‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 38 sur 409 · ADDITION DE LBTTRBS EUPHONIQUES · texte numérisé non relu

ADDITION DE LBTTRBS EUPHONIQUES

a) Elle est complète, lorsqu'on ne remplace par aucune lettre les terminaisons latines retranchées : mar-e mer , nid-us nid , vin-am vin.

b) Elle est incomplète lorsque pour faire sonner la consonne finale, on la fait suivre par un e qui remplace la terminaison latine élidée : asin-as âne, princ-ipem prince.

Les mots formés de la première manière sont terminés étymologiquement par une consonne qui était médiaie en latin et qui est devenue finale en français ; cette consonne est souvent nulle dans la prononciation et quelquefois même elle est élidée complètement : canut-us chenu, amat-us aimé. Dans le vieux français les consonnes finales ne se prononçaient pas (§ 16) ; le finançais moderne soit cette règle dans un grand nombre de cas : nid^ haut, mais il est une foule de mots terminés par des consonnes qui se font entendre : meTf vif.

Il arrive souvent qu'après la chute de la terminaison latine, le mot français finit par deux consonnes ; mais ces deux consonnes ne subsistent que si la première est une des liquides r, n et m et la seconde une muette, s ou f : pontem pont, cerV'Us cerf; dans tous les autres cas, on supprime la seconde consonne : vermitt ver.

m. Addition de lettres euphoniques.

1. Quand l'addition d'une lettre euphonique a lieu au commencement du mot, on lui donne le nom de prosthèse. La prosthèse la plus fréquente est celle du e. L'organe des Français, de même que des Espagnols et des Portugais, répugne à prononcer le s impur (s imptirum) initial, c'est-à-dire s suivi d'une muette forte (sr, dy sp). Pour adoucir ce son, le peuple met un e avant le s, d'où naît esc, est, esp, et, par l'élision du s, éc^ à, ép : scribere écrire, stattcs étsit, spina ^pine.

n y a prosthèse de h dans quelques mots dérivés du latin, comme altus Aaut, idulare uller * Aurler, etc., sous l'influence des formes germaniques correspondantes (Aoch, Aeulen, etc.). On ne s'explique pas bien la prosthèse de g dans ranunada /grenouille, de t dans amita ante * tante.

La prosthèse provient parfois d'une confusion, par ex. dans les mots où la lettre ajoutée est le débris d'un article qui a fini par se souder au nom, comme dans hedera hierre * lierre, aureolus oriol loriot.

2. Le plus souvent, c'est à l'intérieur des mots qu'apparaissent les lettres euphoniques : on donne à cette intercalation le nom d'épenthèse. On se sert des spirantes pour séparer les voyelles, et des"muettes pour séparer les consonnes.

a) Les spirantes euphoniques sont le h, qu'on inscrit entre deux voyelles pour les maintenir distinctes : tradere traïr * traWr, et les semi-voyelles y et v, qui servent à annuler Thiatus : hateUrn boel * boyau, gra(d)ire * gravir.

4H HI8T0IRK DES VOYELLES LATINER § L'4

b) Les muettes que l'on intercale pour éviter le choc de certaines consonnes sont les linguales : rf entre w et r, pon(e)re ponrfre; et t entre s et v, essere * es're estre ê/re; — la labiale douce b entre m et r ou / : cam(e)ra cliamire, hwn(i)lis humile. On ne cite que deux exemples de l'intercalation d'une gutturale : g entre w et / dans s/>iw(^w^/a épingle, de spintifa, et c entre .•^ et l dans sl^vus srlavus * esclave (0- L'épenthèse dépend ainsi de la^nature de la première consonne, selon qu'elle est linguale ou labiale^ faible ou forte.

On intercale quelquefois dans l'intérieiu- des mots les liquides n, m, r, /, dont la présence ne saurait s'expliquer par une raison d'euphonie, puisqu'elles se trouvent généralement placées entre une consonne et une voyelle, mais qui paraissent avoir pour objet de rendre le son d'une voyelle ou d'une consonne plus énergique : lat^rna lawteme, joctdator jongleur, laaista la^tgouste, reddere rendre; 2i7iziber gingembre; thesaunis trésor, cannahus chanvre, funda fronde, perdiceni perdrix; incudinem enc/ume.

Dans Jes mots d'origine germanique, une voyelle a souvent été intercalée pour faciliter la prononciation de deux consonnes consécutives : canif, de l'anglosaxon cnif,

3. A la fin des mots l'addition de lettres euphoniques s'appelle paragoge ou épUhèse. Elle est rare en français ; on peut citer le 8 dans : sans de sine^ le d surtout après la nasale n : alle- TQBJïd de alJemanus^ romanef de romanus; le t dans pavof de papave)\

On doit considérer comme paragogique le e que Ton ajoute à une ou plusieurs consonnes finales qui demandent une voyelle d'appui : nmo nim^, gnatuar quatr quatre, templum temple.

Article IL — Eistoire des voyelles latines.

1. En latin, la quantité est soumise à certaines règles en vertu desquelles une syllabe est hrhe ou longue par nature ou devient telle par position.

Sont longues par nature toutes les syllabes dans lesquelles se trouve une diphtongue ou une voyelle simple formée d'une diphtongue : /Aïi/rfo, explôdo. H en est de même des syllabes

(1) Esclave, au dixième siècle sclavun, au neuvième slaviis. mot (fui sii;tiifio proprement ftlaife et ne s'appliquait à l'origine qu'aux prisonniers slaves faits par Cbarlemagne et qui avaient été réduits en servage. Dès le dixième siècle le mot sclavus prend le sens de serf en général sans distinction de nationalité (Brachet daprès Diez).

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