Elision
1. Jjélision des lettres est de tous les procédés celui qui va le plus sûrement à ce but que le français semble avoir poursuivi partout et toujours, la simplification. Cette élision a pour cause : V le besoin d'euphonie, par exemple lorsque de deux consonnes voisines et incompatibles l'une est chassée par l'autre, comme le j> par le t dans route i^ riipta* ; ^ l'influence exercée par l'accent tonique, la voyelle accentuée étant prédominante et finissant par assourdir les lettres voisines, qui peu à peu s'eifacent et disparaissent.
(17 Le romand (c'est ainsi que s'appelle le dialecte A-anco-roman parlé daiis la Subse française) a une forme ivue, qui dérive également de eiqtui. Il y a dans la Suisse* romande trois villages dunt le nom est tiré de nigra aqua; ce sont Neirivue (Gruyère; « SHriijite (Glane) et Noii'aigue. (^'al de Travers).
44 ELISION § 22
L'élision s'appelle aphérèse^ syncope ou apocope, suivant qu'elle a lieu au commencement, au milieu ou à la fin des mots.
3. Des divers phénomènes de suppression, Vaphérèse est le plus rare en français.
a) L'aphérèse des voyelles n'a guère lieu que lorsque ces voyelles forment à elles seules la syllabe initiale : apotkeca boutique, aUadum* blé, oryza riz, nnicornis licorne.
b) La chute des consonnes (à l'exception de h) n'atteint presque jamais l'initiale, qui est d'une grande solidité : ptiBema. tisane, ^pasmare* pâmer, ^lirem loir, Aomo on, Aabere avoir, etc.
c) La pretnière syllabe disparaît quelquefois, mais seulement si elle est atone : hemicranium migraine, ûlorum leur, illum ïUam ïUos le la les, ecce-iste cest* cet, ecce-hoc ico* ce, ecce-hic ci, ecce-hac ça ; et dans les noms propres : kduaUcum Douai, etc.
Dans certains mots, Taphérèse n'est qu*apparente et s'explique par une syncope suivie de contraction : oncle ù'avunculuê (a'unculu8f d'où auncle et oncle), âge de œtatictim fœ'aticumj édage* eage* âge.
3. La syncope est fréquente en français et atteint les voyelles comme les consonnes placées entre la syllabe initiale et la voyelle tonique.
a) La voydle appartenant à une syllabe médiale tombe régulièrement : P lorsqu'elle suit la tonique : câlsLtnus chaume, tabula table (v. § 26) ; 2** lorsque cette voyelle précède immédiatement la tonique, qu'elle n'est pas un a et qu'elle n'est pas précédée d'un groupe de consonnes demandant une voyelle d'appui ; liberare livrer, dormitôrium dortoir (v. § 27).
b) La syncope de la consonne a lieu : P pour les muettes c, y, t, d, b et la spirante v, quand elles sont isolées, c'est-à-dire placées entre deux voyelles et qu'elles ne sont pas protégées par une autre consonne qui prédède : jocari jouer, negare nier, salutare saluer, obedire obéir, vïburnum viorne, payonem paon (v. §§ 31-35) ; 2® pour les muettes et les spirantes v et s, quand elles forment la première lettre d'un groupe de deux consonnes : dic(e)re dire, jW(X)care juger, cub(i)tus coude, nav(i)gare nager, as(i)nus âne, ou la première ou seconde lettre d'un groupe de trois consonnes : lacr(i)ma larme, dorm(i)torium dortoir (v. §38).
U ne faut pas confondre la syncope des consonnes avec l'assimilation : on reconnaît cette dernière au redoublement de la consonne ou gémination qui rend brève la voyelle précédente ; toutefois ce n'est guère qu'en italien que ce redoublement a lieu d'une manière régulière : donna de dom(i)na^ Bette de septem. Quant à la syncope, son signe caractéristique est le redoublement de ia voyelle, qui devient longue ou se diphtongue : it. néro, de nigrum^ fr. noir.