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Composés de concordance

2. Les composés de coordination sont ceux dont le déterminant est un substantif ou un adjectif qui est dans un rapport syntaxique de concordance avec le mot principal ; c'est pourquoi on les appelle aussi composés de concordance. Ils sont formés d'un substantif avec substantif comme dans cAoM-fleur, ou d'un substantif avec adjectifs comme dans Aai^-fond, ou d'un substantif avec nom de nombre, comme dans trois-^mât^.

a) Substantif aveo ■Qlwtantif .

3. Quand les composés de concordance sont formés de deux substantifs, l'un détermine l'autre sous foime d'aj^positioti, comme dans cAoM-navet (chou dont la racine est ronde et charnue comme celle du navet), ou les deux substantifs sont dans un rapport à'adtUtion, comme dans gomme-résim (suc végétal composé de gomme et de résine).

a) Dans les composés pai* apposition le nom du genre peut être lié par superfétation au nom de l'espèce, comme àjàx^ pierre ponce, ou, ce qui est le cas le plus fréquent, l'idée de l'espèce est marquée par le mot en apposition, comme dans chef-lieu (lieu qui est chef, c'est-à-dire en tête, ou lieu principal), betterave (espèce de bette).

P Le déterminant précède quelquefois le déterminé: érable, anc. érabre, érarbre (du latin acer, érable, et arbor), arbalète (du latin arcuballista), musaraigne (de musaraneus, lat. pop. musaranea, litt. souris-araigne) ; — aide-chirurgieti, aide-tnaçon, aidemajor, ctief-lieu, taupe-grillon ; — maître aidel, mère patrie, etc.

^ Le déterminant suit le pins souvent : autruclie (du lat. avis struthio, litt. oiseau-autruche), chien-loup, chien-renard, loupgarou (de loup et du bas latin gerulplius, mot d'origine germanique, angl.-saxon vere wdf, litt. homm^-low^^, poix-résine, pierre ponce ; — betterave, chafouin, cornemuse, quercitron, bateau-poste^ bien-fonds, blé-froment, Ué-seigh, borne-fontaine, bmdeau-aune^ chat-tigre, chou-fleur, chou-rave, chou-navet, chou-vache, commissaire-prisenr, comté-pairie, duché-pairie, épifie-vinette, gomme-gutte, goutte-crampe, martin-pêdieur, oiseau-mouche, papier-damas, papier-journal, papier-monnaie, peupl^roi, porc-épic (e^pic, de spicus, piquant), rose-croix, saisie-arrêt, sergent-major; — cerf dix corps, coton poudre, commis voyageur, gomme laque, etc. A cette catégorie se rattachent les noms composés reine-marguerite, reine- Claude, cdin-tnaillard, Marie-salope {narme), MessireJean (poire).

I^ composition par apposition repose sur la faculté que le substantif possède en fiançais de prendre le rôle d*adjectif; par ex. : Que voilà qui est BoÎAlérat. Que cela ««Madas (Mol.), un rubati roie, un dUner monstre, un mi philo-

sophe, Florhie l'avait guéri du genre Régence (Balzac), etc. \,y. § 172). CTest ce précieux avantage qui fait de la composition par apposition une mine inépuisable de mots nouveaux. Elle date du latin populaire et on en suit la trace, de siècle en siècle, à travers la langue du moyen Age et la langue moderne. Cette formation de mots, très commode et d'un emploi facile, est surtout mise à contribution pour la terminologie des sciences et des arts et métiers. Aussi la plupart des composés sont-ils à peu près étrangers à la langue courante, qui n'en connaît en somme qu'un nombre relativement restreint. La composition par apposition peut être utilisée avec avantage dans bien des cas où Ton a recours à la composition grecque.

De nos jours Victor Hugo, dans sa dernière manière, a fait un usage excessif de ce procédé de composition, accolant ensemble deux substantifs dont l'un devient i'épithète de l'autre, comme dans la dernière pièce des Contemplations : le monde châtiment, Vastre esprit et l'archange soleil, le chenal Brunehaut et le pavé Frédégonde, la fumée Erostrate et la flamme Néron, le volcan A lariCj etc. Ces sortes de composés rappellent bien les composés par apposition, avec cette difl'érence cependant que l'un des deux termes y est un nom concret et l'autre soit un nom abstrait, soit un nom concret employé métaphoriquement, de telle sorte que les deux mots réunis présentent des idées de deux ordres différents: le monde châtiment, le pavé Frédégonde. L'apposition, au contraire, réunit deux idées de même caractère, toujours simples, soit concrètes: choufleur, aide bourreau, soit abstraites: saisie-arrêt. De là vient que la composition, dans Victor Hugo, est plus chargée d'idées, plus féconde, plus synthétique, et par cela môme plus pénible (M.

b) Les composés par simple addithn sont peu nombreux: ttsufruit (du latin usufrucfus, abréviation de ususfructusqu^, l'usage et les fruits); — gonime-résine^ laurier-roue, laurier-cerise^ 'point-virgule^ Alsace-Lorraine, etc.

h) Substantif aTOO adjectif.

4* Les composés d'un substantif avec un adjectif sont très nombreux; Tadjectif se trouve dans un rapport attributif avec le substantif qu'il peut précéder, comme dans Ixmheur^ br/ssecotir^ ou suivre, comme dans ferUanc, main-forte. Le premier tenne peut être un adjectif ou un pailicipe pris substantivement, comme dans clair-obscur^ revenant-bon,

a) Les deux tiers au moins des composés de cette espèce suivent la construction ancienne et placent le déterminant avant le déterminé : aubépine (alba spina, épine blanche), bomluc, bonhomme, bonjour^ lx)nsoir, clojmie (altération de clausporc^ du latin clausus porcus., litt. porc enfermé), gentilhomme., hautbois^

(i) Dannsteter. ForniatUm des mots composés^ p. 2V*. M. Daiinsi»n«.»r relôve ici une autre particularité des composés frarifais et il est t*»nl(^ de voir dans le besoin (juN^prouve la Kingiic de présenter les idées une à une, avec clarté et limpidité, la raison qui lui interdit à peu près absolument de former des dérivés de mots rumpusés. 11 n'fxislei'n effet qu'une soixantaine de dérivés de ce genre. Or, dans la plupart de ces dérivés. les com}>osés sont aiTivés à l'état de simples, comme t>o>?/to?/m*t% colporter, fcrblnnc, g^i-

Jarme, manœuvre, primesant, vermoulu, etc., d'où l'on a tiré les dérivés /yo»i/i<»»i}>.

Colporteur, ferhlantiei\ gcnduntierie, manœuvrer, prhnesautier, vcruioulure. A pro^ pos du mot hellétrieti, M. Dannsteter fait la i-emarque que ce mot appartient au irar:çais de Genève, et il ajoute : « Avouons que, pour des amateurs de belles-lettres, ce dérivé a un aspect singulièi*ement barbare. »

mainmotie^ malaise^ malebête^ malefaim, maletnop% malericontrej malepede, malfaçon (aiic. malefaçon), malgré^ malheur, maltote, (anc. maie tolte, formé du participe du verbe fdlir, lever), morfil (= mort fil), nerprun ou noirprun, oriflamme (de aurea, v. fr. arie, et de famma), j^fafond (= plat fond), primevhe (du latin primmn rer, premier printemps), printemps (primum tempm, la première saison de Tannée, l'année commençant à Pâques), sainboiSy sainfoin , sauvegarde, verjus (vert jus) ; — bas-fond, Bas- Empire, bas-venire, b((Sse-cour, beau-fils, belle-filJe, blanc-manger, UanC'Seing (\), bonne-dame, chauve-souris, claire-voie, couii-bouillon, faux-bourdon, faux-fuyant, franc-maçon, franc-tireur^ grandpère, grand'mère, haut-fond, lèse-tnajesté (lèse, de laesus, blessé), mort-l}ois, morte-eau, mo}ie-saison, petit-chou, petit-fils, petite-fille, petit-gris, petit-lait, petit-^maitre, Petites- Maisons, jdain-chant (piain, plat), plaiu-pied, plat-bord, [jlate-bande, plate-forme, plate-ionge, 2>rud* homme, quote-pa^i, 7'ond-jx>int , sage-femme, saint-emjyire, saint-office, saint-j/ère, saint-siège, Saint-Esprit, feu Saint-Elme, sauf-conduit, toxde-bonne, toute-épice, toute-puissance, toute-saine, tiers-jfoint, vif -argent; — basse mer, basse Eggj/te, bas Danube, bas latin, bon sens, coude paiUe,.faux col, fausse monnaie, faux monnayeur, fausse clef, haut allemand, haut jxiys, haut fourneau, haut nud, haute futaie, haute justice, haute mer, haute paye, moyen âge, nouvel an, nouveau momie, petite vérole, petit pâté, prime saut, d'où prime-sautier, rouge bord, saint sépulcre, saint concile, saint chrême, sainte Bible, sainte Eglise, sainte Famille, saints Pères, sainte Vierge, sainte Trinité, tiers état, etc.

On écrit les basses Pyrénées, les basses Alpes, et, quand il s'agit des départements, les Basses Pyrénées, les Basses Alpes; — saint Pierre, saint Jacques, stnnt Jean, saint. Thotnas, saint Martin, et, dans le sens figuré, la Saint-Pierre, la Saint-Martin, la rue Saint- Honoré, le village de Saint- Cloud, Vordre de SaintlAfzare, etc.

b) Le déterminant suit le déteiminé : banqueroute (§ 142), charcutier (anc. chaircuitier, pr. marchand de chaire cuite), chégros (== chef gros), couHepointe, ancien, culte-pointe (du latin culcita puucta, couverture piquée), ferUanc (fer-blanc Ac), outarde (avis tarda dans Pline), jxxtenôtre (du latin jxder noster, Notre-Père), pivoi (pic vert), raifoii (v. fr. rais de radixei fofi), république (res publica, chose publique) , saindoux (sain de sagimen, graisse, et doux), verglas (de verre et glace), vinaigre, vimaire (vis major, pr. force majeure); — amour-propre, arcbout ant, branle-bas, carême-prenant (== carême commençant),

(1) nUmC'Si'ing, au lieu dp signifier neing en blanc Cplur. hlanc-SP'mgnK s'expli'pie mieux par;»o/j»>r sig*ià {z=zMPing) blatic (p\ur. blanra-seingsj. Darmsteter, 1V2.

AVER. Grammaire comparée. 23

clmpe-chtte^ chat-hnant. clair-obscur ^ œffre-foHy iwps-saitftj cJiristemarine^ eau-forte^ état-major ^^ garde-bourgeom, gras-double^ gtxtsfondu, giiet-apenSj anc. guet-ajyensé (de apemer, composé hors d'usage de pemer), laup-cervier, main-fotie, oHle-grièch^^ piegi'ièdie (de graeca, grecque), pont-levis^ pmit-neuf, procès-verbal ^ revenant-bon^ sang-froid, taille-douce ; — chêne vert, cJiiefi matHn, chou cabus, compte rendu, état civil, feu follet, garde natiotwley garde national, garde champêtre, huis clos, main chaude, main basse, pinne marine, pol pourri, sens commun, terre fenne, ferre sainte (= Palestine), ver luisant, ver solitaire, etc.

Il existe une série de mots formés d'un nom et d'un adjectif et dans lesquels il y a synecdoque, l'objet étant désigné par une de ses parties saillantes, par ex. un blanc-bec, un jeune homme sans expérience, le rouge-gorge, fauvette.

1** Le déterminant précède le déterminé : blanc-bec, gratidcroix, gros-bec, rouge-gorge, rouge-queue; — bel esprit, bon bec, grand cordon, etc.

2** Le déterminant suit le déterminé : béjaune (= bec jaune); — patte-pelu; — Ixts bleu, cordon bleu, pied hot, pied plat, tapis vert, etc.

La sjmecdoque ne consiste pas seulement à prendre la partie pour le tout. Sous le nom de m/iongmie, elle remplace l'eifet par la cause, le moyen ou l'instrument, le produit par le lieu d'où il tire son origine, et en général l'objet par une des circonstances qui l'accompagnent. Aussi faut-il faire entrer dans cette série les composés qui suivent : bon-chréiien (poire), bonhenri (plante), martin-sec (poire), saint-augustin (caractère d'imprimerie), i^a/w^jferwîa/w (\)0\ve),terre-neuve (chien), haut-le-corps, haut-le-pied, etc.

Dans les composés suivants il y a métaphore : aigue-marine (pieiTe précieuse), bouillon-blanc (plante), cerf-volant, fer-chaud (sorte de fièvre), longue-xme, pie-mère, dure-mère,

v) Substantif aTec nom de nombre.

5. Dans les composés d'un substantif avec un nom de nombre, le déterminant précède toujours le déteiminé; ces composés sont des mots savants tirés directement du latin, comme un triangle, ou des mots de formation fi-ançaise, comme un traismâts,

a) Mots de formation savante : dumnvir, triumvir, t rident ^ trimestre, quadrilatère, qtiadruj)ède, quintessence (quintu essentia, pr. cinquième essence, supérieure aux quatre éléments), quinconce, semaine (de septimana, litt. sept matins ou sept jours), etc^

h) Mots de formation française : (Ieux-j)oittts, f rois-mât^, trocart ou trois-qiinti.% trois-six, quafre-femps, cent-garde, cent-sui^e, millefeuille, miHe-flenrs, mïlle-pertuis, mille-pieds, etc. (L'Académie écrit quatre- Te}yips, cent garde, Cent-Suisse.)

A cette catégorie appartiennent les composés fi'actionnaires décimètre (dixième partie du mètre), cetUimètre, milUgramme, etc.

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