‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 270 sur 409 · RÉFLÉCHI · texte numérisé non relu

RÉFLÉCHI

réfléchis impropres^ ou verbes actifs et neutres employés comme réfléchis.

2. Les verbes réfléchis infranMUfs sont des verbes actifs qui, en prenant la forme réfléchie, perdent leur signification transitive et expriment, comme les verbes passifs, une idée purement intransitive, le pronom réfléchi n'étant pas réellement l'objet de l'action. Ainsi, dans ces phrases : // s'est évanoui, le ciel s'obscurcit, le pronom se, quoiqu'on le cîonsidère comme complément direct, n'est que l'objet apparent du verbe, qui est devenu intransitif.

Les verbes réfléchis intransitifs se divisent en verbes esseniielhment et verbes accidentelle^nent réfléchis.

3. Les verbes essentiellement réfléchis sont des verbes originellement transitifs qui ne s'emploient plus que dans la forme réfléchie, comme s'évanouir j s'emjxirer, se mK^quer^ se repentir^ etc. Ces verbes n'ont pas dans le pronom se un véritable complément direct, mais, comme d'autres verbes intransitifs, ils peuvent prendre un complément indirect, le plus souvent amené par de : V ennemi s'empara de la ville. Il se repent de sa faute,

Vn certain nombre de verbes transitifs prennent dans la forme réfléchie un sens différent de celui qu'ils ont à l'actif, comme s apercevoir^ 8*attachet\ s^att^quer, s'attendre, s'aviser, se louer (se féliciter), se plaindre, se servir, se taire, etc. : Je m'aperçois de mon erreur. {J'ape^'çois un voyageur). Je m.'attends à unyrand malheur. (J'attends un ami\ // se tait. (Il sait taire un secret). On doit considérer ces verbes comme essentiellement réfléchis.

Il y a dos exemples de verbes essentiellement rétléchis employés sans le pronom pour exprimer Tidée causative: Je viens réfugier mes dieux pénates sur cette île déserte (Vén.). Ceux qui réfugiaient un esclave pour le sauver étaient punis (Mont.).

Emparer, évanouir, etc. ont été à lorigine verbes transitifs : Donnons licence de fortifier et emparer le dit bourg. Celuy an emparèrent lei Anglais (Al.Chartier).

4. Les verbes ac<:ideniellement réfléchis sont des verbes transitifs qui peuvent s'employer dans la forme tramitive : Il nejieui me tromper, comme dans la forme réfléchie : Il se trompe. Ces verbes deviennent intransitîfs en prenant la forme réfléchie, et ils expriment une action purement intellectuelle ou un sentiment, comme s^ennui/er, se fâcher, se trotd>ler, se trompei-, ou le passade d'un état à un autre, comme s'ahrutir, s'endormir, s'ébouler, ^obscurcir, se répandre, se rouiller, s* user, etc. En ce cas, le sens réfléchi touche de très près au sens passif: Je me fâche, et : Je suis fâché; Je m'étonne, et : Je suis étonné.

466 UCPABFAIT ' § 198

Juge touê les mortels avec d'égales lois,

El du haut de son trône interroge les rois (Rac).

3. Le présent s'emploie aussi au lieu du futur^ surtout lorsque ractiou future est très rapprochée du présent ou qu'elle est déjà indiquée par un mot de la phrase ou par FeneèmMe du discours : Demain au capitale il fait un sacrifice (Com.). Je suis de retour dans un moment (Mol.). Et ce jour effroyable arrive dans dix jours (Rac). Tarrive de Tarente et fy retourne (Courier).

4. On se sert quelquefois du présent au lieu du futur pour mieux aflirmer la certitude d'une action à venir :

Que ferons-nous s'il lui vient des enfants f Direni'étles au Sort: un seul Soleil à peine

Se peut souffrir; une demi-douiaine Mettra la mer à sec et tous ses habitants. Adieu joncs et marais : notre race est détruite (La F. VI, là).

5. Le présent s'emploie encore au lieu an prétérit^ dans les récits d'événements passés, pour donner plus de vie au discours. Le narrateur, en se transportant en esprit dans le passée croit y assister encore ; la vivacité de ses souvenirs lui fait illusion et il décrit ce qu'il se rappelle comme s'il l'avait présent sous les yeux. Le présent ainsi employé s'appelle présetd historique: Alexandre soumet les GrecSj passe en Asie^ défait Darius^ etc. On cherche Vattel; on court à sa cJuinAre; on heurte, on enfonce la potie^ on le trouve noyé dans son sany (Sév.). Turenne meurt, tout se confond, lu fortune chancelle, lu victoire se lasse, la paix s'éloigne, les bonnes intenti<yns des alliés se ralentissent, le courage des troupes est abattu ^>ar la douleur {F\éd\,). Quelquefois le présent historique se trouve dans une même phrase avec Tun ou l'autre des passés, comme dans cet exemple : Ijc combat était douteux, et il se prolongea plusieurs heures de idus^ lorsqu'on voit toid à coup soixante vaisseaux de Cléopâtre traverser à toutes voiles les lignes d'Antoine (Mich.).

L'insecte^ du combat, se retire avec gloire : Comme il sonna la charge, il sonne la victoire^ Va partout l'annoncer^ et rencontre en chetnin

L'embuHcade d'une araignée;

Il y rencontre aussi sa fin (La V. Il, 0).

J'ai vu, seignetir, y ai vu votre malheureuse fils

Traîné par les chevaux que sa main a nourris.

Il veut les rappeler, et sa voLr les effraie ;

Ils courent: tout son corps n'est bientôt quune plaie (Rac).

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