Verbes à radical réduit
2. Les verbes à radical réduit sont les plus nombreux; sauf choir, ils ont tous pour finale un v, qui s'élide devant une consonne au S. du présent, par ex. il pleut; mais, aux deux futurs, le V subsiste, et pleuvoir fait // pleuvra, comme mhre,,je suivrai, ou il se change en u ia,n^/ aurai, je saurai, ou bien il s'assimile au r dems je pourrai.
La plupart de ces verbes subissent une transformation de la voyelle radicale quand elle a l'accent tonique.
Avoir. La voyelle radicale devient ai à la 1. S. du présent, au participe présent et au présent du subjonctif et e muet aux temps du passé. LMmpératif est tiré du subjonctif : Ayant. J'ai, tu aSj il a, nous avo^iSj wm avez^ ils ont. Aie^ ayons^ ayez. Que/aie^ il ait^ ytoiis ayons^ ils aient. J^avais. J'eus. Que f eusse. Eu. TaU' rai. J'aurais. (V. le § 127.) — Ravoir n'est usité qu'aux temps du futui' : Je veux ravoir mon livre. Ramentevoir (formé de re (r)^ à, metit, esprit, et avoir) a toutes ses formes, mais il est vieilli : Ne ramentevons rien. (Mol.) Je vous ramenterai qu'un jour... (Volt.)
Avoir vient de habêre. Le e (= i) de habeo fut attiré par le a radical et le diphtongua en ai. Le b, conservé sous forme de v, à Timparfait et à la 1. et 2. P. du présent, comme à l'infinitif, est tombé partout ailleurs. Un i consonne fy) a pris sa place au participe présent {ayant). Le subjonctif présent (aie^ ayonij reproduit exactement habeam, sauf le b disparu; la 3. S. perdit de très bonne heure le e flcxionnel (= a) que les deux autres personnes ont conser>'é. Ont est le latin ha bent , où le o = aH = ab. Toute trace du radical de ce verbe a disparu dans les temps du passé, du moins dans la prononciation, car l'orthogi-aphe représente encore aux yeux le e (= a latin, eus de habui)^ qui n'existe pas ailleurs (par ex. sefi^ su). Le participe eu est le latin hahùtus pour habitus.
Savoir. Ce verbe a, outre sav-, un radical particulier sachpour le participe présent, le présent du subjonctif et Timpératif. La voyelle radicale a se diphtongue en ai au S. du présent : iSach-ant (savant est devenu adjectif). Je sais^ tu saiSj il sait^ ^wus savions, vous savez, ils savent. Sache, sachons j sachez. Que je sache, que funts s(tchions, que vous sachiez, etc. Je savais. Je sus. Su. Que je susse. Je saurai. Je saurais. — Assavoir est un ancien verbe usité dans la locution : faire assavoir, que l'on écrit maintenant faire à sawir.
Savoir est dérivé de sapere par le changement de sapére en sapêre (sapire, savire, savoir). Le i de sapio s'unit, comme le e de habeo, au a radical pour le diphtonguer en ai^ forme qui s*est étendue par analogie aux deux autres personnes du singulier. Le subjonctif sapiam a donné sache par le changement régulier de pia en ch [sapiam, sapjem, sache). L'impératif est tiré du présent du subjonctif, mais sans le i de la 1. et 2. P. Le prétérit, formé de sapui, était S6U, se-ûs, seut, se-tnnes, se-ûstes, seurent, d'où, par contraction, les formes actuelles.
Choir (autrefois cheoir), usité surtout dans les composés déchoir, échoir, etc. La voyelle radicale est e, qui est supprimée à rinânitif, mais reparaît aux futurs et se change en oi dans les temps du présent, même devant les flexions accentuées.
Le simple choir s'emploie encore à l'infinitif : Prenez garde de choir, au S. du présent : je c)wis, tu chois, il choit, au participe chu, chue, il se conjugue avec être : ils sotit chus; les autres temps et les autres personnes ne sont pas usités; cependant Bossuet a dit : il chut, et on pourrait se servir de ce temps; on pourrait aussi employer le futur : je cherrai ou je choirai : La chevillette cherra. (Perrault.)
Dédioir n'a pas de participe présent : Je déchois^ nom dé-choyons^ etc. Décluns^ déclioyom^ déchoyez. Qtieje déchoie^ que nous déchoyionSj etc. Je décJtoyaiSy nous déchoyions^ etc. Je déchus. Que je décliusse. DécJiu. Je dédierrai. Je décherrais. Ce verbe est d'an usage plus fréquent dans les temps composés.
Eclwir se conjugue de même; il a le participe présent &/i«tiR/^ mais il n'est guère usité qu'à la 3"" personne : U échoit, que quel* quefois on prononce et on écrit il échet, ils échoient. Qu'il échoie. Il échoyait. Il échtd. Qu'il échût. Ediu. Echerra. Echerrait, Le participe présent est surtout employé dans cette locution : U cas échéant, et le participe passé dans celles-ci : Le terme est ichu^ paye)' le terme échu.
Choir est formé de cadére, moyennant la clmtc complète du d et le déplacement de Taccent. La forme complète de rinfmitif est cheoir (cf. seoir, veoir), d'où le e== a aux futurs : cherrai, cherrais (cf. verrai). — Ces verbes ont deux prétérits, renvoyant Tun à cddui*, Tautre à cadivi^ formes que le latin vulgaire avait dû substituer à cecidi. Le second fut, dans le principe, le plus usité : chai et cheîj cheireni„ etc. Le premier, qui seul a survécu, ne devint guère prépondérant qu'au XV* siècle : eheu, cheùa, cheut^ etc. Le participe passé chu^ anciennement c/ieû, conserve au féminin le t étymologique dans chape-chute.
Devoir. La voyelle radicale e se change en oi quand Taccent est sur le radical : je dois. Le participe passé dû prend un accent circonflexe pour le distinguer de du = de le ; mais le féminin est due. (V. le tableau, § 124, et le § 112.)
Ce verbe est formé régulièrement de déttère,
— Cevoir, forme supposée qu'on trouve dans les composés concevoir^ décevoir^ percevoir ^ apercevoir^ recevoir. Ces verbes ont la même voyelle radicale que devoir et se conjuguent absolument de même ; la consonne c devient g devant o et u :je reçois^ je reçus, etc.
I-.es verbes recevoir, etc., ont ét<'» formés directement du latin par le ch.uigement de recipëre en recipêre (§ 105). Le simple capere nous i-este i>eut-étre dans chevir, cf. le prov. cabir.
Mouvoir. La voyelle radicale ou devient eu quand elle est accentuée : Mouvant. Je meuSj nous mouvons^ ils meuvent, MeuSj mouvons, mouvez. Que je meuve, que nous mouvions, etc. Je mouvais. Je mus. Que je musse. Mû, mue. Je mouvrai. Je mouvrais, — Promouvoir n'est usité qu'à l'infinitif, au prétérit, à l'imparfait du subjonctif et au participe p-w/m dans les temps composés: On l'a promu à Vépiscopat, Cet ecclésiastique méritait que le pape le promût à la diynité de cardinal, (Ac.) — Démouvoir, ternie depratique, ne s'emploie plus qu'à l'infinitif: Rien napu le démouvoir de cette prétention.
Mouvoir vient de movêre. Le prétérit fut d'abc^d mui, mofts, mut, moumes^ moustes, murent; le o des formes faibles se changea de boime heuiv en e, d*où les formes actuelles. Pareillement au participe : moii, meù, meii, mû.
Pouvoir. La voyelle ou devient aussi eu quand elle est accentuée. Ce verbe a, outre pouv-, un second radical puis-, qui sert à la 1 . S. du présent de Vindicatif, au présent du subjonctif et au participe présent : Pouvant et puissant^ qui est devenu adjectif : Je peux et je puis (cette dernière forme est la seule usitée à Tinterrogatif : puis-je?), tu peux^ ilpeutj nous pouvons^ vouspoîivez, ils peuvent. Que je puisse. Je pouvais. Je pus. Que je pusse. Pu. Je pourrai. Je pourrais. L'impératif est inusité.
Pouvoir, à l'origine podir, puis pavir, povoir, est formé de potêre pour possCy forme vulgaire faite sur potui, comme volére sur volui. Le prétérit était : poif poûSy poutf poumes^ poiisteê, porent. Le e prit ensuite la place do o, peu, peiiSy etc.| d'où les formes iictuelles.
Pleuvoir. Comme mouvoir^ devoir et cevoir^ ce verbe garde sa iinale v aux deux futurs : Il pleut. Qi^U pleuve. Il pleumit. Il plut. Qu'il plût. Plu, usité seulement dans les temps composés. // jjleuvra. Il jleucrait.
Pleuvoir est dérivé de pluere pai' le changement de pluëre en pluére et Tintercalation d'un v euphonique, qui est devenu partie intégrante du radical [plô^ vêre). La diphtongaison , régulière à Tindicatif et au subjonctif (pleut, pleuve), a été étendue abusivement à l'infinitif et à toutes les formes faibles des temps du présent, qui d'abord ne la souffraient pas [pleuvait, pleuvant).