‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 40 sur 409 · HISTOIRE DES VOYELLES LATINES · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES VOYELLES LATINES

n'empêchait pas les voyelles de conserver en latin leur quantité originelle et de modifier dans les langues romanes leur qualité d'une façon correspondante à cette quantité ; que, par exemple, sëx^ lëx se prononçaient .sàr, léxy que virîdem se prononçait ^r^ ou vér'âe (^); que de la sorte ^ et o en position devaient donner et ont en effet donné, suivant leur nature, un è ou un ^, un ô ou un 6; que ï en position n'a pu donner que ^, tandis que i en position pei^istait, etc. Mais il faut ajouter qu'en règle générale les voyelles e et o, / et h en position sont brèves {% et que conséquemment ce n'est que par exception que e et 0 en position sont représentés par é et d, et / et u en position par i et n,

4. De ce qui précède il résulte que Taccent est, selon l'expression de Diez, le pivot autour duquel tourne la formation des mots dans les langues romanes. C'est pourquoi la quantité en français dépend de la place de l'accent tonique, qu'une syllabe ne peut être longue que si elle est accentuée (§ 18), et que, placées avayd ou après la tonique, les voyelles longues latines deviennent brèves ou même s'assourdissent en e muet, si elles ne disparaissent pas entièrement.

Les voyelles doivent donc être considérées suivant qu'elles sont tofiiques ou atones; mais, dans chacune de ces classes, il faut distinguer les voyelles en position. On dit qu'une voyelle est en position quand elle est suivie de deux consonnes qui ne forment pas une articulation double appelée consonne composée (§ 14). (^

Il y a lieu de distinguer en outre la position romane de la position latine. La position romane est amenée par l'élision ou la consonniflcation d'une voyelle, comme dans anima an'ma, d'où le provençal arma^ linea linja, d'où le français ligne. Mais en français la position disparaît très souvent, soit que la seconde consonne devienne muette (§ 16), comme cela a eu lieu i la fin des mots : lard de lardum, lourd de luridus; soit que le son de la première se fonde avec le son de la voyelle qui pré-

(i) « La position, si elle modifie la nature de la syllabe, laisse intacte la voyelle qui garde sa qiiantitf^ et par suite son timbre spécial : 8ëx{cï. le grec hex) se prononce scx : Ux (cf. U*gem) se prononce Ipx\ cf. despi^ctum devenant démit et dirëcturn devenant droit. » A. Darmsteter dans Romania, V, 147.

(2) V. la remai*quable étude sur le o fermé publiée par M. Gaston Paris dans la Bomania, X, Tô.

(3) Selon M. Gaston Paris, une voyelle est en position quand elle est suivie de deux consonnes autres que pr, fcr, tr, dr; devant les proupes cr ijr, pi bf, et devant ceux dont run des éléments est un yoti ou i consonne, la condition de la voyelle est variable et demande à ^tre étudiée paiiiculièrement dans chaque cas. (M. Paris note par un j non pointé, à l'exemple de M. Lucking, le son qu'on appelle yod, et qui est celui du j allemand dans Jahr, du i ou y français dans pied, allions, yeux, etc. ) Romania, X. 37.

Ater, Grammaire comparée. 4

cède, ce qui arrive quand cette consonne est une des trois liquides n, m ou / : onde de tinda^ chaud de cal(i)dus^ soit enfin que la première consonne disparaisse entièrement : âme de an(i)ma^ hâte de hospUetn, mois de memis, froid de frig(i)dus.

Toutefois, lors même que la position latine ou romane est altérée, elle n'en a pas moins pour effet de conserver intacte la voyelle tonique.

Mais, tandis que les voyelles toniques persistent ou se modifient d'après des lois fixes, les voyelles atones sont bien plus sujettes à l'empire du hasard, parce qu'elles n'ont guère dans les langues romanes qu'une valeur numérique, qu'ici la nature de la lettre importe peu et que c'est surtout son existence même qui est prise en considération. Dans le traitement de ces voyelles, il convient de distinguer celles qui forment un hiatus avec une autre voyelle. Cet hiatus peut être donné déjà par le primitif latin (par ex. cavea\ ou amené, sur le terrain roman, par la suppression de la consonne médiale (par ex. mutare muer), ou enfin être le résultat d'une composition (par ex. cooperire).

1. A bref ou /(Jw^r s'est déprimé en un e fermé, qui est devenu souvent è ouvert {pdJtrem pâ'e, puis père) : adsàtis assez, fàba fève, fâbnim fèvre* (conservé dans or/(^rrg),j?â?a pelle, dàvem clef, amure aimer, amatus aimé, amâtis aimez, verifâtem vérité Q).

Devant les liquides nasales w et w, le a tonique devient ai, qui était originairement une diphtongue : mànm main, àmo aime, famés faim, dâmus* daim, examen essaim, româmm romain. Devant les liquides pures r et l, a devient ai : dârm clair, âla aile, mais plus souvent e : mare mer, quûlis quel.

A en position latine ou rotnarn persiste toujours : asper aspre* âpre, artem art, capsa châsse; às(i)7ius asne* âne, cdmfe^ra chambre, sap(i)dus sade* (d'où maussade), sàpiam sapjam sache, mtea cavja cage, plàtea place, lâr{i)dum lard, hrachium bras, gratta grâce.

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