PHRASE SURCOMPOSÉE DE COORDINATION § SU
PRniCiPALE: il faudrait
Accessoire I : Pour qu'il fàt ^heureux, qu'il oubliât
» II : qu'il existe un Dieu.
Autres exemples: "Puisque vous le voulez^ je vous dirai queSlB est mon opinion sur cette question^ et pourquoi je crois que txMs étiez dans V erreur quaxul vous avez soutenu V opinion contraire. Si le cid me donne un avis^ il faut qu'i/ parle un peu plus dcnrement y q*U veut que je V entende (Mol.).
AUei, je ne sais pas, si vous n'étiez ma mère, Ce que Je vous dirais, tant Je suis en colère (Id.)-
Je ne sais pas, de vrai, quel homtne il peut être^ ^il faut qn^U nous ait fait cette perfidie (Id.). S't7 fallait qu'*/ en vînt quelque chose à ses oreilles, je dirais hautement que tu aurais menti (Id.). Vous savez qneje ne manque point de cœur et que je sais me servir de mon épée quand il le faut (Id.). Qui le pourra entreprendre, si ce n'est unroi philosophe qjjlsache^parr e^^mpie de sa propre modération, faire hmvte à tous ceux qui aiment une dépense fastueuse, et encourager les sages, qui serotU bien aises d^être autorisés dans une honnête frugalité? (Fén.).
Article IL — Phrase snroomposée de coordination.
1. La phrase surcomposée de coordination est celle qui est formée par plus de deux propositions dont deux au moins sont des propositions prindpcàes.
Quel que soit le nombre des propositions qui entrent dans une phrase surcomposée de coordination, elle ne contient que deux parties qui sont elles-mêmes composées par coordination ou par subordination, et qui, par leur réunion, forment une phrase copidative, disjonctive, adversative ou causale.
Toutefois la phrase surcomposée copulative peut avoir autant de parties qu'elle contient de propositions principales.
a) Phrase copulative : Oti partit de bon matin : — Vair était calme et le del serein (deux parties, dont la seconde est elle-même composée par coordination). Le prodigue déjeune avec l'abondance, — dine avec la pauvreté, — et soupe avec la misère (trois parties, dont chacune est une proposition simple).
bj Phrase disjonctive : Travaille pendant que lu es jeune, — ou tu devras travailler quand tu seras vieux (deux parties, dont chacune est composée par subordination).
c) Phrase adversative : La Turquie est très fertile, et sa situation est admirable; — mais elle est peu peuplée, et son sol est mal cultivé (deux parties, dont chacune est composée par coordination).
dj Phrase causale : La poule est Vimage d'une mère qui se dévoue pour ses enfants: (car) elle conduit ses poussins, les surveille et les protège d<ins le danger (deux parties, dont la première est composée par subordination et la seconde par coordination).
^ 811 PHRiLSE 8UBC0MP06ÉE DE OOOBDINATIOK 679
La phrase surcomposée de coordination peut être formée de deux ou plusieurs propositions coordonnées qui ont sous leur dépendance commune une ou plusieurs propositions accessoires ; c'est ce qui a surtout lieu lorsqu'il y a contraction des propositions principales : Dès qu'une fois on m'aura choqué tant soit peu^ je ne pardonnerai jamais et garderai tout douoement une haine irréconciliable (Mol.). Dès qu'on sent qu'on est en colère^ il ne faut ni parler ni agir (Mann.). Je me résigne et me dévoue volontiers pour victime, pourvu que je sois fa 8eM/e(Ségur).Quoi qu'il en soit, pendant que je me livrais à ces réflexions, mes yeux achevèrent de se fermer^ et je m'endormis profondément (X. de Maistre).
Ainsi, sans qae jamais notre amitié décide
Qui de nous deux remplit le plus utile emploi,
Je marcherai pour vous, vous y verrei pour moi (Flor.).
2. La phrase surcomposée de coordination se permute souvent en phrase surcomposée de subordination, par ex. :
Napoléon sortit du Kremlin; il était suivi de quelques lieutenants ; l'armée russe n'avait pu lui interdire l'accès du Kremlin, mais le feu l'en expulsait. = Na^ poléon, (qui était) suivi de quelques-uns de ses lieutenants, sortit de ce Kremlin dont l'armée russe n*avait pu lui interdire Vaccès, mais d'où le feu V expulsait (Thiers).
3. Chacune des parties d'une phrase surcomposée pouvant à son tour être composée par coordination ou par subordmation, il serait presque impossible d'indiquer toutes les combinaisons qui peuvent résulter de cet assemblage de propositions prin- <îipales et accessoires, soit substantives, adjectives ou adverbiales, soit infinitives, participes ou gérondives ; voici cependant quelques-unes de ces combinaisons, telles qu'elles se présentent dans les Fables de La Fontaine :
Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché : Mais pour mon frère l'ours, on ne l'a qu'ébauché; Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre (I, 7).
Voyez-vous cette main qui par les airs chemine f
Un jour viendra, qui n'est pas loin, Que ce qu'elle répand sera votre ruine (I, 8).
, ... Je vous connais de longtemps, mes amis;
Et tous deux vous pairez l'amende :
Car toi, loup^ tu te plains, quoiqu'on ne t'ait rien pris; Et toi, renard, as pris ce que l'on te demande (II, 3).
Dès qu'il voit l'oiseau de Vénus, Il le croit en son pot, et déjà lui fait fête (II, 12).
L'àne, s'il eût osé, se fût mis en colère, Encor qu'on le raillât avec juste raison; Car qui pourrait souffrir un âne fanfaron f Ce n'est pas là leur caractère (II, 19).
680 PHRASE SUaOOJCPOSÂE DE OOOBDINATIOH § 811
Afin qu'U/ûipluêfiraii et de meiUeur débiij
On luilia les pieds, on vous le suspendit;
Puis cet homme et son fils le portent comme um lustre (III, 1).
Rien ne te sert d'être fiirvn/e ; Car, quand tu serais sac, je n'approcherais pas (III, 18).
Chacun se dit ami; mais fou qui s'y repose : Rien n'est plus commun que ce nom.
Rien n'est plus rare que la chose (IV, 17).
Il crut que dans son corps elle avait un trésor; Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable A celles dont les otufs ne lui rapportaient rien, S'étant lui-mime été le plus beau de son bien (V, 13).
Nous faisons cas du beau, nous méprisons l'utile; Et le beau souvent nous détruit (VI, 9).
Rien ne sert de courir; il faut partir à point :
Le lièvre et la tortue en sont un témoignage (VI, 10).
Le porc à s'engraisser coûtera peu de son;
Il était, quand je l'eus, de grosseur raisonnable :
J'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon (VII, 10).
Le bien, nous le faisons; le mal, c'est la Fortune : On a toujours raison, le Destin toujours tort (VII, 14).
Quand l'eau courbe un bâton, ma raison le redresse : La raison décide en maîtresse (VII, 18).
Le monde est vieux, dit~on :je le crois; cependant Il le faut amuser encor comme un enfant (VIII, 4).
// est bon déparier, et meilleur de se taire;
Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés (TIII, 10).
De ces exemples il résulte Que cet art, s'il eet vrai, fait tomber dans les maux
Que craint celui qui le consulte; Mais je l'en justifie, et maintiens qu'il est faux (VIII, 16).
Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre : L'un d'eux s'ennuyant au logis.
Fut assez fou pour entreprendre Un voyage en lointain pays (IX, 2).
Attendez : mxm maître marie Sa fille unique, et vous jugez Qu'étant de noce il faut, malgré moi, que j* engraisse (IX, 10).
. Chaque castor agit : commune en est la tâche; Le vieux y fait marcher le jeune sans reldclie; Maint maitre d' œuvre y court, et tient haut le bâton (X, 1).
.... Cependant pour salaire Un rustre l'abattait, c'était là son loyer; Quoique, pendant tout Van, libéral il nous donne Ou des fleurs au printemps, ou du fruit en automne, L'ombre l'été, l'hiver les plaisirs du foyer (X, 2).
§§ 812, dis OONgTRUCTIOH DE LA PHRASE DE OOOBDIKATION 681
Nous quittons Us eitésy nous fuyons aux montagnes;
Nous laissons nos chères compagnes; Nous ne conoersons plus qu'avec des ours affreux^ Découragés de mettre au jour des malheureux. Et de peupler pour Borne un pays qu'elle opprime (XI, 7).
N'attendes rien de bon du peuple imitateur, QuHl soit singe ou qu'il fasse un livre : La pire espèce, c'est l'auteur (XII, 19).
Puisqu'on plaide et qu'on meurt^ et qu'on devient malade^ Il faut des médecins^ il faut des avocats (XII, 28).
Ohapltre XXVIII.