Comme temps absolu^ on emploie l'imparfait
a) Dans les descriptions et peintures des scènes de la nature :
La scène sur la terre n'était peut moins rctvissanle. Le jour bleuâtre et velouté de la lune descendait dans les intervalles des arbres^ et poussait dtit» gerbes de lumière jusque dans l'épaisseur des plus profondes ténèbres. La rivière qui coulait à mes pieds^ tour à tour se perdait dans les bois^ tour à tour reparaissait toute brillante des constellations de la nuit^ quelle répétait dans son sein. Dans une vaste prairie, de Vautre côté de cette rivière^ la clarté de la lune dormait sans mouvement sur les gazons. Au loin, par intervalles, on entendait les roulements solennels de la cataracte du Niagara^ qui, dans le calme de la nuit, se prolongeaient de désert en désert, et expiraient à travers les forêts solitaires (Chai.}.
h) Dans les descriptions des qualités, mœurs et habitudes :
Pierre I se levait régulu'.rement à quatre heures du matin; à cinq on lui apportait un petit déjeuner; il dînait à onze, il nesoupail point, il se couchait de bonne heure (Volt.).
Son menton nourrissait une barbe touffue;
Toute sa personne velue Représentait un ours, mais un ours mal léché: Sous un sourcil épais il avait l'œil caché Le regard de travers, nez tortu, grosse lèvre. Portait sayon de poil de chèvre.
Et ceinture dejonc^ marins (La V. XI, 7).
r) Pour exprimer les circonstances accessoires qui viennent se mêler aux faits passagers de Taction pour marquer les transitions. De là il résulte que le récit passe du prétérit ou temps liistorique à l'imparfait, lorsque l'action doit être énoncée comme
ayant une durée à la suite d'une autre action passagère^ ou si une explication doit être ajoutée au fait :
Je suis née à Venise ; mon pève était nobie, et ma mère était noble égal&' ment ; Ha s'aimaient, on les unit, et je na<iuis de cette union. Un an aprèt, ma mère eut un fils, il mourut, mes parents le pleurèrent si reportèrent sur jyioi toute leur affection : ils étaient ricfuss, et mon berceau fut entouré de tout l'éclat que donne la richesse (K. Sue).
4. La vivacité du récit amène souvent l'emploi de l'imparfait au lieu du prétérit, soit en parlant des faits isolés, soit pour exprimer une série d'événements successifs ; dans ce dernier cas on se représente le passé si vivement que ces différents événements forment pour ainsi dire un seid tableau, dont ou fait la description par l'imparfait, qui est proprement le passé descriptif: Il descendait de sa mule^ et sons prétexte de chercher des ])lantes^ il se cachait un moment dans ce^ débris pour donner un libre cours à ses larmes. Il reprenait ensuite sa route^ en rêvait au bruit des sonnettes (Chat.). La lecture finie, le père Alpltée st dressait, marchait à gra^uls pas . . . Plus calme,le père Mei<Jiior félicitait Méraut sur son livre (A. Daudet). Cet emploi est surtout fréquent avec les verbes dire, ré})Ondre, s'éct^r^ répéter^ quand on reproduit textuellement les paroles de celui qui parle: Hélas, s'écriait Télémaque, voilà donc les mmix que la guerre efitraine apri^s elle (Fén.).
La lice lui demande encore une quinzaine;
Ses petits ne marchaient, disali-elley qu'à peine (Ui F. II, 7>.
5. Enfin l'imparfait peut encore s'emploj^er à la place du conditionnel passé dans la phrase hj'pothétique :
Si le loup quelquefois En saisit un, l'emporte et s'enfuit dans les bois. C'est ma faute; il fallait braver ses dents avides (CMéu.).
H fallait j c'est-à-dire il aurait fallu,
1. Le prétérit, qui répond en général au parfait historique du latin et à l'aoriste du grec, énonce l'action comme entièrement passée, et s'emploie surtout dans l'exposition historique ; ce temps n'est imparfait que pour la forme, et il exprime des actions qui ont lieu successivement sans indiquer si, relativement les unes aux autres, elles étaient achevées ou non : Je le viSfJe rougis, je p&lis à sa rue (Rac).
L<» prétéîvit est donc un temps absolu qui s'emploie:
a) Dans la narration, pour marquer les faits consommés et successifs, les dirt^rentes phases de l'action, abstraction faite
de ridée de durée : On força le palais. Ces scélérats n'osèrent jxts résister longtetnps et ne songèrent q^Cà fuir, Astarhé^ dé- (/aisée en esclave, voulut se sauver dans la foule, mais un soldat la reconnut; elle fut prise, et oti eut bien de la peine à e^n- ])êcher qu'elle ne fût déchirée par le peuple en fureur (Fén.).
Le premier qui vit un chameau 5*enfùità cet objet nouveau; Le second approcha ; le troisième osa faire
Un licou pour le dromadaire (La F. IV, 10).
b) Pour désigner un fait sans rapport à d'autres actions comme un tout consommé et limité dans le passé. Ce fait peut avoir eu une longue durée, mais l'esprit le saisit comme une unité, un résultat, un point dans le passé. En pareil cas, le verbe est le plus souvent accompagné d'un circonstanciel de temps, (jui marque que l'action est accomplie, comme aussitôt ^ sur le champs tout d coup^ etc., ou qui indique une époque, un point de la durée dans le passé, comme hier^ avani-hier, la semaine passée^ un an^ deux atis, etc.: Ce mal le prit tout à coup. Je reçus sa lettre la semaine passée, La réptdÀique romaine durei presque cinq vents ans. Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire (Boil.). Cest Boihau qui le premier enseigna VaH de parler toujotirs cmirenaUement (Volt.). Tm Suède fut toujours libre jusqu'au milieu 'lu X/F® siècle. Dans ce long esjxtce de tem2>s le ffoucernemenf changea plt4s d'une fois; mais toutes les innovations furent en faveur de la liboié (Id.).
2. Le prétérit peut aussi s'employer comme temps relatif dans la phrase composée:
1** Lorsque deux faits qui n'ont eu lieu qu'une fois et en un moment, se sont succédé l'un à l'autre : LorsquHl nous vit, il s'enfuit (Comp. Lorsqu'il nous voyait, il s'enfuyait).
2** Si un fait vient inten*ompre la durée d'un autre fait déjà commencé. Ce dernier se met à l'imparfait : Comme Marie Madelaine pleurait près du sépulcre, le Sauveur se présenta à rifc f)lein de bonté. J'étais malade quand je reçus votre lettre,
3** Lorsqu'un fait est en rapport avec une autre action exprimée au prétérit antérieur du au plus-que-parfait :^/>/'^.sf/i'i/ eut trahi .<io;^ maître. Judas aXLuse i^ndre })ar déscitpoir. Alexandre le Grand avait conquis toute VAsie jusqu'aux Ltdes, lorsqu'il mourut à Babijlone, à Vdge de trente-deux ans,
3. Il faut bien distinguer le prétérit de l'imparfait employé comme temps absolu. L'imparfait décrit, le prétérit raconte ; l'un est le pa,ssé descriptif, l'autre le passé narratif ou historique. L'imparfait an'ête l'esprit sur l'état d'une chose à une