LES FORMES DE LA PROPOSITION SIMPLE
Article L — Affirmation et négation.
1 . Toute proposition est positive ou négative, selon la nature de Taffirmation :
a) L'affirmation est positive, lorsqu'elle exprime une réalité vraie ou supposée. C'est Vaffinnation proprement dite, qui s'exprime par la forme ordinaire du verbe,' que l'on appelle, pour cette raison, forme affirmative. Dans la réponse, on peut affirmer par un seul mot, l'adverbe oui, mais le plus souvent on répète la proposition en lui donnant la forme affirmative : Astu faim? — Oui, /a/ faim.
Outre oui, nous avons un second mot affirmatif, qui est si, du latin sic (pour ita). Mais ce mot, qui est l'affirmation propre dans les autres langues romanes, ne s'emploie plus en français que dans certaines locutions, comme : Si fait. Je dis que si.
b) L'affirmation est négative quand elle nie la réalité d'une action. On l'appelle, d'un seul mot, la négatioti. La négation se marque par un adverbe particulier, l'adverbe non. Ce mot s'emploie seul et d'une manière absolue dans la réponse : Pars-tu demain ? Non. Non en s'adoucissant a donné la forme conjointe m ou w' devant une voyelle (v. fr. nm), qui ne se présente qu'unie au verbe : Je ne bougerai d'ici. Je n^ose partir. Dans le principe, ne suffisait pour exprimer la négation complète; mais aujourd'hui, sauf dans quelques cas déteiminés, cette particule doit être renforcée par certains mots qui forment avec ne ce qu'on appelle la négation pleine. Le sens négatif appartient seulement à ne, qui se place toujours avant le verbe ou le pronom conjoint qui précède le verbe, tandis que les compléments de la négation prennent, après le verbe, la place de l'accusatif ou complément direct.
La négation a donc deux formes, Tune absolue 7ion, et l'autre conjointe ne.
Il y a en outre la conjonction négative ni (du latin 7iec) dont l'emploi appartient à la proposition composée.
Ô/ifi EMPLOI PE LA XÊGATION XOX it
2. La nég^ation peut porter sur la proposition entière : Jf \ le verrai ])aSj ou seulement sur l'un de ses membres : Je ne verrai pas avec plaisir. // ne boit pas de vin entre ses rept Je n'aime pts les écoliers paresseux.
tonte r armée (Rac). Non, je ne reçois jmnt vos funestes adi*: (Id.). On les renforce quelquefois au moyen d'autres adverbe oui voies, oui vraiment ^ oui ceiiainemeJit ; non certes^ Mon rraimr certainement non, etc.
Oui^ si et non peuvent remplacer une proi)Osîtion entière se constniisent alors avec la conjonction que comme la pi position substantive : Je crois que oui. Vous m^ dites que no et je dis que si. Je (jaije que non. Vo\is ne ferez donc jxis cri Oh ! que si (Ac). Les uns disent que oui, les autres disent q non (Mol.).
Afiicle IL — Emploi de la négation NON.
La négation absolue non subsiste en français, mais ell perdu la faculté de senir de négation au verbe et elle ne s'c ploie plus aujourd'hui que dans les cas suivants :
a) Comme négation d'un adjectif qui équivaut dans ce ^ aune proposition adjective négative : Les hauts faits tpron iqn sont bien fwu différents des faits non avt'nus{J.'J. H.). ^^o?t s*t ploie de cette manière comme prélixe pour former des subst< tifs et des adjectifs composés (g loi).
b) (!omme négation d'un verbe ellii)Sê, et dans ce cas non quelquefois suivi de /w,s(mais non de point) ou iflus^ Jamais. C ce qui a lieu :
1** Quand non sert de réi>onse négative à une questic Le voulez-vous'^ Non. Pnvdrai-je cela? Non pas, s^il r plait (Ac).
2** Quand non se trouve dans une proposition elliptique ( est jointe immédiatement à une autre proposition ooordonnt Les envieux mourront, mais non jamais Venvie (îrrd.). AV * m'imjKffif à moi que Home souffre ou non ?(Corn.). Enfin /es i sont eonteuts, h's autres non, c'rst If monde (Sév,). ^f(ù:^ J^q veut un maître et non une maîtresse (Rac). On peut tTtre jtlus quU(n fiutre. mais non pas plus fin que tous lesautresCLeiHoc]
Je crains votre silence et non pas vos injures (Bac). Vous ne h voulez paSj ni moi non plus.
Non s'emploie devant sans^ loin, pour en changer le sens restrictif : Il vécut non sans gloire et meurt en homme libre (Saurin).
Non se met en tête de la phrase pour renforcer la négation, et alors il peut se redoubler ou se joindre aux adverbes certes^ certainement^ vraiment : Non, je n^ en sais rien. Non certes, non vraiment, je ne h ferai pas.
Non peut être suivi de que et signifie alors ce n'est pas que : Non que./e veuille à Rome empêcher qudque crime (Corn.).
Dans Tancienne langue non se joignait au verbe ; le plus souvent il se construisait avec faire remplaçant un verbe précédent; cette construction se rencontre encore dans la langue moderne : Non ferai (Mol.)- Non ferai-je (Regnard). A non fait s'opposait si faitj qui est encore en usage. Joint à plus, non peut encore accompagner le verbe : H ne dort non plus que son père (Rac).
Article IIL — Emploi de la négation NB.
A. NE avec complément.
1 . Les mots qui complètent la négation ne sont de deux espèces : les uns, comme pas et points ont perdu leur valeur originelle et sont devenus de simples explétifs, tandis que les autres, tels q}i^ personne^ rien^ guère^ jamais^ sont restés signiflcatife et expriment une idée générale et indéterminée de personne, de chose, de quantité ou de temps, qui sert en même temps, comme pas ou point, à renforcer la négation.
2. Les compléments ordinaires de la négation sont les substantifs pas et point employés sans article. Dans l'origine ces mots étaient significatifs et désignaient la plus petite partie d'un tout : Je ne marche pas (= je ne marche un pas). Je ne vois point (= je ne vois un point). Mais pas et point sont aujourd'hui des mots complètement explétifs,parce qu'ils ont perdu leur signification originelle et qu'ils n'ajoutent rien à la négation : Je n^écris pas. Elle ne dort point.
La différence qu'il y a entre pas et point par rapport à l'espace n'est pas moins sensible dans la force négative de ces deux explétifs.
a) Dans la proposition expositive, point nie plus fortement que pas. On dira également : Il n'a pas cF esprit; il n'a point d'esprit; et on pourra dire: // n'a pas d^ esprit ce qu^il en faudrait pour sortir d!un tel embarras; mais quand on dit : // n'a point d'esprit, on ne peut rien ajouter. Ainsi ne... point forme une
négation absolue; au lieu que ne... pas, qui n'exclat pas entièrement Taffirmation, laisse la liberté de restreindre, de réserver, et ne nie que par rapport au temps ou aux circonalances. Par cette raison pas vaut mieux que point devant les adverbes d'intensité et les noms de nombre : Détnosthène n'est pas si abondant que Cicéron. Vom n'en trouverez pasdetix de votre avis. Par la même raison 2^^ convient mieux à quelque chose de passager et d'accidentel, poiyU à quelque chose de permanent et d'habituel : // ne lit pas, il ne lit pas dans ce moment. Il ne lU point, il ne lit jamais (Âc).
Je ne voua réponds pas des volotUés d'un père, Mais je ne serai point à d'autre qu'à VaÙre (Mol.).
b) Dans la proposition interrogative, on emploie ne.. , pas on ne . . .point, selon que l'on attend une réponse affirmative ou négative : N^avez-vous pas étélà? N^avez-vouspoint été là ? (Ac). Ne miis'je pas ton père? et ne me dois-tu pas respect? (Mol.). Ne m'a-t-on point flatté d'une fausse espérame? (Rac.). Mais cette distinction n'a pas toujours été observée : Mais, Claudine, n'y a-t'il pas fnoijen que je la puisse entretetiir? — Oui, venez avec moi (Mol.). Qu'ai'je fait, Monsieur, pour que vous m'accordiez une telle faveur? — N'êteè-vous point pauvre et délaie? (Souvestre.)
c) Point se met au lieu de non, soit pour terminer une phrase elliptique : Je le croyais mon ami, mais point ; soit pour répondre à une interrogation: Lisez-vous ces vers? Point. On ne pourrait employer pas qu'en disant la phrase entière i Je ne les lirai pas (Ac).
On emploie encore comme explétifs les substantifs goutte, brin et mot sans article, mais seulement dans quelques locutions faites, où ils figurent comme compléments, par ex, : n'y voir, n'y entendre goutte, il n'y en a brin, ne dire mot. Il y avait encore autrefois le mot mie, qui avait le sens de miette : tu fie l'auras mie (Ac), et rien, qui avait le sens de point: H saiwent que il ne fer oient rien nid exploit (Villehardouin). Mais aujourd'hui on ne dit plus : Il n-est rien sage pour : Il n'est pas sage.
Pour donner plus de force à l'expression de nos jugements, nous les accompagnons volontiers d'une comparaison : riche comme Crésus, pauvre comme Job. C'est ce qui a surtout lieu dans les jugements négatifs: Cette maison ne vaut pas un sou. Ce paquet ne pèse pas une plume. Vous ne me ferez pas reculer d'une semelle. Dans tous ces cas et autres semblables. Tévaluation d'un objet, premier terme de la comparaison, est présentée comme inférieure à l^évaluation d'un autre objet de très peu de valeur, d'un très petit poids, d'une très petite dimension, lequel est établi comme second terme de la comparaison : une maison qui ne vaut pas un sou est une maison dont la valeur n'équivaut pas à celle d'un sou. Dans le principe, les substantifs qu'on employait le plus ordinairement comme second terme de comparaison, tels que pas, point, mie et
goutte, conservaient leur valeur propre ; mais remploi fréquent qu'on en faisait avec l'adverbe négatif ne finit par les faire considérer comme des mots qui n'étaient que subsidiaires à cet adverbe et qui ne servaient qu'à former avec lui des locutions adverbiales négatives. Ainsi, par ex. : pas de pasêus, a d'abord été employé pour renforcer une proposition négative dont le verbe exprimait une idée de mouvement. On a pu dire : N'approchez de la distance d*un pas, ou: N'approchez un pas, puis on a supprimé un pour rendre l'expression plus concise et l'on a dit : N'approchez pas, comme on dit: Je ne comprends mot à ce qu'il dit. Pas devint d'un usage si fréquent dans des phrases semblables, que l'on finit par s'en ^servir comme explétif d'une manière générale et indistinctement dans toutes sortes de propositions négatives, de telle sorte qu'aujourd'hui ne. . . pas ne dit pas autre chose que le latin non et exprime la négation pleine (^). Mais pas a encore conservé quelque chose de sa nature primitive, et ce qui le prouve^ c'est qu'il a l'accent tonique et que, quand il est suivi d'un nom partitif, il régit le génitif comme s'il était un véritable substantif: Je ne bois pas ^e vin. On en peut dire tout autant du mot point, qui exprimait à l'origine une idée sensible : L'aveugle ne voit point = il ne voit pas un point, et qui maintenant s'emploie avec tous les vert)es : Il ne pense point. Pas et point ne sont donc pas des adverbes, comme l'enseignent l'Académie et la plupart des grammairiens ; ce sont des substantifs qui s'emploient d'une manière abstraite et sans article pour renforcer la particule négative ne; mais ils ne peuvent pas exprimer à eux seuls la négation. Cependant les écrivains anciens et même quelques auteurs classiques, surtout parmi les poètes, se permettent de supprimer la particule ne dans l'interrogation : Vient^lle pas de mourir f (Montaigne). Valère est-il pas votre nom? (Mol.). Il aura un pied de nez avec sajalousie^ est-ce pas? (Id.) Voilà pas le coup de langue? (Id.) Savais-je pas qu enfin ce n'était que grimace? (Id.) Avais-je pas raison? (Id.) Fit-il pas mieux que de se plaindre! (La F. III, 11.) Suis-je pas votre frère? (Rac). Voilà-t-il pas de vos jérémiades? (Volt.). Vbyes-vous pas s'enfuir les hôtes du bocage? (Del.). Sommes-nous pas d'accord? (Augier). Dirait-on pu vraiment qu'on vous traine au supplice ? (Muss.).
3. Les compléments négatifs de la seconde espèce, qui renforcent la négation tout en conservant leur valeur propre, sont :
a) Le nom de nombre quantitatif gaèrej qui signifiait originellement beaucoup (§ 84) et qui n'a pris le sens de peu ou de presque point que parce qu'il va toujours avec ne : On n'aurait g^ère de plaisir si Von ne se flattait jamais (La Roch.). Le peuple ne connaît g^ère dans les riches <ff autre vertu que la bienfaisance (Bem.).
b) Les noms de nombre indéfinis nul^ aucun^ avec les adverbes qui en dérivent nullement^ aucunement, et les pronoms indéfinis personne (qui peut aussi être remplacé par homme vivant, âme vivante), rien, quelconque^ qui que ce soit, quoi que ce soit, qui désignent les personnes et les chc^ d'une manière générale et indéterminée : Nul n'aurade respritjhors nous et nos amisÇMoL), Us n'y craignaient tous deux aucun, quel qu'il pût être (La F. L^ 1 7). Il ne prend aucun soin de ses affaires. Je ne lui en veux
(1) V. Diez, II, 448, III, 413 et suiv. ; Chevallet, III, 329 et suiv. ; Schweighâuser, De la Négation dans les langues romanes du midi et du nord de la France.
nullement. Je. n'en veux aucunement (Ac). Qui ne jila personne ne mérite pas qu'on le plaigne (Boiste). Je n'j/ trouvé âme vivante (Ac). On ne fait rien qui vaille dam colère (Boil.), Il n'est envien, maître de lui. Il n^y a pouvoir qm conque qui m'obligeât à cela. Je n'y ai trouvé qui que ce 80 Il ne doute de quoi que ce soit (Âc). Pas un a le sens de p sonnsy nul, aucun : Pas un ne le croit. Il n'y a pas un hma qui oœ dire cela (Ac).
lUen de moins s'emploie dans les phrases qui ont un sens afHrmatif : Il faut rien de moins dang le monde qu'une vraie et naïve impudence p réussir (La Dr.). La Phèdre de Racine qu on dénigrait tant^ n'était rien moins quun chef-d'œuvre (Marm.). Il ne pense à rien de moins qu'à r supplanter (D'Ainbly). L'exemple cité par l'Académie: Il n'y a rien de me vrai que cette nouvelle^ ne contredit pas la règle, car le sens est : Cette n velle est moins vraie que rien (= quoi que ce soit), c'est-à-dire n'est pas vr Rien moins s'emploie en général quand la proposition est négative ; c'est ce a toujoui's lieu devant un adjectif prédicatif. Mais, dans les autres cas, il u pas rare que rien moins soit arPirmatif; c'est le sens général de la phrase décide: Il nest rien moins que sage (Ac). Ma comédie n'est rien moins < ce que Von veut qu'elle soit (Mol.). // ne pense à rien moiu qu'à voue s\ planter (D'Ambly). Ceux-ci, renfermés dans leur château, gui était très f n'étaient rien moins que disposés à céder aux injonctionsde la révolte (Mign — Il ne fallut rien moins que la main de Dieu et un miracle visible pt les empêcher d'accabler la Judée (Doss.). Tu ne me demandes rien moins < le secret de Vart (Ci. Sand). Il ne fallait rien moins que tnon habitude pays pour me diriger dans les ténèbres de cette rigoureuse tnatinée (Notli
c) L'adverbe Jtf;wa/s, qui marque le temps d'une manière t( à fait générale : Nous ne vivons jamais, tnais nous espérons vivre (Pasc). Ne décidons jamais oit nous ne voyotts goutte (Piroi Le mot Jamais peut être remplacé par d'autres déterminatio de temjis: Je nai ru de ma vie un tel homme. Je ne sortirai { trois jours. Je ne veux de trois mois rentrer dans la mai.< (Rac).
Plus, comme adverbe de temps, sert aussi à renforcer la i gation : Je ne crains plus que mes jxtssio^is (Fén.). Mais quai plus ne signifie pas le temps, mais la quantité, la négation doit être complétée par pts; ainsi on dira: Ne pensez plus /m/, mais : Ne peinez pas j>lus à lui que s'il n'existait pas.
L'ani'icn français avait encore jà et mais avec la signification tie Japuais : n'i plorerai; ne te vout môs sofrir^ et en outre ainceioncques: aine ne qu trent l'autrui ; unques ne fut roi plus dote. Jà se trouve encore dans La F( taine dans le sens de déjà :
Jà ne plaise à votre seigneurie De me prendre en cet état-là (IX, 10). Mais et onc ou onques s'emploient encore aujourd'hui, mais seulement d: le langage Tamiliur ou par plaisanterie : Je n*en puis mais. Je ne vis onc un méchant homme. C'est le plus méchant homme qui fut onques (Ac).
4. L'emploi des compléments de la négation donne enco lieu aux remarques suivantes :
a) Les compléments négatifs de la première espèce ou explétifs pus et imnt ne se joignent pas en général aux compléments de la seconde espèce nnl^ mwun^ personne, rien^ etc. On ne dirait plus aujoui*d'hui avec Malherbe : Jamais pas un Je vous ne reverra mon oncle, et avec Racine : On ne ve^U pas rien faire ici qui vous déplaise^ et déjà du temps de Molière il n'était
, plus permis de dire avec Martine :
Quand on se fait entendre^ on parle toujours bien y Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien,
par la raison qu'en donnait Philaminte :
De pas mis avec rien tu fais la récidive.
Et c'est, comme on t'a dit, trop d'une tiégative.
Mais jyas peut très bien se joindre à nul, au^un^ persmme, rien^ jamais, etc., quand ces mots appartiennent à une autre proposition complète ou abrégée et qu'ainsi ils ne se rapportent pas au même verbe que la particule pas : Je ne vois pas que je puisse y prétendre jamais. En cette affaire vous iHavez pas lieu de craindre personne (Littré).
Les grammairiens se trompent donc quand ils prétendent que Molière, dans les phrases suivantes, a commis la même faute que Martine : H ne /a uf pas qu'il Hache rien de tout ceci. Albert n'est pas un homme à vous refuser rien. Nous n'avons pas envie aussi de rien savoir. Corneille n'est pas à blilmer non plus pour avoir dit: Je n'ai point lieu d'en craindre aucune résistance. Mais cette phrase-ci du même écrivain : Je ne voudrais ^as conseiller à personne de la tirer en exemple, ne serait plus correcte aujourd'hui, parce que les mots voudraiSy conseiller forment une seule expression verbale à laquelle se rapportent également pa^; et personne.
b) En revanche les compléments négatifs de la seconde espèce, tels que personne, rien y jamais, guère^ etc., peuvent très bien se trouver ensemble sana modifier la négation : Je ne le vois plus guère. Je n^en dirai rien à personne. Je n*ai jamais rien refi4sé à personne. On ne garda plus aucunes mesures (Vertot). J7 n*y a plus g^ère entre ce premier et nous que la différence de quelques motsÇLa^Br.). Je ne lui écrirai plus de ma vie (Bac).
c) Ces mêmes compléments, à l'exception de wirf, qui est toujours négatif, et de guère^ qui ne se dit plus qu'avec w€, peuvent aussi se présenter dans des propositions affirmatives où
. ces mots sont pris dans leur signification première, aflirmative et générale. Ainsi jamais s'emploie sans ne pour signifier en aucun temps au sens aflSrmatif, c'est-à-dire en un temps quelconque : Si vous venez jamais me voir, je vous montrerai telle chose (Ac). S>'i7 entre jamais, je veux jamais ne boire (Mol.). Il en est de même de persotine, rien, etc. (§ 192). Quant à aucun, qui s'employait autrefois avec le sens positif de quelque on quelqu'un (§ 1 79), ce mot n'a gardé sa valeur afltonative qu'au
Ayer, Grammaire comparée. 36
0fi2 XB AVEC C0MPLÉ3IEXT § !
pluriel en 8tyle archaïque ou badin : Aucuns ou d'aucn croirout que f en suis amoureux (Ac). Aucuns à cou/ïs ffe fn4 jMursuim-eHt le dieu (La F.). D'aucuns atissi manf/eaient efefc (G. Sand).
Plusieurs avaient la tête trop fnenue.
Aucuns trop grosse^ aucuns même cornue (La F. VI. 6).
d) Deux négations pleines ne.,, jxts (point) employées da la même proposition valent uue aflirmation : Je ne pu i^ pas pas r aimer. Je ne jyouvais pas ne point re(jarder bientôt O. mir comme le meilleur et le plus sûr de mes amis (G. Sand).
e) Point, jamais^ nul, nullement^ aucun, au^^unenien/^ ^vrîww rien, s'emploient quelquefois absolument comme non. et al ils ne prennent pas ne : Efes-vou.^ fâché? Point. Om nous appn à lire dans des livres, dans des tableaux, dans Valyi^brej dam blason, et point dayis les hommes (Bem.). F consentirez'ix>i Jamais. Uli/sse entend mieux que nul autre mortel les lois Minos (Fén.). Lui céderez-rous vos droits? Nullement (A Quel enfant restera court à cette question? Aucun (J.-J. R.). .* stt/le est ingénieux, jamais recherché, Y a-f -il que/qu'un ici? "Pi sonne. Je compte cel^ pour rien. Cieuxta-t-on vu janxais,fi-/ rien vu de tel? {Com.^ Garde-toi bien de lui rien dire de flamme (Mol.).
Il en est de même de plus : Plus de larmes, plus de soiipi Plus de pitié! Chalcas seul règne, seul commande (Rac). Cesse plus mêler ton intérêt au sien (Corn.).
Pas «'appuyant siu- un autre mot, surtout sur un adverl suiïit aussi pour marquer la négation : Arez-vous de Varifti Pas trop (aussi point trop\ pas heHucoup{Ac,), Ce fut un oh et pas autre chose. Vous êtes donc facile à culbuter? Pas tant f^ vous pourriez i>enser (Mol.). Vous croyez cela? Pas du tout, ^ dit ([uelquefois du tout avec ellipse de jxis : Ferez-rous cela ? I tout (Ac).
5. Quant à la place qu'occupent les compléments négati il faut remarquer ce qui suit :
a) Les compléments de la première espèce, jxis, poiut^ air qu3 ceux qui marcjuent le temps ou la quantité, jamais^ j/li guère, se placent après le verbe simple ou entre Tauxiliaire le participe ou l'infinitif: Je ne r/s pas. H ne réussira jamai Xe /Ht rions plus de cette affaire. Il n'a guère (F argent. — Jen pas ri. Il na jamais étudié arec jtlus de zile. Il ne ])eut pj jxniir, Tl n'avait guère donni^ mais il éiait tranquille et comi abattu (G. Sand). Plusieurs conjonctions et adverbes, tels q cependant^ jxjutiant, sûrement^ certainement^ prolmblement.pp-esqi seulement, fteut-être, même, etc., peuvent, s'ils sont étroiteme
liés avec la négation, être placés avec elle après le verbe auxiliaire : // ne Va peut-ôtre pas reticontri. — On ne s'apercevait presque j>a^ qu'on parlât à une personne élevée (Boss.).
Jamais se met souvent en tête de la phrase pour faire ressortir le rapport de temps : Jaxnais, s'il me veiU croire^ il fie se fera peindre (La F. I, 7).
Construits avec l'infinitif, les explétifs pas et point suivent immédiatement ne; ils pouvaient en être séparés autrefois par un pronom conjoint autre que se: Ne pas répmidre serait une impolitesse. Ah! je Vai trop aimé pour ne le point haïr (Bac). // fend qu'il se prépare àrxBme plus revoir (Volt.). Il lui défendit de ne jamais se présenter devant lui (Vertot). Je fermai les yeux^ espérant ne pas les ouvrir avant le jour (Mérimée). On peut'aussi placer le complément de la négation après l'infinitif; mais cette construction est beaucoup moins usitée que l'autre : L'un m'appellera sot de ne me venger pas (Mol.). Peut-on en le voyafit ne le cwinaître pas?(Rac.) Il m'est, ifidifféreniden^écrire pas (Ac.)* Us s'enveloppaient là-dedanSy bien décidés à ne penser plus (Mich.).
Quoi! tu m'aimes assez pour ne te pas venger, Pour ne me punir pas de Voser outrager (Volt.)>
h) Les compléments de la négation qui désignent les persomies et les choses précèdent le verbe au nominatif et le suivent aux autres cas : Personne ne le connaît. Pas un seul ne vous écoutera (Courier). Je ne connais personne. Rien ne lui plaît. Rien n'empêche tant cPêtre naturel que l'envie de le paraître (La Eoch.). Une se plaît à rien. Dans les foimes composées au moyen de verbes auxiliaires de temps ou de mode, ces mots se placent après le participe ou l'infinitif, sauf rien qui se met, comme pas et points après le verbe auxiliaire : Je n'ai trouvé personne. Parle. N'ai-je rien dit qui lui puisse déplaire? (Mol.)
B. NE sans complément. § 253