‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 321 sur 409 · C. Datif · texte numérisé non relu

C. Datif

1. Le datif peut dépendre d'un verbe comme régime indirect ou d'un substantif comme complément attributif. Il se marque en français par la préposition à, excepté dans le cas où le régime est un pronom personnel conjoint (§ 86) : La grêle est nuisible à la vigne. La paresse nous nuit.

Mais tout mot qui est précédé de la préposition à n'est pas nécessairement un datif; c'est ce que l'on peut constater facilement si l'on passe du nom au pronom. Ainsi, par exemple, nous disons également avec la préposition «; Je r^^^wt/rfs A P/^rre, et : Je peyise à Piètre; mais ce n'est que dans le premier exemple que le mot à exprime un datif. En effet, si nous remplaçons « Pierre par un pronom personnel, nous dirons, dans le premier cas, avec le pronom conjoint au datif: Je lui réponds, et, dans le second cas, nous serons obligés d'employer le pronom absolu avec à : Je pense à lui, et non pas : Je lui pense. De ce qu'on ne dit pas je lui pense, mais bien je lui réponds, il ressort évidemment que dans le premier exemple la personne n'est pas considérée comme étant dans le rapport du datif. Comparez de même les verbes obéir, parler, plaire, nuire, résister^ survivre, etc., qui demandent le pronom conjoint : Je lui obéis, je lui parle, je lui plais, je lui nuis^je lui résiste, je Ivd survis, et les verbes songer, aller, courir, marcher, recourir, venir, tenir, renoncer, attirer, avoir affaire, qui se construisent avec le pronom absolu : Je cours à lui,,y> recours à lui, je tiens à lui, je renonce à lui, etc. : Seigneur, je viens à vous (Eac). Pour revenir à moi,^^ fus confondu avec les Cypriens (F en.). Quiconque rira, aura affaire à moi (Mol.). Je mus assure, ma chère enfant, que je songe à VOUS contimiMement (Sév.). De deux corps mêlés ensemble, celui qui a le plus de

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force Mire toxijours à soi la vertu et la puissance de Vavin

(Boil.).

Cette épreuve par le pronom personnel n'est pas applicable aux choseS; mais le datif ne s'emploie guère pour les choses. Le datif marque en effet, comme l'accusatif, le terme de Faction ; mais il s'en distingue en ce qu'il désigne proprement la pei-sonne en faveur ou au préjudice de laquelle l'action s'accomplit, tandis que l'objet exprimé par l'accusatif, lors même qu'il serait une personne, est toujours conçu comme un être passif et inerte, c'est-à-dire comme une chose. — Une preuve de la rigueur avec laquelle on a en général séparé l'expression du datif de l'expression simplement prépositionnelle se ti-ouve dans l'emploi du pronom y. qui ne peut représenter que cette dernière expression (§ 18G). Dans beaucoup de locutions à est réellement rebelle au sens prépositionnel et doit être regardé comme le représentant immédiat de l'ancien datif. Notre préposition à sert donc à deux fins et remplace en même temps le datif et la préposition ad du latin.

On ne peut plus dire aujourd'hui, comme dans l'ancien français, parler à moi (§ 86), mais cette locution était encore usitée du temps de Molière : Je dis que voilà un homme qui veut jxirler à vous. Du reste le même verbe peut aujoui'd'hui se construire avec le pronom absolu et le pronom conjoint, selon le sens : B vient à moi ; il me iie7it une idée. J'attire une chose 4 moi; jf xa\tttire V estime. Elle rapporte tout à lui ; elle lui rapporte tout. U intérêt que je prends à lui; la main que je lui prends.

Dans raiirieii fraiirais chaque nom de personne ou pronom personnel, même dans la prcmièie diW'linaison qui distingue à peine le cas, peut se passer ani-ès n'importe quel verbe de la caractéristique du datif, bien qu'il soit plus dans l'usage de le mettn» : que (a) son fradre Karlo jurai (Sermenîs), colper le chief (a) Seba (L. des lioisj, (àj son fils baisa la bouche (H. de Cambrai), Ce pn>cédé s'appli(}ue aus-si aux objets pei^sonnifiés : foy que devés (à) la vraie crois (Coucy). (^.e datif, dé|)ourvu «le sa caiactéristicjue se j»erpétue jusque dans b seconde moitié du XIV« siècle, mais à cette époque il devient rare et se i>erd dès lors peu à peu. On ne doit pas méconnaître (jue c'est en compa|;nie d'un accusatif de l'olget qu'il est surtout employé, circonstance qui lui permet d'c^ti-e reconnu sans aucune difliculté (*).

2. Le datif dépendant du rerhe marque, comme Taccusatif, le terme de Taction ; mais il s'en distingue en ce qu'il désigne proprement la personne en faveur ou au préjudice de laquelle l'action s'accomplit, tandis que Tobjet exprimé par l'accusatif, lors même qu'il serait une personne, est toujours conçu conune un être passif et inerte, c'est-à-dire comme une chose.

a) J^erhes intransitifs avec le datif de la personne : Le ^^oleU

(1) Diez, Gr. 111,110.

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