‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 275 sur 409 · PARFAIT · texte numérisé non relu

PARFAIT

de temps, comme aujourd'hui^ ce matin^ ce soir, cetf€ setnainej ce mois, cette amiée, ce siècle, etc. : Il a fait bi^n chaud aujourd'hui (Ac). /'ai été le voir ce mcttin, J*ai fait un voyage cette année. Nous avons vu dans ce siècle des choses si surprenantes que la j)ostérité aura de la peiîie à les croire. J'ai troj) souffert en cette vie pour n'en pas attendre une autre (J.-J. R.).

h) Pour énoncer des faits isolés qui sont achevés au moment où Ton parle, mais dont le résultat peut se prolonger dans le présent : On a gâté cet enfant. Ils ont perdu toute espérance. Les iKfèfes ont créé les dieux (Ac). C'est dans ce sens qu'on emploie le parfait au lieu du prétérit pour exprimer des feits historiques détachés de la série d'événements dont ils font partie, lorsqu'on tient moins à les raconter qu'à en faire ressortir la réalité : Carthage a été détruite par les Rwnaim. J'ai tenu hier une seconde séance; J'ai été comblé d'aj^jdaudissements (Bern.). Employé avec le présent historique, le parfait marque l'achèvement de l'action dans le passé et a ainsi la Yaleur du plus-que-parfait :

Un effroyable crij sorti du fond des flots. Des airs en ce moment a troublé le repos; Et du sein de la terre une voix formidable Répond en gémissant à ce cri redoutable (Rac).

De même que le présent peut exprimer un futur absolu, on se sert du parfait pour marquer un futur antérieur très prochain : •/'ai fini (au lieu de j'aurai fini) dans un niofnent.

« Le nom de parfait, anciennement admis partout pour le \emps j'ai aimé, je suis venu^ a été remplacé dans beaucoup de grammaires modernes par celui (le prétérit (ou de pas.^J indéfini. Ce changement est regrettable: d'aboixl ce sont deux mots au lieu d'un seul, et n'est-il pas fùcheux d'avoir un nom si long pour une forme si fréquemment employée? En second lieu, les mots d'imparfait et de plus-que-parfait n'ont plus aucune raison d'être, dès qu'on suppiime le parfait, c'est-à-dire le temps entièrement achevé. Enfin le nom d'indéfini est surtout inexplicable. Ce temps n'a rien de plus ou de moins défini qu'un autre. Cela est si vrai, qu'on l'appelait passé défini dans les grammaires du XVII* siècle, et qu'on appelait indéfini, au contraire, le prétérit simple f aimai, je vins, que nous nommons aujourd'hui défini. (0 ^

3. La principale diflférence entre le prétérit et le parfait consiste en ce que celui-ci exprime une action accomplie qui n'est pas en rapport avec d'autres événements, mais qui, par ses résultats, se rattache au moment où l'on parle, tandis que le prétérit présente l'action comme un fait purement historique qui n'est pas en rapport avec le présent.

Dans le récit historique on a plus en vue le rapport des faits entre eux que la réalité de l'action : de là l'emploi du prétérit.

(1) R. JuUien, Vocabulaire grammatical, ^. i^.

472 PARFAIT § tOO

Si, au contraire, on tient moins à raconter les faits qu'à en faire ressortir la réalité, on emploie le parfait : Je fat défendu cent fois de racler ton maudit vidmi^ cependant je f ai ei^tendu ce matin, — Ce matin! ne vmis souvient-il pas que vous le mites hier en mille pièces? (Brueys) La crainte fit les dieux^ Vaudacê a fait les rois (Corn.). Dieu a créé le genre humain^ et en le créant il n^a pas dédaigné de lui enseigner le moyen de le servir et de lui plaire (Boss.). '

Dieu ne créa que pour les sots

Ijes méchants diseurs de bons mois (La F. VIII, 8).

Au reste, comme l'a déjà fait remarquer un grammairiejn, fl est des cas où les nuances se confondent, et Ton emploie quelquefois le prétérit où l'on aurait pu employer le parfait. Aitm,^ dans ces vers de La Fontaine cités plus haut (§ 197) :

LinsectCf du combat, se retire avec gloire: Comme il sonna la charge, il sonne la victoire;

il sonna fait absolument le même sens qu'/7 a sonné. Et dans ce vers de Boileau :

Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire,

ne sid jamais est la même chose que n'ajatnais su, .j

Il y a plus; on pourrait dire: ne sait pas, et l'on aurait encore le même sens. Voilà donc le prétérit dans un cas où Ton aurait pu mettre le présent; c'est encore ce qui a lieu lorsqu'on dit: Le temps détruisit toujours les liaisofts des méchants. (*) j

C'est donc bien à toit qu'après avoir posé cette règle absolue : « On emploie le prétérit quand il est question d'une époque entièrement écoulée, et le parfait quand il s'agit d'une époque dans laquelle on se trouve encore, » les grammairiens ont blâmé ces vers de Racine :

La terre s'en émeut, l'air en est infecté, Le flot qui rapporta recule épouvanté,

parce que, disent-ils, il ne s'est pas écoulé une nuit entre l'instant de la parole et le moment où a eu lieu l'action exprimée par le verbe apporter. L'exemple des meilleurs écrivains prouve que le prétérit peut se dire avec une détermination telle que aujourd'hui, ce matin, etc., quoiqu'il s'agisse d'un temps dans lequel on est encore ; il y a même des cas où l'on ne peut faire usage d'un autre temps : Ce matin nous nous sommes rendus chez le ministre; il n'y était jxts; nous résolûmes de l'attendre (Dessiaux). D'autre part le parfait se présente assez souvent avec un circonstanciel de temps qui indique une époque entièrement écoulée : Madame la Dauphine est accouchée /^/Vr jeudi (Sév.). Il n'est parti que d'hier (Ac).

(1) ïi\xrno\xi, Méthode j)our étudier lo Uoujuc grecque^ %25b.

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