Composés de dépendance
6. Les composés de subordination sont ceux dont le déterminant est un substantif qui est dans un rapport de dépendance ou de complément avec le déterminé; c'est pourquoi on les appelle aussi composés de dépendance. Il faut distinguer ici la formation ancienne et la formation moderne.
a) Dans la formation ancienne, les deux tenues sont réunis sans le secours d'une préposition, et alors le déterminatif est au génitif et précède le mot principal : h^rdieue (lime ou territoire du hayi), ou le suit : féte-Dieu (fête de Dieu).
1® Le premier substantif est au génitif: banlieue, banvin, chamjxni (champ-part), chèvrefeuille (plus correctement chèm'efeuiJ, de caprifolium), chiendent, chaufour (four à chaux ou de chaux), joubarbe (jovis barba), merluclie, anc. merluce (de luce^ brochet, et mer, pr. luce de mer), orfèvre (aurifaber, ouviier en or), orfraie (ossifraga, brise-os), ary^ea?* (de «Mn ^7^<, feuille d'or), orpailleur (de or et paille), orpiment (auri pigmentum)^ imirpier (de pullipedem, pr. pied de poulet), saumure (du latin s(d, sel, et muria, saumure), saupiquet {à^ l'anc. verbe saupiquer, de sau, latin sal, et piquer), tratu^hefile (p. trafwliefil, fil de la tranche) ; lundi (lunae dies, jour de la lune), mardi, mercredi^ jeudi, vendredi, samedi (jours de Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne) ; — sdstice (de sdsfifium, litt. arrêt du soleil), pétrole (de petrae oleum, huile de pieiTe), mots savants ; — clièire-piedj fourmi-lion, nerf-férure, quartier-maître, terre-noiœ, terre-plein (pour terre-plain, terrae planum).
Il y a un certain nombre de noms propres qui appartiennent à cette formation, comme AbbeviUe (abbatis villa), Bréval (Berheri vallis), Gérarcourt (Gerardi cudis), Gerheviller (Gerberti villare), Fréjiis (Forum Jtdii), PoH-Vet\dres (PoHus-Veneris), etc.
2® L'idée principale précède, le second substantif suit au génitif: connétable (de cornes stabuli, comte de l'étable), mappemotule (mappa mumli, pr. nappe du monde), salpêtre {sal petrae^ sel de roche) ; — appui-main (appui pour la main), bain-marie^ fête-Dieu y hôtel-Dieu, rouge-cerise, tripe-madame, trmi-madamej vert-pomme, etc.
Beaucoup de noms de lieux ont conservé cette construction avec le génitif, comme Château-Iienardy la Feyié-Milon^ Mofitluçofi^ etc. C'est encore à cette construction qu'il faut l'apporter les noms de famille: Henri Bernard (Hen n'eus Bernard!); les noms des fêtes religieuses: la Salnt-MatUn^ c'est-à-dire la fête de saint MaHin; les dénominations commerciales : wa/iîon Hachefte et cùtnjmgnie^ chocolat Sucluïrd; les expressions parlementaires, juridiques, politiques : proch Bazaine; les noms de mes, de places publiques, quand elles portent un nom de personne : rue Léopold Robert.
Le génie de la langue a paru jusqu'ici contraire à ce procédé de composition propre à la syntaxe du moyen âge (v. § 23î)) et auquel nous devons tous les noms des jours de la semaine, comme lundi; mais il semble de nos jours i-e. prendre faveur, sous diverses influences, témoin les mots nouveaux malle-poste, timbre-poste, etc. Ces mots semblent formés à Timitation des composés par apposition, quoiqu'ils ne puissent se résoudre qu'en composés avec le génitif: malle de la poste, timbre de la poste. Dans certains composés qui paraissent présenter une apposition, comme café-concert, rou^ an- feuilleton^ le rapport des deux termes n'est pas si clair qu'on ne puisse y voir un rapport de suboixlination plutôt que de coordination. C'est à la faveur de ces formes obscares, indécises, que d'autres composés prennent le cadre de l'apposition sans y avoir droit; car les doux termes n'y sont plus sur un pied d'égalité, puisque le premier régit le second. Mais cette composition de dépendance a ses limites indiquées par la nature même de l'apposition ; celle-ci réunit presque toujours des éléments concrets, la composition avec génitif ne peut non plus poiter que sur des éléments matériels.
b) Dans la fonnation moderne, les deux membres sont unis par des prépositions, surtout de et A, comme dans chef-d'œuvre^ bateau à vajyeur. Le premier terme est quelquefois un adjectif pris substantivement, comme dans haut-de-chausse.
V Pi'éposition de: yendarmey piédestal ; — helle-de-jour^ bellede-nuit^ belle-d'un-jour, chef-d\euvre, cou-de-pied^ eau-de-vie^ espntde-vin, haut-de-chausse^ main-d^œuvre, mont-de-jnété , ]x>f-de-vin^ rez-de-chaussée^ tire-d^aile, veti-de-gns; — aide de cmnp^ arc de triomphe, Manc de Imleine^ blanc de céruse, champ de mars, champ de mai^ chemin de fer, ciel de lit, clin d'œil, corps de garde, cotte de mailles, eau de rose, garde du corps, héraut d'armes, Jiôtel de ville, jet d!eau, maréchal de camp, pot de chambre, ris de veau, trait d'union, etc.
2** Préposition à: acquit-à-caution, iM-au-feu ; — arme à feu, bateau à vape^ir, boite aux lettres, canne à épée, canne à sucre, char à bancs, fer à cheval, fil à plomb, moH aux rats, moulin à t^ent, j)ot à fieurs, pot au lait, salle à manger, table à tiroir, ver à soie, etc.
3® Préposition en : arc-en-ciel, croc-en-jambe; — docteur, licencié, baclielier es lettres (= en les lettres, § 79), etc.
Cette espèce de composition est très riche ; elle compi*end
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entre autres tous les mots composés avec métapJwre, dont le peuple se sert pour dénommer une foule de plantes, d'animaux, d'instmments, etc., comme hirbe-de-hom, bec-de-gi'tie^ dent-de- Vion^ œil-de-chèircy pied-d* alouette^ queue-de-cheval^ sang-de-dragmi^ etc.; — bec-d^oie, œil'd''or^ jned-dc-cheval^ etc. \ — bédatie (becd'âne), cul'de-lampeypied'de'bichej queue-ds-rat, etc. ; — cid-de-mc^ cul-de-jatte^ cid-de-plomb^ pet-en-Vair^ œil-de-bœuf ^ fleur de lis, rat de cave, etc.
Dans les mots suivants il y a synecdoque: bouton-d'or, bouton d'anjent (plantes), paille-en-queue (oiseau de mer). Le mot becde-lihre désigne par métaphore une certaine confoimation de la bouche, et par synecfloque celui dont la bouche est ainsi conformée.
On peut ranger pamii les composés de dépendance les mots formés par un participe pris substantivement et suivi ou précédé d'un nom à l'accusatif : ayant cause^ ayant droit, battant- Vœil, soi-disant, lieutenant, ou par deux iniinitifs dont le second est le complément direct du premier: sawir-f aire, saimr-vivre. — Les mots coq-à-râne, luiut-à-bas, haut-à-haut, fier-à-bras, inedà-ferre se rattachent aux composés de dépendance par la forme plutôt que par le sens.