Grammaire française, 8« 33-36.

A. Formation dn léminiB.

1. Tous les adjectifs se terminent au féminin par un e muet. Il n'y a en français qu'un seul adjectif qui soit resté invariable, c'est ffrand dans les expressions telles que granctmère^ ffrarufrotUe.

Le latin formait le féminin d'une nombreuse classe d'adjectifs au moyen de la voyelle a : bonusj bona. Or, a final donne toujours e muet en français ; c'est ainsi que le e muet est devenu dans notre langue le signe distinctif du féminin. Mais les adjectifs de l'ancien français suivaient en tout point les adjectifs latins, c'est-à-dire que les adjectifs qui avaient chez les Romains une terminaison pour le masculin et une pour le féminin, bonus — bona, avaient aussi deux terminaisons en français, et que ceux qui en avaient seulement une pour ces deux genres, comme grandis (homo grandis, femina grandis], fortis, prudens, vilis, etc. n'en avaient qu'une en français; on disait, au XIII* siècle, une grand femme, une âme vil, etc. Plus tard, on a étendu la distinction du masculin et du féminin à tous les adjectifs, quelle que fût leur forme en latin, et, contrairement à l'étymologie, on a écrit grande^ forte, prudente^ vtlé, comme on écrivait bonne ^ etc. Cependant, une trace de la fonnation primitive est restée dans les expressions grand fnère, grand tante, grand rue, grand route, grand messe, grand pitié, grand peine, grand merci, grand ferme, grand chose, etc., que Ton écrit abusivement avec une apostrophe : grand' mère, grand'route, etc. On trouve encore mère grand dans les Contes de Perrault, et cette expression s'est conservée dans les dialectes populaires. — On dit aussi, en style de palais, lettres royaux; de même, la livre tournois (vingt sous), la liwd parim (vingt-cinq sous); de même encore, /bn/«6apti«ntat4a;; or, fonts (pour fontaines) était féminin. Ce dernier mot n'est plus employé comme nom commun qu'au pluriel. Le singulier font ne nous est resté que dans les noms propres de pays, avec l'article la ou un adjectif féminin : La Font, Chaudefond, village de l'Anjou ; ce dernier mot devrait s'écrire Chaude-Font ou Chaudefont. Il est encore resté d'autres traces de l'ancien usage dans quelques noms propres, comme Rochefort.

2. La formation du féminin dans les adjectifs dépend de la letti'e qui termine le mot.

Les adjectifs sont terminés par une voyelle ou par l'une des consonnes r, Z, n, t, s (x)^ f; quelques-uns seulement par les consonnes r/, </, c.

3. Quand Tadjectif est terminé par une voi/eUe sonore^ on ajoute au féminin un e qui ne se prononce pas : un gilet UeUj une robe bteuBm

Dans les mots en gti, on surmonte du tréma le e muet que l'on ajoute pour former le féminin : un fer aigu^ une hache aiguë. Ce tréma est nécessaire pour conserver à la voyelle u sa valeur propre et empêcher qu'on ne prononce aiguë comme si u était nul ou servile.

Tout adjectif qui est déjà terminé au masculin par un e muet ne change pas au féminin : un champ fertiley une terre fertile.

184 FORMATION DU FÉXININ § 75

4. Quand Tadjectif est terminé par une consonne, on forme également le féminin au moyen d'un e qui ne se prononce pas : un raisin mûr^ une pomme mûre] égal, égale.

Quand la consonne finale est muette, l'addition de « a pour effet de la rendre sonore : un bain froid, une matinée froide; vert y verte. En formant le féminin on peut donc voir par quelle lettre Tadjectif se termine au masculin; le féminin verte montre que vert s'écrit avec un ^ à la fin. Cependant favorite et coite ne se terminent pas par t au masculin : favori (de l'italien favoritojy coi (du latin quietus).

Quand l'adjectif est terminé au masculin par une consonne, l'addition de e amène souvent : 1"^ un changement dans la voyelle qui précède immédiatement cette consonne et qui a l'accent tonique, comme amer qui fait amère; 2? le doublement ou la transformation de la consonne finale, comme net, vif qui font nettey vive.

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