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On voit que la diphtongaison, qui a joué un si grand rôle dans la formation du vocalisme français, n'a pas lieu quand la voyelle est en position, sauf pour le o fermé (6 et u), qui donne ou, et pour le e ouvert en position romane, qui devient ie, comme quand il est libre ou isolé.
9. Pour ne pas charger le tableau de ces permutations, nous avons cru devoir négliger les exceptions ; mais il est beaucoup d'anomalies dont nous devons parler, parce qu'elles ne sont qu'apparentes et qu'elles rentrent dans des lois générales.
Il faut d'abord tenir compte de l'action que les liquides nasales exercent sur les voyelles immédiatement précédentes. Nous avons déjà mentionné le fait que le a se change en ai devant n et m, et que ces deux consonnes maintiennent la diphtongue primitive ei née de e long. H faut ajouter :
a) Que le o bref ou long, qu'il soit ou non en position, se maintient toujours devant n et m : bonus bon, tôntis ton, corôna couronne, nômen nom, leôtietn lion, tiômia nonne, mm(i)m} nomme.
b) Que le u en position, qu'il soit bref ou long, devient toujours 0 devant n et w, et qu'ainsi sunt a donné i^oyit et non sonnt^ et jmm(i)cetn est devenu 2^^<^^ et non pume. Citons d'autres exemples de û en position : cdumna colonne, stmwm somme, cum(u)lo comble, nu7n(e)rus nombre, ung{u)Ia ongle, nim{i)ctfn ronce.
c) Que le e long est demeuré dans quelques mots devant la liquide / : candêla chandelle, queréla querelle, crudêlis cruel, cSo cèle.
I^e maintien des voyelles longues devant les liquides peut s*cxpliquer par la nature même de ces consonnes ; comme semi-voyelles, elles servent cl*appui aux vo^'elles qui les précèdent et les protègent dans leur qualiti^ I)eaucoup mieux que ne peuvent le faire I(« autres consonnes, qui s'élident d'ailleurs bien plus facilement.
10. Il y a ensuite des cas très nombreux où, malgré la position.
la voyelle accentuée se traduit en diphtongue, c'est lorsqu'elle est suivie immédiatement d'une gutturale qui s'est vocalisée en i palatal (v. § 38). En pareil cas la voyelle accentuée se combine avec ce i de la manière suivante :
a) Le*a donne ai : foetus fait, laxo (lacso) laisse, fac(e)re faire, nasc(e)re naistre* naître, frax(i)nus fraisne* frêne, saïuius saint, acrum aigre, mag(i)s mais, fnaj(o)r maire; frag(i)lis fraile* frêle, plang(e)re plaindre.
b) Le ë^ c'est-à-dire è, aboutit à i par ièi : sëx (secs) sieis* sis* six, lëctus lit, pëdxis pis, confëdus confit, despëdum dépit, profedus profit, tèxere tistre, lëg(e)re lire.
c) Les voyelles ë et i, c'est-à-dire ij aboutissent à éi, oi : directum dreit* droit, ^^wtntoit; strïctus étroit, explic(i)ta exploit, dig(i)tus deit* doit* doigt, rig(i)dus roide* (auj. raide).
La diphtongue ei ne se présente plus aujourd'hui que devant la liquide n : signum seing, cingere ceindre, Hngere teindre, fingere feindre. Vaincre de vinrere, contraindre dey^onstringere sont des anomalies, ainsi que langue de lingua, sangle de cingula, innche de finca^ dimanche de dies domin(i)ca (^).
d) Le i donne également oi : frig{%)dm froid, et f t, d'où i devant n : mg{i)nti minti vint* vingt.
e) Le 0, c'est-à-dire ô, ne reste pas intact, mais devient u et, en se combinant avec le i palatal, donne la diphtongue ui : côdus cuit, côq{iie)re cuire.
f) Les voyelles ô et ûy c'est-à-dire 6, donnent également ui et non pas oui : côg{i)to cuide, bàxus buis. H faut excepter les mots où le rf = w est maintenu par la présence de la liquide n ; ûng(e)re oindre, unctum oint, pûng{e)re poindre, ptmdum point, pûgnus poing (^.
g) Le M aboutit régulièrement à ui : fmdus fruit, lûc{e)re luire, condûc{e)re conduire.
La vocalisation de la gutturale a souvent lieu même quand la voyelle n'est pas en position, comme dans : bâca baie, plàga plaie; — dëcem dieis* dis* dix (it. dieci), lëgo 11*118,^-^^ preie* proie* prie, wé^jro neie* noie* nie, secoseie* soie* scie; — p?i(X)pleie* ploie* plie, lîgo leie* loie* lie, mots dans lesquels la diphtongue ei ou oi s'est simplifiée en i ; — locus lieu, leuca lieue.
<1) Dans tous ces mots, a a remplacé p. à cette époque où en a commencé à se prononcer an; la distinction phonétique perdue, l'ignorance de l'étymologie a remplace f? para dans sangle, langue, comme dans »an8 (de »iné). Certains dialectes ont conservé la prononciation primitive (romand : IxnvtM, tin).
(2) U doit être à peine besoin de faire remarquer que dans poing, comme dans seing» le t représente le g latin qui a été ajouté à ces mots par des clercs qui voulaient rappeler rétymologie latine.
On doit remarquer que, devant un l mouillé, le i palatal né de la gutturale ne se combine pas avec la voyelle tonique, qui reste voyelle simple. C'est ainsi que c(o)àg(u)lo donne (je) caille, auricfiijla oreille, apic(u)la abeille, ôcfu)lus œil, foenûc{u)lum p. foeniculum fenouil, colncfujla (diminutif de colus} quenouille, verûc{u)lum verrouil* verrou.
1 1 . Tout aussi nombreux sont les exemples où la diphtongue résulte, dans les cas d'hiatus, de l'attraction du i atone par la tonique qui précède (v. § 28).
a) Le a latin a atfii-é / ou e^ et s'est combiné avec lui en ai dans : basio ba/se, halneum bain, placeat plaise, pal<dium palais.
Cette voyelle a donné, comme le e, une autre diphtongue tonique ié dans le suffixe aris^ ariiis, qui est devenu, par l'attraction de /, Ar, puis iér ou yer : primânus ]^remxei\ qimrtwius q\iaitier, granârium gi*enier, secuîâris séculier, singulûris sanglier (à l'origine porc senglierj de singidark porcus, propr. porc solitaire)^ scutarius écuyer. Après les consonnes palatales cA, jr, la diphtongue disparaît et ier devient er : bouch-er^ boulang-ery dans l'ancienne langue bouch-ier, boulang-ier. Après le / mouillé, qui contient le y, le i est inutile, bien que l'Académie l'ait consei-vé dans quelques mots (v. le suffixe ier au chap. XIII). Les mots en aire comme primaire , séculaire j etc., sont des mots savants.
h) De la même manière le e latin est devenu le dans : /mwÎ8iêrium métier, nionasférium mostier* moûtier, et dans : tertium tiers, neptia* nièce.
c) Le 0 latin, qu'il soit long ou bref ou en position, a donné tantôt oi : glôria gloire, dormitôrium dortoir, ebôreiis ivoire, tantôt ui par îe changement si fréquent de o en u devant i : trôja (tro-ia) truie, côrium cuir, môdius muid, hôdie hui (dans aujourirhui)y podium pui (dans appuyer)j ôleum huile, ostrea huître.
d) Le u bref a donné ni : plûvia pluie, fûgiofnis, pûteus puits, cùpreum* cuivre, sauf devant Uj où il est devenu oi : cûneus coin. Le u long aboutit toujours à ui :jmius juin.
Ici encore il faut remarquer que, devant un l mouillé, le i atone ne fait pas diphtongue avec la voyelle accentuée : hatalia*' bataille, metallea meaille"^ maaille* inaillc (ancienne petite moimaie de cuivre), folium feuille, Bpolio dépouille, où t ne sert qu'à mouiller II.
12. Jusqu'ici nous n'avons parlé que de l'influence exercée sur la voyelle accentuée(^) par une gutturale ou un / palatal qui $uit la tonique ; mais cette influence se fait encore sentir quand la gutturale ou le * palatal précède médiatement ou immédiate-
(1) Comme ce § ne traite que des voyelles accentuées, nous n'avons rien dit des voyelles atones, bien qu elles soient soumises à cette même inlluence de la gutturale ou du i palatal : cf. &dsio baise et basïàre baiser.
ment la voyeUe latine. Dans ce cas l'ancienne langue diphtonguait en ie le e provenant de a latin ; elle disait donc péMé de peccâtunij cherchier de circâre, foryier de fabricâre, purgier de purgâre^ changier de cambiâre*, Ixiignier de balneârej travaiUier de Urahaculârey veiUier de vigilâre, clmssier de captiârCj preier de precâre, chrestiien de christidnus, etc. (^). Cette diphtongue a disparu du français proprement dit vers le XIV® siècle.
a) Après les palatales ch et jr, la réduction de ié en ^ a toujours lieu dans le français moderne ipécJié, chercJier^forger^purgerj changer, etc. Le i tombe même dans les rares cas où ié provenant de a ne répondait pas à une forme d'infinitif ou de participe, et où le é ancien est devenu è : chef^ cher^ déchet, jet. Un seul mot, chien de canis, a échappé à cette simplification, qui a aussfatteint, comme on l'a vu plus haut, le suffixe ter de arius.
b) Après n et l mouillés, / de ié tombe également dans l'orthographe, mais non dans la prononciation, puisque c'est avec un t palatal que les consonnes prennent le son mouillé : baigner, travailler, veiller.
c) Après les linguales /, d et s (ç, ss), le français moderne réduit également à ^ le ié provenant de la gutturale ou du i palatal : allactâre allaiter, cogitâre cuider, basiâre baiser, pretiâre priser, puteâre puiser, captiâre chasser, cuminitiàre commencer, hirpiciâre herser, calceâre chausser, etc. Dans trois mots, amitié, moitié, pitié, de amicitâtem, medietâtem^pietât^m, l'ancien iési persisté.
d) Dans les mots où iV était précédé d'un e provenant de î ou é latin, le i consonne sorti de la gutturale a pris la place de ce e et est devenu i voyelle, d'où est résulté un hiatus que l'on évite dans la prononciation par l'intercalation d'un g (§ 23) : fiîcare pleier* plier, prècare preier* prier, nègare neier* nier, mots que l'on prononçait ylé-ier, pré-ier, fié-ier dans l'ancienne langue et pli-yer, pri-yer, ni-yer dans la langue actuelle.
e) Dans les mots en ien, comme chrétien, il y a eu intercalation d'un y entre un e provenant de i et le a tonique : christianus cresteyan*. Dans cette terminaison eyan, le a suit son évolution naturelle ne, ee, puis ie sous l'influence du yod précédent, d'où par réduction de ei à /, crestiien, qui, par la contraction de // en /, est devenu chrétien (^.
II est à remarquer que de ceUe finale ien, qui, en ancien français, ne dérive de anu$ que dans certaines conditions, la langue moderne a tiré un suflîxo ien, qu elle applique à tous les radicaux, comme comédien^ galérien, etc. (V. le suffixe ien au ch. Xill).
(1) V. sur cette diphtongaison une note publiée par M. Gaston Paris dans la RornaniOf IV422. Cf. mon Introduction a l'étude dot dialectes du Pays romand, %% 26-28.
(2) V. A. Darmsleter, dans la Homania, V. 162
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