‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 34 sur 409 · IG · texte numérisé non relu

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. . 1. Il n'y a, dans la langue, que les éléments opposés ou tout au moins hétérogènes qui puissent se combiner d'une manière organique.

D'après ce principe, les sons de même ordre tout comme les sons de même degi-é ne peuvent pas facilement se fusionner. Les combinaisons de sons liquides, tels que nn, rn^ ri, Im, ne «e présentent qu'à la fin des mots, et seulement dans certaines langues. H n'y a que les voyelles qui puissent facilement se réunir (diphtongues), parce que ce sont les sons les moins individualisés; toutefois, dans la combinaison des voyelles, on retrouve aussi l'application du principe d'après lequel deux sons ne peuvent se fondre en une unité phonétique que quand l'un est moins individualisé que l'autre.

Les sons se combinent, au contraire, d'autant plus facilement et plus complètement qu'ils sont plus hétérogènes. C'est ainsi que toute voyelle peut se réunir à une consonne ; et la consonne pour se faire entendre demande en général le con-

(1) C'est puur celte raison sans duute que la voyollo et la spirante avaient le mèmt» signe en Intin, puisque la distinction graphique entre t et j, u et r, ne date que du XV* siècle. Ce fui un prranimairien nommé Meigret, grand amateur de réformes, qui dls-tingua par un signe difTérent le i comurtuxnt^ de i voyelle. Le môme Moigret fut le premier qui plaça un accent aigu sur le prétendu e ferme; on lui doit encora l'invention de la cédille. Un autre grammairien du XVI* siècle, nommé Ramiis (La Ramée), diflSrencia le u voyelle du v consonne ; toutefois le signe v existait déjà dans l'ancien firançais, mais v avait la valeur de u voyelle et ne se trouvait qu'au commencement des mots : Sour vn ctaeual coraunt (Lai du Corn, v. 37).

(2) Polt, Fortch, II. 23.

îJ2 DK LA COMBIXAISOX I>KS SONS KX FRANÇAIS § 1 (>

cours d'une voyelle. Les liquides et les muettes peuvent Ve combiner assez facilement, mais seulement de la manière suivante : au commencement d'une syllabe, la muette peut étie suivie d'une liquide, comme dansbnw, et à la iin d'une ayllale la liquide peut êti*e suivie d'une muette, comme dans jx^ri.

Toutefois la facilité de la combinaison ne dépend pas seulement de l'hétérogrénéité des sons, mais en même temps de leur nature et particulièrement de leur fonne plus ou moins individualisée. Ainsi, dans tous les degrés d'articulation, les dentales ou linguales peuvent plus facilement se combiner avec d'autres .sons que les gutturales ou les labiales, parce que celles-ci sont beaucoup plus individualisées que les premières. C'est pourquoi la dentale muette se joint à la gutturale et à la labiale dans les combinaisons allemandes kfy chfy pi, ft^ et que la spirante linguale (s) se joint non seulement à toutes les liquides, mais encore à toutes les muettes (^).

2. En français, les combinaisons de sons sont beaucoup plus simples qu'en latin ou en allemand. La comparaison des dialectes populaii'es actuels conduit à poser les deux règles suivantes :

a) Deux voyelles ne iwuceiit pus se faire entendre de suite, à moins qu'elles ne formoU une diphtongue. Les exceptions sont nombreuses, mais elles sont souvent plus apparentes que réelles, ainsi p/er se prononce avec un y placé entre les deux voyelles i e%e : pri-yer.

b) Deux cousoune-s ne peuvent ptts se faire entendre de suite, à moins quU4les ne forment une combinaison d'après les règles suivantes :

P Une syllabe ne peut pas commencer avec deux consonnes, à moins que la première ne soit une muette et la seconde r ou Z, car alors la muette et la liquide ne forment qu'un seul et même son (§ 14); gToSj écrire, dresser, trcMer, ébranler, esprit y fracas, glace^ classe, blanc, plan, flotte. On doit toutefois remarquer que / ne i)eut pas s'unir aux linguales t et d; r, au contraire, se joint, non seulement à toutes les muettes, mais encore aux spirantes/*et v .front, vrai, jHiuvr^,, avril.

i^ Une syllabe ne peut finir que par un son essentiellement liquide, c'est-à-dii'e par une voyelle, comme dans vérité^ ou par r ou s (§ li), mais, dans ce dernier cas, la syllabe suivante doit nécessairement commencer par une consonne, sans (luoi le /• ou le s deviendrait le son initial de cette syllabe, par ex. pour r, qui peut être suivi de toute autre consonne : cer-c/e^

(1) Cf. Becki^r, Auj»/". ilpi'tUi lœ Grurnn.utif:, ^ 'J9.

§17 DE LA 8YLLABB 38

iOT-gue, poT^te, boT-der, bar-be, har-pe, her-se, pav-ler^ bor-ne, terme; pour 8, qui ue peut être suivi que d'une muette forte : Wseuify ^-pècej poS'te. Si une syllabe se termine en latin par n on m, ces deux sons liquides ne se font plus entendre en français, mais ils changent le son de la voyelle qui précède, c'est-à-dire que celle-ci devient nasale^ par ex. maxL'UaUy mon-ds, aticixvj impôt.

L'application de cette dernière règle se fait d'une manière particulière à la fin des mots. Un principe général auquel la langue actuelle déroge souvent, c'est que la syllabe finale ne peut être terminée phùnétiquement qtiepar une ixyydle^ soit par un e muet, comme dans âmey soit par une voyelle sonore. Mais la voyelle sonore finale est suivie graphiquement d'wwc ou de dmx consonnes étymologiques (^), qui ne se prononçaient point dans l'ancien fi<ança.is, où l'on disait fini (finir), me (mer), mô (mort), bô (bord), vê (vers), comme nous disons encore aimé (aimer), salû (salut), etc. (^

De la syllabe.

1. La syllabe peut comirmicer par une voyelle ou par une consonne simple ou composée : dans es-piè-gle^ la première syllabe commence par une voyelle, la deuxième par une consonne simple, et la troisième par une consonne composée.

Une syllabe médiale ou finale ne peut commencer par une consonne composée que quand cette consonne est formée par la réunion d'une muette et d'une des liquides r, l. Des mots tels que inspirer^ inscrire^ instruire^ conspirer y ne font pas exception^ car ils sont composés au moyen des préfixes in, con^ etc.

2. Dans l'intérieur des mots, la syllabe se termina par une voyelle (syllabe ouverte), comme dans cui-si-ni^, ou par une consonne simple (syllabe fermée), surtout par r, s, n (m) y quelquefois par (y plus rarement par une autre consonne, comme c, p,ty X : cer-dey cas-qaey wn-té, bal-cor\^ a<î-teur, fltp-te, oZ-las,

(i) l^a c«>Tisonne finale peut avoir été suppiiméc dans TorthORraphe moderne, comniM alUi pwur allât ; dans las muts en eau, eu, ou, le u est mis pour l (v. % 3K).

(2) fl va sans dire qu'il ne s'agit dans ce § que des muts français formés d'une manière orpca nique: dans les mots modernes, calqués sur le latin, la syllabe peut commencer à l'initiale par fic, st, sp. et se terminer par c, p, t, x, comme dans sculp^teut', fonc-tùm, etc. ^v. § 17).

Ateb, Gramtnaire comparée. 3

34 DE l'accent tonique § 18

3. La syllabe finale peut être muette ou sonore. Elle est muette, lorsqu'elle est formée du e muet précède d'une consonne simple ou composée : ap-/€, cer-cle. Elle est sonore, quand elle est formée d'une voyelle sonore (simple ou composée), qui est quelquefois suivie d'un e muet : al-to, vais-,«îeat/ , Yal4ée, tortue.

La syllabe finale sonore est le plus souvent terminée par une consonne simple," qui peut être précédée d'un r ou d'un w (m) : hiver, rat, chaud, loup, port, froment, champ.

4. C'est d'après ces principes qu'il faut syllaber^ c'est-à-dire décomposer les mots en syllabes. La règle générale est qu'une syllabe ne peut commencer que par une voyelle ou une consonne simple ou composée. Ainsi : ré-d, é-ther, por-che, si-gne, ag-nat, val-Ion, paU4e, ap-te, isth-me, lec-teur, és-poir^ dis-trid, gyp-se, sym-phonie^ fonc-Hon^ etc. Cependant y se joint toujours à la première syllabe , contrairement à l'étymologie : pay-san, moy-en.

De l'accent tonique.

1. L'accent tonique (il serait mieux de dire, le temps fort) consiste dans l'intensité et non dans Vélévation de la voix, c'està-dire dans Vamplitude et non dans le notnbre des vibrations (^). Si le mot est polysyllabe, il a toujours une syllabe dominante qui en est comme le centre et autour de laquelle les autres viennent se grouper ; c'est cette syllabe qui est accentuée, c'està-dire prononcée avec plus de force que les autres, et on l'appelle tonique par opposition aux autres syllabes inaccentuées, qu'on nomme atones.

2. En français, l'accent tombe siu* la dernière syllabe du mot, excepté quand ce mot est terminé par une syllabe muette, dans quel cas la syllabe finale, n'ayant pas de son sensible, ne peut porter l'accent ; celui-ci recule donc sur la syllabe précédente, qui est la dernière sonore, bien qu'elle soit en réalité Tavant-demière du mot. L'accent relève donc toujours en français la dernière syllabe sonore du mot (^. Ainsi, dans la phrase suivante, l'accent tombe sur les syllabes rai, let et sin : J^écriTdX nm lettre à mon rot/sin. Si le mot ne renferme qu'une syllabe, cette syllabe est nécessairement tonique.

(1) A. Darmsteter, J{evuecHt'ui%ie,\^if>, M, IM.

(2) Voir la note 2 à la fin du volume.

§ 18 DE l'accent TONIQUK 85

Il résulte de cette loi de raccent qu'un mot ne peut jamais «c terminer par deux syllabes muettes consécutives ; c'est pourquoi jîes^r faity^^s^, et non ^stsjepese.

Dans les polysyllabes, la prononciation établît une sorte d'équilibre entre la stjllabe accentuée, où la voix appuie sur la voyelle^ et la syllabe, initiale, où domine la consonne. C'est pourquoi il faut admettre que les mots de plus de deux syllabes ont, outre l'accent principal, un accent secondaire ou accent d'appui, qui, dans la règle, frappe la syllabe initiale.

La syllabe finale accentuée est toujours terminée étjmologiquement par une consonne ; mais cette consonne ne se fait pas toujours entendre dans la prononciation, et elle a même été retranchée dans un giand nombre de mots : après e, qui prend alors l'accent aigu, comme dans Ué, autrefois Ued (bas latin Uadtim, aUadum), bonté pour boyttet (de bonitatem); — après î, comme dans fini pour finit (de finitus); — après w. vertu pour r^td (de virtiitem).

La syllabe finale atone est toujours terminée par un e muet, qui peut être suivi d'un signe de flexion : rose, porte, femie^ corne, maUre, ils aimetit; ce e muet final remplace le plus souvent un a latin atone, comme rose de rosa.

3. Les mots de rapport, comme les articles, les prépositions, les conjonctions, les noms de nombre , certains pronoms, ne peuvent pas avoir en général l'accent tonique ; dans le parler, ces mots s'appuient sur les mots accentués et ne font qu'un avec eux. Ainsi dans la phrase citée plus haut : Téonrai—une letire — à mon cowsin, il y a trois accents, de sorte que pour Toreille il n'y a vraiment que trois mots.

Toutefois les mots atones eux-mêmes peuvent, dans certains cas, être accentués. Ainsi, dans la foime intenogative du verbe, on applique la règle de l'accent tonique comme si le pronom ne formait qu'un mot avec le verbe auquel il est joint par un trait d'union : dans partirù-jej l'accent tombe donc sur l'avant -dernière syllabe rai, parce que la dernière je est muette, et dans travailles-tu, mord-ûj sur la dernière, soit sur le pronom tu ou il ; c'est pour la même raison que la syllabe finale àeje travaille, qui est muette, devient sonore, avec l'accent aigu, dans travaiÛé'je.

4. La voyelle accentuée prend souvent un son plein, qui est représenté par une combinaison de voyelles. La dérivation ramène la voyelle simple et primitive en déplaçant l'accent t-onique ; ainsi :

eu

CPU

oi

ie

86 DB LA QUANTITÉ § Id

ai devient a : feAm^ famine; rfair, darté; ei i> e : peine, pénible; frein, effréné;

0, ou ; menhley mobilier; saveur, savourer ;

ou : œuvre, ouvrage; bœuf^ bouvier;

0, e : voix, vocal; /oi, légal;

e, i : ciel, céleste; vierge, virginal,

Delà quantité.

§ ly

1 . La quantité des voyelles consiste dans la durée ou tenue de la voix (*). D'après leur quantité, les voyelles se distin- ^ent en brèves et longues. Les voyelles brèves sont envisagées comme les plus anciennes, comme les voyelles primitives; mais elles deviennent longrues dès qu'elles prennent un plus gi'and développement sans passer à un plus haut degré d'articulation. Ainsi, à proprement parler, la seule diflféi'ence qui existe entre les voyelles brèves et les voyelles longues, c'est que l'élément matériel, c'est-à-dire la voix, est plus développé dans ces dernières.

La voyelle longue est ordinairement considérée comme la double d'une brève. L'unité de longueur s'appelle temps. On dit alors que la brève vaut un temps et que la longue en vaut deux. Les syllabes douteuses sont celles qui se prennent tour à tour comme brèves et comme longues.

En français, la quantité des syllabes dépend surtout de l'accent tonique : en général la syllabe ne peut être longue que si elle est accentuée, et nous ne regardons pas comme longue à l'oreille une syllabe qui ne porte pas l'accent; ainsi la première syllabe de pâté, têtu, dîner, hâtel, brûler, est brève, quoique surmontée d'un accent circonflexe.

n résulte de là les règles suivantes.

2. h'avant'd^mifre syllabe d'un m;)t ou pénultième, quand elle a l'accent tonique, c'est-à-dire ([u'elle est suivie d'une syllabe muette, est le plus souvent longue; c'est ce qui a surtout lieu :

a) Quand la voyelle accentuée est une voyelle combinée,

(i)€ Il t'audruit distinguer les ditT»>rences di» timhnf d»*s voyellesde leur quarttiti' : It» a (\i^pnte n'est pas le <i Uing(?)tl«* l^tW: ct*s kWmx a difTèront entre t»ux non seulennent par la durée mais par le timbre . ce «ont deux voyelles dilTi'renttjs, telles que le mn\viiv\(pnttf} puurrait être long (les méridionaux distant avec a ouvert long ce n't*8t pas vrai) Ht le ii fermé /pa(è=fntte) iwul étro bi"«»f (par ex, dans ;n/« : ce n't'.M pus vrai). De m«!me poiutoutes lus autres vovelles.» A. 1)iU*mstâter, Mi^vuc cruiqup. 1870, II, lO^V. V. aussi Lecoul» ti-e, (iott. gel. Anz'. 188:<, p. 151.

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