‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 314 sur 409 · VERBES NEUTRES · texte numérisé non relu

VERBES NEUTRES

Il en est de même du participe des verbes coûter, valoir et peser, construits avec l'accusatif du prix ou de la valeur : les millions que Versailles a coûté, les mille francs que cet ouwage m'a valu, les cent livres que ce ballot a pesé. Que d'argent et de pei)ie sofi éducation n'a-t-eUe pa^i coûté I Je regrette les dix mille f radies que cetts maison m'a coûté, parce qu^dU ne les a jamais valu. Cependant TAcadémie fait une exception pour le verbe valoir, dont le participe varie quand il signifie procurer, produire, parce que, dans ce sens, il est actif: Il jouit de la gloire que cette action lui a value. Le verbe peser est également actif quand il signifie, non pas avoir du poids, mais opérer l'action du pesage, au propre et au figuré, et alors son participe varie : Ce marcliand a vérifié ces ballots et les a tous pesés.

Beaucoup d'écrivains ont également fait accorder le participe coûté quand il est pris dans le sens figuré : Vous n'avez pas oublié les soins qae vous m'avez coûtés depuis votre enfance (Fén.). Que de soins m'eût coûtés cette tête si chère! {\\nc,)Que de pleurs son départ m'aurait coûtés (J.-J. R.)- Selon Liltré, ou ne peut considérer ces exemples que comme des licences condamnables en prose et tout au plus permisesen poésie. Mais plusieurs grammairiens, comme Boniface et Bescherelle, font toujours varier les participes des verbes coûter et valoir^ qu'ils regardent comme actifs, an sens proprecommeau sens figuré; ils écrivent donc les cent francs qyCil a coûtés et les pleurs qvCil m'a coûtés ; la somme qu'il a value et la considération qa'il m'a value (Boniface, § 605). Il semble que Tusage actuel donne raison à ces grammairiens.

On écrit sans accord : les deux heures qu'ils ont couru, la nuit que f ai couché, les jours qu'il a parlé, tous les moments qu'il a souffert, parce que, dit-on, on sous-entend ici une préposition : les deux heures pendant lesquelles ils ont couru (v. § 303). Cette remarque s'applique même au participe du verbe transitif : De la façon que j'ai dit (et non dit^ les choses, on a dû m' entendre (Wailly). Si cette explication parait plausible pour le participe construit avec quCj en est-il de même quand le verbe est précédé du pronom le se rapportant à un accusatif adverbial, comme dans la phrase de Rousseau : j'aurais voulu qu'ils les eussent duré, et ce pronom peut-il être autre chose que le régime direct du verbe? Nouvelle preuve à l'appui de ce que nous avons dit au sujet du peu de solidité de cet édifice de la concordance du participe construit si laborieusement par les grammairiens.

4. Certains verbes qui, d'après le sens, sont transitifs ou intransitifs, ont leur participe variable ou invariable selon que le complément est direct ou indirect : H nous a aidés de sa bourse. Il nous a aidé à descendre. — Il nous a applaudis quayid nous avons parlé. Il nous a applaudi d'avoir ag^i ainsi. — On nous a commandés pour midi. On nous a commandé de sortir. — Uennemi nous a fuis. Le temps fiotis a fui. — Il nous a insultés grossièrement. Il notis a insulté par son luxe. — // nous a visés et nous a manques. Le temj>s nous a manqué. — Cedofnestique nous afidUement servis. Ce livre twus a bien servi.

528 ACCOIÎD DV PARTICIPE PASSÉ § iJà

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