E bref, qui était e ouvert en latin vulgaire, se diphton
(1) On sait que c'est Tar-cusatif latin qui a fourni en général la forme française des substantife ; c'est pourquoi, dans les noms latins de la 3* déclinaison, il est convenu d'indiquer comme type du mot français le thème du c^is oblique qui; dans cette déclinaison, diltère ordinairement de celui du cas direct (v. chap. III).
gue en ié : fëbrem fièvre, fèl fiel, férus fier, heri \i\ex\pèdem pied, rétro rière, pétra pierre, rém rien, ténet tient, mnit vient, s^(ûfef sied.
E long^ qui était e fermé en latin vulgaire, s'est diphtongue en ^', qui s'est maintenu devant la liquide n : verhèna verveine, f^êwa veine, frênum frein, seréntis serein, rênes rein. Mais, en général, ei est devenu o*, qui, au XVn* siècle encore, se prononçait ouè. De là sont sortis les deux sons modernes oi, prononcé auây et ai, prononcé ^ ou ^ : sérum soir, pensum pèsum pois* poids, quiétus coi, Z^ijrem loi, sf^a p. ddla étoile, séta soie, erédo croi* crois, /i^res hoir, ^nemis inësis mois, sed^« seoir, vidére veoir* voir; — créta croie* craie, nianêta monnoie* monnaie, théca toie* taie , alfiétum aunoie* aunaie, flebilis foible* faible, etc.
E en position est ordinairement bref; il se maintient en position latine : testa tête, perdit perd, séptem sept, lentu^ lent, presbyte prestre* prêtre, etc., mais se diphtongue en ieen position romane : tëp(i)dm tiède, lép(o)reni lièvre, héd(é)ra ierre* lierre, èb(u)lum hièble.
Le e long en position est rare et ne se présente guère que dans les cas de position romane, où il se maintient toujours : hibèrnum hiver (^), clér(i)ciis clergé, dèb(i)ta dette.
3. Ifrré»/* s'est fondu en latin vulgaire avec le e long en un seul et même son, le e fermé, qui est devenu en français la diphtongue oi, comme on l'a vu plus haut : bîbere boivre* boire, fïdetn foi, quïd quoi, nîgrum noir, pïceni poix, sitis soit* soif, ma voie, video voi* vois, ;^per poivre. L'ancienne diphtongue ei s'est conservée devant n : sinus sein, c'est le seul exemple.
I long s'est maintenu partout : amicus ami, castigo châtie, mica mie, vesica vessie, pica pie, vita vie, sic si, spi)ia épine, filum ûi^junicetn génisse, audire ouïr.
I en position est ordinairement bref; c'était en latin vulgaire un e fermé, qui s'est maintenu en français : epïscopum évêque, lîUera lettre, mittere mettre, cnsjxi cvèpe^ cippuscef^crista crête, capïUus chevel* cheveu, siccus sec, fïnd(e)re fendre, vïr(i)di^ vert, ktrp(i)cem herse, sim(u)lo semble.
I long en position n'est pas fréquent et se maintient toujours : villa ville, millia mille, triais triste, scriptus écrit, quînque cinq, quindeclm quinze, quintus quinty principetn deprimus-caput prince.
(1) Souvent un nom français a été formé non pas d'un substantif latin, mais bien de radjectif dont ce substantif est le radical : hiver de hibemum et non de hiem8,jour de duAmmn et non pas de dia^.
52 VOYELLES ÀCCBNTL'ÉBS § 25
4. 0 bref y c'est-à-dire ô, avait pris de bonne heure dans le latin vulgaire la forme uo^ qui a été commune à toutes les langues romanes. Cette forme wo, que l'italien a conservée, s'est affaiblie en ue en roumain, en espagnol, en provençal et en français, puis en oe en roumain et en français, et enfin oe est devenu oa en roumain et m en français Q) : fôcum fiio* (it. fiioco) fue* feu, capreôlm chevreuil, fôlium feuille, sôlUim seuil, moritur meurt, môvd meut, nôve)n neuf, nôvus neuf, cor cœui', chorus chœur, opéra œuvi*e, bôvetn bœuf. Les exceptions où ô devient ou sont dues le plus souvent à l'analogie, comme j>rôbaf preuve* prouve (§ 8).
0 long est le 6 du latin vulgaire, qui est resté intact jusqu'au XI* siècle et a donné en français, conune le o ouvert, le son euj intermédiaire entre o et ^ (^ : flôrein fleur, ^nepôtetn neveu, plôro pleure, sôlus seul, labôrem labeur, môta meute, (ïl)lôrum leur, curiôsm curieux, imperatôreni empereeui'* empereur, nôdus nœud, ôvum œuf, vôUim vœu, môres mœurs. Les exceptions, comme totm tout, voto voue, etc., ne sont qu'apparentes et rentrent dans une règle générale ou s'expliquent par Tanalogie. '
0 en position est ordinairement bref et se maintient : môrtem mort (cf. mârt)^ côsta coste* cote^pôrfus port, c(hn(i)tem comte, rOt(u)lus rôle.
Le 0 long en position est rare et ne se présente guère que dans des cas de position romane où il devient ou : ôr(u)la ourle* (d'où ourlet) orle, c6(n)stat couste* coûte.
5. U bref s'est fondu en latin vulgaire avec le o long en un seul et même son, le o fermé, qui est devenu eu, comme on vient de le voir ; mais les exemples de u bref accentué sont très rares : giila gueule, lupus leu* loup (^.
U long s'est maintenu, mais il a perdu de très bonne heure le son qu'il avait en latin et qu'il a gardé dans les autres lan-
(1) V. Schuchardt, I, 324, et Gaston Paris dans la Rotnania, I, 282. La foime uo ne se trouve que dans Eulalie (buotia, ruovet) et dans Saint'Léger (buan, duol). La forme ue est restée devant un ( mouillé dans cueille^ de coUigo, et orgueil.
(2) Dans rétude sur le o fermé, citée plus haut, M. Gaston Paris a posé commp règle (lu développement du ô roman (fue, sauf dans quelques cas qui ne sont des anomalies qu en apparence, le ô tonique libre est représenté par eu, et le â tonique entravé^ c'est-a-dire en position, par ou.
(3) Le vieux fi-ançais a eu longtemps la forme leu, qui nous est restée dans Texpression à la queue Ifiîleti. Cette expression contient une fois, et non pas deux (comme le croit Littré), la vieille forme leu. en môme temps qu'un reste de l'ancienne syntaxe :
'c'est proprement à la queue le leu^ à la ({ueue du loup, et, dans le jeu enfantin auquel elle est empnmtée, tous les joueurs à la flie forment la queue du meneur, qui, il est vrai, n'est pas le loup, mais qui le devient s'il laisse gagner celui qui en remplit le rôle. G. Paris, Homania, X. p. DO.
gués romanes pour prendre le son dérivé et intermédiaire entre u et i que le français note de la lettre u : crûdus cru, acûtus aigu, minûtus menu, scûtem écn^ gluten glu, mûrusmnr^je' jûmisjeiin* (d'où jeun), cûpa cuve, sûsiim p. stirsum sus.
U en positian est ordinairement bref; c'était en latin vulgaire un 0 fermé qui est devenu régulièrement ou : sûrdus sourd, diûrnum jour, cursm cours, turha tourbe, fûrca fourche, cucûrbica pour cucurbita coourge* courge, surgere soudre, ûrnus ours, cUyrit court, riissus roux, miisca mouche, lûscus louche, crûsta crouste* croûte, giltta goutte, glûttus glout* (d'où glouton), rûpiu route, pûlla poule, hiilh boule, mtûïïns saoul* soûl, piilsus pouls.
U long en position est rare et se, maintient toujours : rûsti- CHS rustre, fûstis fust* fût, de ûsque jusque, pûrgat purge, lûda lutte, jûd(i)cem juge, pûl(i)cem puce, et le suffixe iid{i)nem dans conmetûdinem coutume, etc.
6. Le y a été traité tantôt comme un u : hyrsa bourse, crypta grotte, tantôt comme un i : tympanum timbre, myxa mèche.
7. Les diphtongues étaient peu nombreuses dans le latin classique où eUes s'étaient affaissées de diverses manières : des six combinaisons primitives, a/, eê, o/, auy eu^ (m, deux, ei et ou, se sont réduites à de simples voyelles longues, i et u; deux autres se sont resserrées, al en ae, oi en oe; seules au ^teu se sont conservées, la première plus fréquemment que la seconde. Mais ces quatre diphtongues n'étaient déjà plus que de simples monophtongues dans le latin vulgaire.
Ae, qu'à l'origine les Romains prononçaient séparément a-e, ne tarda point à se réduire à e; il en fut de même de oe^ et Ton écrivait indifféremment fœmlna et femina. Dès lors, ces deux diphtongues subirent le même sort que ^ ouveit ou e fermé et devinrent ie et eiy ol, ou e en position : graeca grièche, saeculum siècle, balaena baleine, praeda]^roie^qHa^r(e)req\ierTe*jpraestus prêt, cœliim ciel, poena peine.
Au, que les Romains prononçaient a-ou, est devenu en latin vulgaire o et en français o et ou : causa cosa chose, aurum or, daudere clore, pauso pose, aura ore* (d'où orage), thésaurus trésor, patq)(e)rem j}ovre* {'puis jxzui ré), hau^are oster* ôter, lauda loue, raucus rou* (d'où enrouer), caulis chou, alauda aloue* (d'où alouette), gab(a)ta gauta joue, et dans quelques mots eu : cauda coue* (d'où couard j propr. qui porte la queue basse) queue, paucus pou* peu.
En est devenu u dans : rheuma rhume.
8. Voici en résumé quelles sont les permutations normales des voyelles accentuées, considérées séparément selon qu'elles sont : I libres ou isolées, n en position.
a bref ou lonj?
èzzzè
il = ô = 6 û
c, ai
ié
e, ié
ei, oi
oi