EMPLOI DU PRONOM EX GÉNÉRAL
mdme par nos meilleurs écrivains: Quand je me fais justice, il faut qu'on se la fasse (Haf.)* Je prends patience, comme vous la prenez (Fén.). Je ne leur dois que justice en parlant d'eux, et je la leur rends (J.-J. R.).
2. Le rapport d'un pronom doit toujours être établi de manière à ne donner lieu à aucune équivoque. Ainsi, par ex., on ne peut pas dire: Nul repos pour le m Munit; il le cherche^ il le /*///>, parce que les pronoms il et U se rapportent également à repos et à mécliant; mais on serait très correct si l'on disait : Nulle paix jxjur le méchant; il la clierche, elle le fuit. Dans cette autre i)lirase : Molière a surpassé Plaute dans ce jw'il a fait de meilleur^ le pronom // est mal employé, si on veut le faire rapporter au second substantif; car, par la construction de la phrase, il se rappoi-te au premier. On fait disparaître l'équivoque en remplaçant il par celui-ci : Molière a surpassé Plaute dans ce que celui-ci a /W?V de meilleur (Boniface).
Il y a équivoque toutes les fois que le même pronom, répéta dans une phrase, ne représente pas le même nom. Les phrase suivantes sont donc incorrectes : Samuel offrit son holocauste à DieUjCt il //// fut si acfréidjle, qu'il lança au même instant la foudre contre les Philistins. — On n^aime pas qu'ion nous critique. Quand on nous donneunsoufflet, doit'OnPeïulurer? (PàHC.) Est-on d^une figure à faire qu^on se raille? (ÎIol.)
. . . Eût-on d'autre part cent belles qualitêSy
On regarde les gens par leurs méchants côtés. (Mol.)
3. Dans la proposition complexe ou composée, les pronoms adjectifs se répètent avant chaque substantif de la même manière que l'article (§ 177): Donnez-moi mon crauon et ma jitume. Ce crayon et cette plume sont à moi. Quel crayon et quelle plume délirez-vous?
Parmi les pronoms substantifs les pronoms personnels conjoints employés comme s?f/^^ se répètent toujours dans la phrase de subordination : Je l'aime, parce que je P estime; mais, dans la i)hrase de coordination, cette répétition est facultative, et Ton dit également: Je Vaime et je V estime, et: Je Vaime et l'estime. Je plie et ne romps pas (La F. I, 22). Lorsqu'on passe du sens négatif au sens aflSrmatif, la répétition du pronom est de rigueur: Je ne plie pas é^ je rotnps. Employés comme complémentis, ces pronoms se répètent devant chaque verbe : // me fatte et me loue. Toutefois, dans les temps composés, on peut énoncer le pronom une seule fois avec le verbe auxiliaire : Il mV/ fatté et hué. La répétition est de rigueur quand les pronoms régimes sont à des cas diftérents : // se (ace.) loue et se (datif) fait du tort.
Les autres pronoms substantifs ne se répètent pas: Celui-ci est encore jeune et pourra vous aider. Qui vient là-bas et pousse ces cris sauvages ? sauf on : On va, on vie^U, on s^ échauffe.
Article IL — Pronoms personnek
1. Parmi les pronoms personnels, les uns sont toujours conjoints, d'autres toujours absolus ; quelques-uns, nous, vous^ lui. elle^ ell^j sont tantôt conjoints, tantôt absolus, comme le montré le tableau suivant :
Pronoms absolus
Pron. conjoints
Sing.
Plur.
Sing.
Plur.
l" pers.
Nom.
moi
nous
je
nous
Ace.
Dat.
moi à moi
nous à nour
me
nous
Gén.
de mot
ds nous
2« pers.
Nom.
fnoi
vous
tu
vous
Ace.
Dat.
toi à toi
vous à vous
te
vous
Gén.
de toi
de vous
3« pers.
a) RÉFLÉCHI :
Ace.
soi
mA
Dat.
à soi
se
Gén.
de soi
b) Direct :
Nom.
lui, elle
eux, elles
il, elle,
ils, elles
Ace.
lui, elle
eux, elles
le, la
les
Dat.
à lui, à elle
à eux, à elles
lui
leur
Gén.
de lui.
d'elle
d'eux, d'elles
On a vu (§ S6) que, dans les pronoms personnels, le remplacement du nominatif par Taceusatif est devenu une règle en français. « En eflet, partout où le pronom ne se borne pas à indiquer la personne du verbe, mais se présente avec une valeur indépendante comme sujet et réclame ainsi en conséquence l'accent, les nominatifs je, tti, il, ils, que Tusage a ravalés presque au rang de simples mots formels, ne suffisent plus, et leur place est prise par les accusatifs mot, toi, lui, eux; ce changement ne pouvait atteindre elle, nous, vous, elles, car ces pro;ioms ont la même forme à l'accusatif. — Ces pronoms jd, tu, il, ils ne sont donc pas à proprement parler des pronoms conjoints; les vrais pronoms conjoints ne s'appliquent que pour rendre l'accusatif et le datif. Le verbe être lui-même doit se prêter à être accompagné de l'accusatif au lieu du nominatif: je le suis, je la suis (v. § 185). Et ce qui prouve qu'on n'a pas à faire ici à des foimes du nominatif dérivées de ill^i, illa, illud, mais bien A de véritables accusatifs, c'est en espagnol la forme le qui, usitée à l'origine pour le datif seulement, a fini par s'employer aussi pour l'accusatif. » (*)
Cependimt, comme les pronomsje, tu» il, ils ne peuvent plus s'employer seuls, la syntaxe doit les traiter comme s'ils étiient do véritables pronoms conjoials.
2. Les pronoms de la 1'* et de la i"" personne sont des deux genres. Les pronoms tious et vous sont à la fois conjoints et absolus et ne se distinguent formellement qu'au datif, par l'absence de à s'ils sont conjoints, et par la présence de cette préposition s'ils sont absolus.
(1) Diez. Gr. III, 44, 47.
Les pronoms conjoints me^ te^ servent en même temps pour l'accusatif et pour le datif : // me cherche. Il me parle. — Il te cherche. Il te parle.
Le pronom pluriel txms s'emploie ordinairement à la place du singulier tUy te ou toiy par civilité ou par déférence ; alors l'adjectif ou le participe qui se rapporte à vous ne prend pas la marque du pluriel : Madame^ vous êtes bien bonne. On ne se sert ordinairement du pronom tu ou toi^ dit l'Académie, que quand on parle à des personnes fort inférieures, ou avec qui on est en très grande familiarité. Quelquefois, au contraire, on les emploie, dans le style oratoire ou poétique, en s'adressant aux personnes qu'on respecte le plus, aux rois, aux princes, à Dieu même. On s'en sert encore en faisant parler certaines nations, et principalement les Orientaux, lorsqu'on veut leur conserver un caractère étranger; et quelquefois aussi dans la poésie. Hora de là, on emploie le pronom pluriel vous.
Dans les lois et ordonnances, les autorités se servent pareillement de wows au lieu de je ou moi : Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit. Nous soussigné certifions. ... Un auteur, un orateur le dit quelquefois en parlant de lui-même : Nous avofis été une fois spectateur d-un oragrg (Chat.). Il peut s'employer aussi dans le style familier au lieu du pronom il ou elle: On Va fait apercevoir plusieurs fois de sa faute^ mais nous sommes opiniâtre, nous ne roulotispas nmis corriger (Ac).
3. Pour marquer les rapports de la 3* pereonne, on a deux sortes de pronoms :
a) Le pronom soi ou se est des deux genres et des deux nombres ; comme il n'a pas de nominatif, il est d'un emploi très restreint et l'on ne s'en sert que dans les cas obliques pour marquer l'idée réfléchie^ c'est-à-dire le rapport d'une personne à elle-même : Persomie n'est mécontent de soi. // se lave. Il se nuit. lisse lavent. Us se nuisent.
b) Partout ailleurs, 80/ est remplacé par le pronom variable tZ, d'origine démonstrative. Ce pronom a la flexion de l'adjectif, et le nominatif il (el) fait au féminin elle, et au pluriel ils, elles ; pour l'accusatif, qui a pris la place du nominatif comme pronom absolu (§ 86), on a lui au masculin, mais, au féminin et au l)luriel des deux geni-es, on se sert de formes qui ne diffèrent pas du nominatif, sauf eux au lieu de Us.
Comme pronom conjoint, se, qui sert à la fois pour l'accusatif et le datif, est remplacé par le pronom personnel direct ou démonstratif le, la, les pour l'accusatif, et lui, leur pour le datif: Je le (la, les) cherche. Je lui (m. et r.) parle. Je leur (m. et f.) jxtrle.
424 PBONOHS CONJOINTS ET PROX0316 ABSOLUS § 184
n esta remarquer que les pronoms conjoints/^,Za,7es etlui^kur 86 distinguent toujours de se et ne peuvent jamais exprimer ridée réfléchie, parce qu'ils désignent toujours une personne ou une chose différente du sujet Mais les pronoms absolus lui, die, euxj dles peuvent, dans certains cas, remplacer le réfléchi soi (V. § 187).
A. Pronoms conjoints et pronoms absolus.
1 . Le pronom conjoint ne s'emploie jamais qu'au nominatif , à Vaccusatif et au datif: Je (nom.) te (dat.) le (blcc.) dirai; tous les autres rapports sont marqués par le pronom absolu, précédé de prépositions : Je le ferai pour V amour de toi. Nous parti-rofis sans lui. Mais le pronom absolu peut encore s'employer seul ou avec la préposition à, pour remplir les mêmes fonctions que le pronom conjoint; c'est ce qui a lieu dans les cas suivants :
a) Après c'e.sf, exprimé ou sous-entendu. On dii*a donc :
2® Avec le pmnom absolu :
C'est moi qui Vai fait.
Qui cherches-tu 9 — Toi.
A qui parlea-tu ? — A toi.
Dans un ai grand malheur que voua resle-t-Hf — Moi, Moi, dis-je, et c*est assez. (Corn.)
b) Quand le verbe est sous-entendu ou que le pronom est employé avec un participe absolu : J'ai rencontré votre fils ei votre fille^ lui sur le cheval j elle dam la voiture. Il ne me parla point, ni moi à lui (J.-J. R.). Je suiii plus grand que lui (qti'il n'est grand). Je n'aime que toi. De vous à moi, c'^e^ un pauvre homme (Ac). Eux venu.'^^ le lion par ses ongles compta (La F. 1,6),
c) Quand le pronom est joint à un nom ou à un autre pi-onom par les conjonctions e/, ou : Lui et elle sont jyartis. Qui Va rw, toi ou lui ? Je Ven félicite^ lui et ses amis.
d) Quand le pronom personnel est séparé du verbe par un mot quelconque qui n'est ni la négation ni un pronom conjoint : Lui) si habile, comment a-t-il fait jrnir s^g laisser prendre ? Sux aussi le S(tvaient. Lui seid est grand (Rac). Eux-mêmes l'avouent.
e) Devant un pronom relatif: Donc moi qui pense n'aurais point été si ma mère eût été tuée (Pasc).
Si le maître des dieux assez souvent s^ennuie^
Lui qui gouverne l'univers, Ten puis bien faire autantj moi qu'on sait qui le sers.
(La F. XII, M.)
1« Avec le pronom conjoint:
Je Vai fait.
Je te cherche.
Je te parle.