VARIATIONS DE SENS
tnlle. Tantôt le sens s'est rétiéci et a passé du général au particulier : necare, faire péril', est devenu ttoyer^ faire mourir dans l'eau ; de can-ucuy toute espèce de chariot, on a tiré charrue, qui a le sens spécial de cliaiîot aratoire.
Les déplacements de sens se sont produits dans l'intérieur même de notre langue , et Ton peut citer beaucoup de mots dont le sens s'est agi*andi ou s'est affaibli dans le passage du vieux français au français moderne.
Ainsi (déraper ne voulait dire à l'origine que prendre dans la trappe, dans le piège, et leurrer attirer |le faucon dans un letirre, morceau de cuir rouge en forme d'oiseau. Le mot /w«'^ qui a remplacé l'ancien occire, a signifié d'abord protéger, abriter (on a encore iue-veni)^ puis étouffer, comme dans : tuer la chantelle, tuer le feu (Ducange), sens qui s'est généralisé dans l'acception tuer. Chère (du lat. cara; au VP siècle, face, visage) a signifié d'abord visage, puis bon accueil, c'est-à-dire bon visage, et enfin bon repas, qui est une des manières du bon accueil.
Au contraire, labourer signifiait travailler (du latin laborare) et ne s'est restreint qu'assez tard au travail de la terre, considéré comme le travail par excellence; avcAer^ qui signifiait descendre ou faire descendi*e en général, ne se dit plus que des aliments qu'on fait avaler, et le mot pis, de pectus, qui avait le sens de poitrim, s'est restreint successivement et s'est avili jusqu'à sa signification actuelle
Chajjclet, diminutif de chapeau, v. fr. chapel, a signifié d'abord une couronne ou un petit chapeau de fleurs : Un cJujpdef vert en sa tête (Roman de EenaH). Une vieille romance parle de la hde Alez qui, après avoir cueilli des flurettes : Un cliapdet fet en a De bel rose flurie. Dans la suite on appela chapelet un certain nombre de grains enfilés servant aux moines poui* compter les Avé Maiîa et les Pater qu'ils devaient réciter afin d'accomplir une pénitence qui leur avait été infligée ou satisfaire à certaines prescriptions de leurs règles. Ce chapelet figurait la couronne de rosea que l'on mettait sur la têt-e de la sainte Vierge : aussi les Italiens l'appellent-ils corona et les Espagnols romria. En France, le rosaire est composé de quinze dizaines d'Avé Maiia ; il équivaut à trois chapelets.